Guide pratique Kamademia · Édition élargie & vérifiée

Pourquoi l'Islam est faux

Guide pratique de discussion — édition étendue et fact-checkée. Synthèse exhaustive d'arguments historiques, archéologiques, textuels, scientifiques et éthiques, vérifiés à partir des sources musulmanes classiques (Bukhari, Muslim, Ibn Ishaq, al-Tabari, Ibn Kathir, Ibn al-Kalbi, al-Suyuti) et des travaux d'islamologues contemporains (Crone, Cook, Hoyland, Sinai, al-Jallad, van Putten, Sadeghi, Cellard, Nasser, Shoemaker, King, Anthony…).

📅 Édition élargie & révisée✍️ Par Jelpi📖 ~3 h de lecture · ~57 000 mots
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⚠️ Note : Ce guide expose des arguments avancés par des historiens, islamologues et critiques. Les sources mobilisées sont musulmanes classiques (Coran, Bukhari, Muslim, Ibn Ishaq, al-Tabari, Ibn Kathir, Ibn al-Kalbi, al-Suyuti) et académiques contemporaines. Les croyances reposent sur la foi : ce qui peut sembler faux pour certains peut être une vérité profonde pour d'autres. La critique doit s'exercer dans le respect des personnes.

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Guide Pratique : Analyse Critique des Fondements de l'Islam — Édition élargie

Auteur : Jelpi (Kamademia)
Édition : version élargie & vérifiée — Guide pratique Kamademia
Type de document : Guide de discussion et référence critique
Objectif : Présenter de manière exhaustive et structurée les arguments historiques, archéologiques, textuels, scientifiques et éthiques remettant en question les fondements de l'Islam, avec sources musulmanes classiques et académiques contemporaines.


Avertissement

Ce guide a une vocation académique et critique. Il ne vise pas à attaquer les croyants mais à examiner, à la lumière des sources disponibles, les revendications de la tradition islamique. Il s'appuie sur :


1. Introduction

L'Islam, l'une des religions les plus pratiquées au monde (~2 milliards de fidèles), revendique des fondements d'origine purement divine : un Coran inaltéré transmis par l'ange Gabriel à Mahomet entre 610 et 632, des hadiths fidèlement conservés, et une rupture radicale avec un paganisme arabe corrompu. Ce récit traditionnel se heurte cependant à un faisceau convergent de constats critiques :

📌 Points clés à retenir :


PARTIE I — L'ARABIE PRÉISLAMIQUE : UN MONDE PLUS COMPLEXE QUE LA JĀHILIYYA

1.1 La déconstruction du mythe de l'Âge de l'Ignorance

Le terme Jāhiliyya (« âge de l'ignorance ») désigne, dans la tradition musulmane, la période pré-islamique présentée comme une époque de polythéisme barbare, de chaos moral, d'analphabétisme et de violence tribale, dont l'Islam aurait sauvé l'humanité. Cette image est largement une construction apologétique tardive. Les recherches archéologiques, épigraphiques et historiques des XXe–XXIe siècles révèlent un tableau radicalement différent :

Mohammad Ali Amir-Moezzi, Christian Robin, Aziz al-Azmeh et Greg Fisher ont dans leurs travaux respectifs largement démontré que la Jāhiliyya est une fiction rétrospective rédigée par les traditionnistes du VIIIe et IXe siècle pour amplifier le contraste entre l'« avant » et l'« après » Islam.

Robert Hoyland (Arabia and the Arabs, 2001) résume : « Les rapports arabes sur la Jāhiliyya ne sont pas de simples récits historiques, mais plutôt de nature épique et légendaire, remplis de séductions, d'embuscades, de discours éloquents et de batailles héroïques. »

1.2 Les grandes civilisations sud-arabiques

Avant l'Islam, le sud de la péninsule arabique (Yémen actuel) était le siège de civilisations urbaines, agricoles et commerciales hautement développées, depuis au moins le IIe millénaire av. n. è.

1.2.1 Saba (Sabéens)

Centré autour de la capitale Marib, le royaume de Saba (~1200 av. n. è. – 275 EC) doit sa prospérité au commerce de l'encens, de la myrrhe et des épices. La célèbre digue de Marib (~750 av. n. è.), parmi les plus grandes structures hydrauliques de l'Antiquité, irriguait des dizaines de milliers d'hectares.

Panthéon principal :

1.2.2 Ma'in (Minéens)

Royaume marchand (~Ve-IIe s. av. n. è.), avec son réseau d'emporia allant jusqu'à Délos en Grèce. Panthéon : Wadd (dieu lunaire principal), Athtar, Nakrah.

1.2.3 Qatabân et Ḥaḍramawt

Autres royaumes sud-arabiques, contrôlant respectivement les routes du Sud-Ouest et du Sud-Est. Divinités principales : Amm (dieu lunaire qatabanite), Sayin (dieu lunaire hadhrami).

1.2.4 Himyar

Le royaume himyarite (~110 av. n. è. – 525 EC) finit par absorber tous les autres royaumes sud-arabiques. C'est le développement religieux le plus spectaculaire :

À l'aube de l'Islam, le Yémen est partagé entre influences perse, chrétienne éthiopienne, juive et tribale. Le polythéisme y a presque entièrement disparu depuis deux siècles.

1.3 Les royaumes nord-arabiques

1.3.1 Les Nabatéens

Royaume arabo-araméen florissant entre le IVe siècle av. n. è. et 106 EC (annexion par Trajan), centré sur Pétra, puis sur Bosra. Maîtres des routes caravanières, ils ont développé :

Panthéon : Dushara (dieu principal), Allat, Al-‘Uzzā, Manawatu (= Manāt), Hubal (mention dans une inscription nabatéenne aux côtés de Dushara et Manawatu).

1.3.2 Lihyan / Dadan

Royaume du nord-ouest (~VIe-Ier s. av. n. è.) centré sur l'oasis de Dadan (al-‘Ulā). Fait crucial : c'est dans les inscriptions lihyanites qu'apparaît le terme « Allah » comme élément théophorique dans les noms propres (Abd Allāh, etc.) — en parallèle de noms comme Abd Manāf ou Abd Al-‘Uzzā. Allah y est une divinité parmi d'autres Solide nuancé.

1.3.3 Lakhmides (Hira) et Ghassanides

Ces deux confédérations arabes vassales — respectivement des Sassanides perses (Lakhmides, capitale al-Ḥīra) et des Byzantins (Ghassanides, capitale Jabiya) — étaient massivement chrétiennes (nestorianisme pour les premiers, monophysisme pour les seconds) au VIe siècle. Elles servaient de tampon militaire entre les deux superpuissances et exerçaient une influence culturelle considérable sur le Hijaz, notamment sur la poésie arabe pré-islamique.

1.3.4 Tribus arabes du nord (Safa, Thamoud, Quraysh…)

Outre ces royaumes structurés, l'intérieur de la péninsule était parsemé de tribus parfois sédentaires, souvent semi-nomades, dont les inscriptions (en safaïtique, thamoudéen, etc.) attestent d'un polythéisme local diversifié mais déjà en recul aux Ve-VIe siècles.

1.4 Les routes commerciales

Le commerce caravanier reliait :

Les routes principales passaient par la côte ouest (Hijaz), avec des étapes à Najran, Yathrib (Médine), Khaybar, Tabouk, Pétra, Bosra. Selon Patricia Crone (Meccan Trade and the Rise of Islam, 1987), La Mecque, située à l'écart des grandes routes, ne jouait pas le rôle central que la tradition lui prête — thèse contestée par R. B. Serjeant et Robert Hoyland, qui modèrent ce diagnostic Contesté.

1.5 Le système religieux des tribus arabes nomades

La vie de nomadisme des Arabes a déterminé le type de spiritualité de la zone. Les anciens Arabes avaient un système destiné à encourager la tolérance entre tribus pour sauvegarder les routes commerciales. Ils établissaient de nombreuses « stations » dans lesquelles ils construisaient des temples presque exclusivement à côté d'oasis, de mangroves ou de sources d'eau. Ces temples portaient le nom de Ḥaram.

Ces espaces étaient considérés Ḥima (inviolables) où l'on ne pouvait pas chasser, cueillir ou commettre d'actions considérées comme mauvaises. Les marchands utilisaient ces endroits :

Ces temples contenaient de nombreuses déités car les membres des tribus plaçaient ces idoles afin que personne ne viole l'espace sacré (sous peine d'être puni par le dieu de la tribu lésée). C'est exactement la fonction qu'occupera la Kaaba mecquoise avec ses 360 idoles.

1.6 Le peuplement du Hijaz selon al-Tabari

Dans son Tārīkh al-Rusul wa al-Mulūk (« Histoire des prophètes et des rois »), al-Tabari documente les migrations des Arabes dans la péninsule et rapporte que des vagues récurrentes de migrants du Yémen se sont installés dans le Hijaz durant le millénaire passé.

Ces événements ont contribué aux migrations de populations du Sud vers le Hijaz :

Le Yémen était à cette époque la zone la plus avancée de la péninsule arabique. Himyar, dans son expansion, attaque la ville chrétienne de Najran au début du VIe siècle. Cela entraîne une réponse du royaume d'Aksoum (Éthiopie) qui finit par envahir et conquérir le royaume d'Himyar en 525.

1.7 La présence chrétienne et juive en Arabie

1.7.1 Communautés chrétiennes attestées

Plusieurs églises de l'Antiquité tardive ont été identifiées archéologiquement en Arabie Solide nuancé. Aucun temple polythéiste n'a été découvert à Médine Solide.

1.7.2 Communautés juives attestées

1.7.3 Présence zoroastrienne

Présence à l'est et au sud-est de la péninsule, via la conquête perse du Yémen (~575) et le royaume lakhmide, où le zoroastrisme côtoyait le christianisme nestorien.

📌 Point clé : L'Arabie au VIIe siècle était un patchwork religieux dominé par le monothéisme. Le polythéisme y était résiduel et minoritaire, ce qui contredit frontalement le récit coranique d'une péninsule plongée dans l'idolâtrie.

1.8 Les mu'minīn coraniques : qui étaient les adversaires de Mahomet ?

L'historienne Patricia Crone, dans une série d'articles très denses sur les mushrikīn (associationnistes) coraniques, a montré que :

Le « polythéisme pur » décrit dans les sources tardives comme Ibn al-Kalbi est donc beaucoup plus rare dans le Coran lui-même que ne le laissent supposer les exégèses postérieures.

Nicolai Sinai (Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry, 2019) confirme : dans la poésie arabe pré-islamique authentique, Allah apparaît comme un dieu suprême aux pouvoirs vastes (créateur des cieux et de la Terre, maître des destinées humaines, pourvoyeur de pluie, vengeur des serments rompus). Prières et sacrifices lui étaient adressés.

📌 Conséquence majeure : L'opposition coranique « Allah unique vs. polythéisme grossier » est biaisée. La réalité était un débat intra-monothéiste ou hénothéiste, pas une lutte du « bien monothéiste » contre le « mal polythéiste ».


PARTIE II — LES ORIGINES PAÏENNES DU CULTE MUSULMAN

2.1 La Pierre Noire et les bétyles : héritage sémitique millénaire

La Pierre Noire (al-Ḥajar al-Aswad) enchâssée dans un coin de la Kaaba est un artefact central du pèlerinage islamique. Selon la tradition musulmane, elle remonte à l'époque d'Abraham et d'Ismaël. Cependant, des récits historiques et l'archéologie comparée révèlent que la pierre noire — comme d'autres pierres sacrées — était vénérée par les païens de La Mecque et dans tout le Proche et Moyen-Orient bien avant l'Islam.

2.1.1 La pratique des bétyles

Les bétyles (du grec baetylus, lié à l'hébreu Bēth-El « maison de Dieu » et à l'arabe Baytullāh) sont des pierres sacrées considérées comme demeures terrestres des divinités. Cette pratique, attestée dans :

remonte aux origines des civilisations sémitiques.

2.1.2 Typologie des bétyles arabes

Plusieurs types de pierres étaient vénérées :

Les bétyles étaient de différentes tailles, formes et même « genres sexuels » :

Dans la tradition juive, les pierres érigées sont connues sous les termes de Maṣṣebah et Massebot (piliers) et étaient parfois utilisées dans les cimetières pour capturer l'essence du défunt.

2.1.3 Les bétyles à La Mecque pré-islamique

Dans la Sīrat Rasūl Allāh, Abdu'l-Mundhir rapporte que toutes les maisons de la ville de La Mecque dans les temps pré-islamiques possédaient des bétyles, et que les gens avaient pour habitude de toucher, prier ou embrasser le bétyle pour s'assurer un voyage sans dangers.

Hisham ibn al-Kalbi dans son Kitāb al-Aṣnām décrit les sacrifices d'animaux effectués sur les pierres pour attirer les dieux, autour desquelles les Arabes pratiquaient le tawāf.

Le glissement sémantique est révélateur : Baytullāh (« Maison de Dieu ») désigne aujourd'hui la Kaaba elle-même plutôt que la pierre noire enchâssée — exactement comme Bēth-El dans la Bible désigne à la fois le bétyle et le sanctuaire qui l'abrite.

2.1.4 Le précédent romain : Élagabal

Un exemple frappant de la prévalence de ce genre de pratiques se trouve dans l'histoire du dieu Élagabal mis en avant par l'empereur romain Héliogabale (218-222) Solide.

Héliogabale était un empereur romain arabe originaire de Syrie qui a essayé d'introduire et de promouvoir le culte d'un dieu nommé Élagabal (de l'arabe Ilāh al-Jabal, « Dieu de la Montagne »). Cassius Dio rapporte que pour gagner en pureté auprès d'Élagabal, Héliogabale s'est circoncis lui-même, a juré de ne pas consommer le porc et a obligé les sénateurs à l'observer danser en cercle autour de l'autel d'Élagabal.

Chaque solstice d'été était le théâtre d'un festival en l'honneur d'Élagabal pendant lequel il plaçait une pierre noire sur un chariot décoré d'or et de pierres précieuses et paradait en conduisant personnellement le chariot à travers la ville.

Tout ceci se passe 400 ans avant l'Islam.

Les météorites étaient également utilisées dans d'autres sociétés telles que la Chine ancienne, les Amérindiens ou encore les Hittites — qui distinguaient le AN.BAR (« fer du ciel », mésopotamien) ou bia-n-pet (égyptien : « métal du ciel »), réputé pour la maniabilité de son alliage fer-nickel.

2.1.5 La nature de la Pierre Noire actuelle

La Pierre Noire de la Kaaba est traditionnellement considérée comme étant une météorite, mais :

2.1.6 Histoire mouvementée : Abd Allah ibn al-Zubayr

Abd Allāh ibn al-Zubayr est une figure centrale dans l'histoire de l'Islam au début de la période omeyyade. Fils de Zubayr ibn al-‘Awwām (compagnon proche du Prophète) et d'Asma bint Abi Bakr (fille du premier calife), il devient l'un des principaux opposants aux Omeyyades après la mort de Mu‘āwiya en 680 et l'avènement de Yazīd.

Sa rébellion dure de 680 à 692. Il contrôle La Mecque et Médine, ainsi que plusieurs régions de la péninsule, de l'Irak et même de l'Égypte.

En 683, lors du siège de La Mecque par les troupes omeyyades dirigées par le général al-Ḥajjāj ibn Yūsuf, la Kaaba est endommagée par des catapultes, et la Pierre Noire est brisée en plusieurs morceaux. Selon certaines sources, après la destruction partielle, les fragments de la Pierre Noire sont récupérés et conservés par Abd Allah ibn al-Zubayr.

En 692, après des années de conflit, Abd Allah ibn al-Zubayr est finalement vaincu lors de la bataille de La Mecque. Les forces omeyyades reprennent la ville. Abd Allah est tué au combat et son corps est exposé publiquement à Damas.

Après sa mort, la Kaaba est reconstruite par les Omeyyades sous la supervision d'al-Ḥajjāj, et la Pierre Noire est réassemblée et replacée. Bien que brisée, elle est scellée dans un cadre en argent qui est encore visible aujourd'hui.

2.2 La Kaaba et ses sanctuaires « sœurs »

La Kaaba de La Mecque n'était pas unique en Arabie pré-islamique. Le terme « Kaaba » signifie simplement « cube » en arabe, et désignait par extension les sanctuaires de forme cubique — dont plusieurs existaient en Arabie et alentour.

2.2.1 Histoire mouvementée de la Kaaba mecquoise

L'histoire de la Kaaba est jalonnée de destructions et reconstructions :

Selon la biographie de Mahomet, la Kaaba était originellement rectangulaire et non cubique, et sans toit. Le Ḥaṭīm, un demi-cercle construit en face de la Kaaba, était présent et semble avoir disparu au gré des reconstructions.

2.2.2 Le roi Tubba et le Kiswah

C'est le roi Tubba du Yémen qui aurait instauré l'habitude de couvrir la Kaaba quelques siècles plus tôt. Il aurait initialement utilisé des feuilles de palmiers, puis aurait remplacé cela par un drap/tissu, le Kiswah.

2.2.3 Pratiques pré-islamiques à la Kaaba

Le Hajj et la Umra existaient déjà comme pratiques de la matrice religieuse « païenne » de la zone. Le dieu principal Hubal était glorifié au travers d'un puits, Al-Akhsaf, qui se trouvait au centre de la Kaaba. Ce puits servait dans le cadre de plein de rituels et de résolution de problèmes :

Les sources islamiques disent que ‘Amr bin Luḥayy est celui qui a placé la statue de Hubal dans la Kaaba. Il aurait effectué un voyage en Syrie dans le nord de la péninsule arabique et la statue d'Hubal lui aurait été donnée pour que la pluie tombe plus souvent là d'où il vient. Les autres membres des Quraysh firent de même, et bientôt des statues des trois filles d'Allah vinrent, ainsi que celles de Quzaḥ, Shams, ou encore Sayin.

Certaines sources rapportent qu'à l'intérieur de la Kaaba se trouvaient :

2.2.4 Les autres « Kaabas »

SanctuaireLocalisationDivinitéDestin
Kaaba de La MecqueLa MecqueHubal puis AllahIslamisée
Dhul-KhalaṣaTabala (Yémen)« Kaaba blanche », divinationDétruite par Jarīr ibn ʿAbdullāh al-Bajalī sur ordre de Mahomet (632) — Sahih al-Bukhari 3020, 4355
Kaaba de NajranSud-OuestÉglise cubique chrétienne miaphysite (« Hall des poètes »), gardée par la tribu d'Al-ḤārithConquise
Kaaba de SindādMésopotamieSelon Ibn al-Kalbī, sanctuaire gardé par la tribu d'Iyād
Kaaba de GhaymānSud de l'ArabiePierre rouge (peu d'informations)
Kaaba d'al-MushallalSud de La MecqueManātDétruite par Sa‘d bin Zaid sur ordre de Mahomet
Kaaba de Dūmat al-JandalNordWaddDétruite
Sanctuaire d'Allat à Tā'ifHijazPierre cubique blanche, « Jardin du Hijaz »Détruit
Sanctuaire d'Allat à PalmyreSyrieCube + bélomancie similaire à Hubal
Sanctuaire d'Al-‘Uzzā à NakhlaHijazPierre cubique à côté de trois acaciasDétruit par Khālid ibn al-Walīd
Ka'ba-ye ZartoshtNaqsh-e Rustam (Iran)Temple zoroastrien cubique (Ve s. av. n. è.)Existe encore
Nava VihāraBactres (Afghanistan, ~200 EC)Temple bouddhiste cubique avec tissu et pierre cubique vénérée — al-Kermānī, Kitāb al-BuldānDétruit
« Kaaba » de Pétra (théorie Gibson)NabatèneDushara — théorie de Dan Gibson Faible

2.2.5 La Kaaba de Dhul-Khalaṣa : étude de cas

Dhul-Khalaṣa, également connue sous le nom de « Kaaba du Yémen » (Ka'ba al-Yamānīyya) ou « Al-Abalāt », était un temple et une idole vénérés par les tribus Bajila et Khath'am. Le nom Dhul-Khalaṣa signifie « possesseur de la pureté » et était associé à la divination et à la fertilité. Le temple était situé à Tabala et était considéré comme un rival direct de la Kaaba de La Mecque.

C'était non seulement un lieu de culte, mais aussi un centre de divination — surnommé « Dieu de la Rédemption ».

En avril-mai 632 EC (10 AH), Mahomet a ordonné la destruction de Dhul-Khalaṣa. Il a envoyé son compagnon Jarīr ibn ʿAbdullāh al-Bajalī avec une troupe de cavaliers (~150 selon certaines sources). Ils ont combattu et vaincu les gardiens du temple, en tuant plusieurs, ont démoli le bâtiment et l'ont brûlé.

L'incident est mentionné dans plusieurs collections de hadiths, y compris Sahih al-Bukhari 3020 et 4355 Solide. Malgré la destruction initiale, le culte de Dhul-Khalaṣa a été ressuscité à plusieurs reprises, notamment jusqu'en 1815. En octobre 1925, une campagne militaire a été menée pour détruire un bâtiment massif dédié à Dhul-Khalaṣa dans les montagnes de Daws.

Tout comme Dhul-Khalaṣa, les autres Kaabas présentes en Arabie ont également fait l'objet d'ordres de destruction et de démantèlement par Mahomet, qui s'en référait avec des expressions telles que « Tawāgīt » (« objets ayant franchi la ligne à ne pas franchir »).

2.2.6 Autres sanctuaires cubiques notables

Le temple de Diodore Siculus

L'historien grec Diodore Siculus (Ier s. av. n. è.) décrit un temple sur la côte nord-ouest de l'Arabie, « sacré pour tous les Arabes ». Cette description suggère l'existence de lieux de culte importants en dehors de La Mecque.

La Kaaba de Zoroastre

La Ka'ba-ye Zartosht (« Cube de Zoroastre »), située à Naqsh-e Rustam en Iran à côté du mausolée de Darius II, est un temple cubique construit pendant la période achéménide (~Ve s. av. n. è.). Bien qu'il ne soit pas en Arabie, sa forme cubique et son nom montrent des similitudes troublantes avec la Kaaba de La Mecque.

Nava Vihāra (Afghanistan, ~200 EC)

Temple bouddhiste. Dans Kitāb al-Buldān, al-Kermānī mentionne le fait qu'au VIIIe siècle le temple ressemblait énormément à la Kaaba de La Mecque : il était recouvert d'un tissu et avait en son sein une pierre cubique considérée comme sacrée. La pratique d'un rituel similaire au tawāf peut y être observée.

2.2.7 Conclusion sur les Kaabas

L'existence de multiples « Kaabas » suggère que la forme cubique et la pratique de la circumambulation étaient des éléments partagés du paganisme sémitique et levantin, repris et centralisés par l'Islam. La Kaaba mecquoise n'est ni unique, ni originale, ni d'origine abrahamique attestée — elle est l'une des dernières survivantes d'une tradition cultuelle régionale millénaire.

2.3 Le Hajj et la Omra : pèlerinages païens « halalisés »

L'Islam revendique le Hajj et la Omra comme des rites abrahamiques. Cependant, une analyse historique révèle des liens profonds avec des cultes païens préislamiques.

2.3.1 Le Hajj comme tradition pré-islamique

Avant l'Islam, ce pèlerinage existait déjà sous une forme différente. De nombreux peuples arabes pratiquaient des pèlerinages vers la Kaaba et d'autres sanctuaires. Les Quraysh organisaient déjà des rassemblements religieux autour de la Kaaba avant l'avènement de l'Islam. Sacrifices d'animaux, processions, Tawāf (circumambulation 7 fois autour de la Kaaba) étaient des éléments centraux des rites préislamiques.

Les anciens Arabes avaient pour habitude de :

Le Coran lui-même reconnaît implicitement l'antériorité du sanctuaire en l'appelant « Maison ancienne » (bayt al-‘atīq, Sourate 22:29).

Dans Sahih al-Bukhari 1:8:365, Abu Raja al-‘Uṭāridī rapporte : « Aucun païen n'a le droit de performer le Hajj à partir de cette année, et personne n'est autorisé à pratiquer le Tawāf nu autour de la Kaaba. » Ce hadith est une reconnaissance directe du fait que les païens pratiquaient cela jusqu'à ce que Mahomet et le Coran (Sourate 9:28) ne le leur interdise Solide.

2.3.2 Tableau récapitulatif des rites païens islamisés

Rite islamiqueOrigine préislamique attestéeIslamisation
Tawāf (circumambulation)Pratiqué autour de la Kaaba pour purifier les pécheurs ; pratiqué nu par les païens (Bukhari 1:8:365)Associé à l'unicité d'Allah ; nudité interdite (Sourate 9:28)
Sa‘ī (Safa et Marwa)Collines abritant les idoles Isaf et Nā'ila (couple puni pour fornication près de la Kaaba selon la légende, transformés en pierres) SolideRéhabilitées comme « signes d'Allah » (Sourate 2:158), associées à Hagar
Puits de ZamzamSource sacrée vénérée par les païensAssocié à Hagar et Ismaël
Lapidation des stèles (Jamarāt)Rites de lapidation païensRéinterprétés comme rejet de Satan par Abraham
Rasage de tête (Taḥallul)Pratiqué à al-Mushallal pour Manāt ; mélange des cheveux avec du blé pour pain rituelConservé comme fin de l'Iḥrām
Iḥrām (vêtement blanc)Vêtement des prêtres païens à travers l'AntiquitéSymbolise la pureté devant Allah
SacrificesSacrifices de chameaux dans le puits Al-Akhsaf de la Kaaba pour HubalReformulés en sacrifice abrahamique
Tawāf du nouveau-néQuand un bébé naissait, le leader de la tribu le prenait dans ses bras et performait le tawāf autour de la tente 7 fois pour protéger des Umm aṣ-Ṣubyān (démons féminins causant morts infantiles et fausses couches)Disparu en tant que tel mais structure conservée

2.3.3 La symbolique des pierres

Comme on peut le lire dans Sahih al-Bukhari 5:59:661, les Arabes avaient pour habitude de vénérer les pierres. La vénération des pierres, en particulier les météorites, était répandue dans les cultes païens de l'Arabie préislamique.

La recommandation faite par Mahomet de se laver les fesses avec des pierres après avoir déféqué (istinjā' avec des pierres en l'absence d'eau, istijmār) apparaît donc à la fois comme une insulte symbolique envers les pratiques anciennes et comme une manifestation de la volonté claire de se dissocier des pratiques païennes — tout en conservant l'essentiel des autres rites pierriers (Tawāf de la Pierre Noire, lapidation des Jamarāt).

2.4 Ramadan et Eid al-Fitr : racines préislamiques

2.4.1 Le jeûne pré-islamique

Le jeûne n'est pas une innovation islamique. Plusieurs communautés dans la péninsule arabique pratiquaient déjà le jeûne pour des raisons spirituelles et rituelles :

2.4.2 Influence judéo-chrétienne directe

Le jeûne faisait partie des pratiques religieuses des communautés juives et chrétiennes de la région. Les Juifs pratiquaient le jeûne de Yom Kippour, tandis que les chrétiens observaient le Carême (40 jours).

Sahih al-Bukhari 2004 : « Le Prophète, lorsqu'il arriva à Médine, trouva que les Juifs jeûnaient le jour de ‘Ashūrā. Il leur demanda pourquoi ils le faisaient. Ils répondirent : "C'est un jour béni. C'est le jour où Allah a sauvé les enfants d'Israël de leur ennemi, alors Moïse a jeûné ce jour-là." Le Prophète dit : "Nous avons plus de droits sur Moïse que vous." Il jeûna donc ce jour-là et ordonna aux musulmans de faire de même. »

Le Ramadan comme jeûne obligatoire est introduit après la rupture avec les Juifs de Médine et le changement de qibla (Sourate 2:183-187). C'est une substitution au ‘Ashūrā d'origine juive.

2.4.3 Eid al-Fitr et festivités lunaires

Dans la péninsule arabique, les festivités associées aux cycles lunaires et aux récoltes étaient courantes. Les tribus célébraient la fin des cycles agricoles par des festins, des danses et des rassemblements communautaires — préfiguration directe de l'Eid al-Fitr.

Le calendrier lunaire sabéen a fortement influencé le calendrier islamique. Les Sabéens pratiquaient déjà des jeûnes liés aux phases de la lune, ainsi que des rites de purification et de jeûne avant les grandes célébrations religieuses.

2.5 Astres et divinités

Depuis les débuts de la civilisation mésopotamienne, l'observation du ciel et des astres était centrale. Trois astres dominaient : le Soleil (jour), la Lune (nuit) et Vénus (« étoile du matin / étoile du soir »).

AstreDivinité(s) arabesTrace islamique
LuneSayin (Hadramawt), Wadd (Ma‘in), Almaqah (Saba), Hilāl, Qamar, WarakhCalendrier islamique lunaire, croissant comme symbole, début/fin du Ramadan
SoleilShamsReprésentait la dureté du désert (peu vénéré comparativement)
VénusAthtar / Al-‘Uzzā (dualité matin/soir)Vénération antique massive
Mercure‘Uṭārid = mésopotamien Nabu (« l'Annonceur », fils de Marduk, dieu des prophéties, de la sagesse, de l'écriture et de la loi)Le mot arabe nabī (« prophète ») dériverait de Nabu
MarsAmrakh (« celui avec des taches rouges »)Sang, guerre
JupiterAl-Mushtarī (« le digne de confiance »)Chance, croissance lente
SaturneZuḥal (« le Lent »)Agriculture, fertilité, monde des morts

2.5.1 Les étoiles vénérées

Ath-Thurayyā (les Pléiades)

Amas ouvert d'étoiles observable des deux hémisphères. Les anciens Arabes faisaient débuter leur calendrier ancien (calendrier des anwā', prédécesseur du manāzil al-qamar) avec l'apparition de cette « déesse ». Lorsque les Arabes voyaient apparaître Ath-Thurayyā dans le ciel, ils montaient dans les montagnes pour prier, car son apparition signifiait que la saison des pluies allait arriver. Selon certaines traditions tardives, les tribus Mīsam et Tamīm croyaient que l'étoile Aldebaran (Al-Dabarān, « celui qui suit ») était l'amoureux et suiveur d'Ath-Thurayyā Minoritaire.

Ash-Shi‘rā (Sirius)

L'étoile la plus brillante du ciel, cruciale pour la navigation dans le désert pendant la nuit. Si elle disparaissait du ciel, cela annonçait que la pluie allait tomber. La vénération de Sirius était tellement poussée qu'elle est mentionnée explicitement par le Coran Solide :

Sourate An-Najm 53:49 : « …et Lui seul est le Seigneur de Sirius (Ash-Shi'rā) »

Al-Ghūl (Algol)

L'étoile Algol (variable céphéide), remarquable par sa variation d'éclat tous les 2 jours, 2 heures, 40 minutes, durant laquelle elle passe de la 2e à la 4e grandeur, était connue des Arabes sous le nom Al-Ghūl (« le démon ») Solide. Ayant cette particularité d'être brillante puis de baisser en intensité, voire de disparaître durant une nuit éclairée, cela faisait peur aux Arabes.

Lorsque Algol disparaissait, l'on pensait que le démon descendait sur Terre pour commettre de mauvaises actions : attaquer des tombes, dévorer des corps fraîchement enterrés, rôder en ayant pour proies les enfants et voyageurs solitaires à travers le désert. Les Arabes n'allaient jamais à la guerre lorsque la lumière d'Al-Ghūl était faible.

2.5.2 Les arbres sacrés

Les arbres étaient sacralisés à cause du fait qu'ils indiquaient où trouver de l'eau, mais aussi pour les écosystèmes qu'ils soutenaient. Plusieurs types :

2.5.3 Échos dans la théologie islamique

Dans la théologie islamique, on retrouve :

2.5.4 Le chiffre 7

Le concept des « 7 cieux » et « 7 terres » est syncrétique. Le chiffre 7 était sacré dans plusieurs civilisations de la zone : Arabie pré-islamique, judaïsme, religions sémitiques.

Cela vient de l'influence de la culture mésopotamienne dans laquelle il représente l'exhaustivité, l'intégralité et la totalité. Le mot sumérien pour 7 est Imin. En akkadien il correspond au mot Kiššatum signifiant « Monde » et « Univers ». Chez les Babyloniens, en plus du fait que la plupart des rituels incorporaient le chiffre 7, l'univers lui-même est décrit comme étant composé de 7 cieux et 7 terres — exactement comme dans le Coran (65:12, 71:15).

2.6 Le lien avec la Mésopotamie, la Phénicie, l'Éthiopie pré-axoumite

2.6.1 Influences mésopotamiennes

Élément mésopotamienTrace arabe
Panthéon structuré (Anu, Enlil, Enki)Hubal/Allah comme suprême + sous-divinités
Sin (dieu lunaire akkadien, aussi Nanna en sumérien)Sayin, Wadd, Almaqah
Shamash (dieu solaire)Shams
Ishtar / Inanna (déesse amour-guerre-fertilité)Al-‘Uzzā / Athtar
Hadad (dieu de l'orage, IIIe millénaire av. n. è. à Ebla)Quzaḥ, Hubal/Baal
BétylesAnṣāb, Masgida, Duwār, Pierre Noire
Cosmologie 7 cieux / 7 terresCoran 65:12, 71:15
Anunnaki (assemblée divine céleste)« Armée des cieux » coranique

2.6.2 Le panthéon phénicien

Les Phéniciens, célèbres marins et commerçants, ont diffusé leur culture religieuse à travers le bassin méditerranéen. Leur religion centrée sur :

Influences sur l'Arabie : Baal et Astarté ↔ Al-‘Uzzā et Allat ; pratique des bétyles et piliers sacrés ; temples cubiques ; sacrifices.

2.6.3 L'Éthiopie pré-axoumite

Divinité éthiopienneRôle
Waaq (Waqa)Créateur, divinité céleste — parfois vue comme entité monothéiste avant l'introduction du christianisme et de l'islam
Ashtar (Astar)Fertilité, amour, guerre — équivalent d'Astarté/Ishtar/Athtar
BeherMer et eaux
MederTerre et fertilité
MahremGuerre et royauté
AteteMaternité, protection des enfants
IlmuqahLune (équivalent direct d'Almaqah sabéen)

2.7 Tableau récapitulatif des divinités partagées

Athtar / Astarté / Ishtar / Ashtar

Sin / Sayin / Almaqah / Ilmuqah / Wadd / Allah-Hubal

Baal / Hubal / Bel

Hubal a une consorte, une « Al-Lāt » — faisant écho à l'urgence coranique de spécifier qu'Allah n'a pas de compagne (Sourate 17:111, Sourate 6:101).


PARTIE III — LE PANTHÉON ARABE, SES DIVINITÉS, SES JINNS

3.1 Hubal, seigneur de La Mecque

Hubal était la divinité tutélaire de la Kaaba et des Qurayshites après avoir notamment remplacé des divinités tels que Zuḥal ou Manāf. Vénéré à la Kaaba en tant qu'idole principale ayant autorité sur toutes les autres, ses faveurs étaient sollicitées dans des rituels visant à apporter la pluie et la fertilité.

3.1.1 Sa filiation : Hadad → Baal → Hubal

Hadad

Pour introduire Baal, il faut d'abord parler de Hadad :

À Ougarit, il est vu comme une divinité de l'orage et du ciel, intrinsèquement lié au passage du temps et à l'alternance des saisons. Selon la mythologie ougaritique, Hadad combat Yamm (dieu de la mer) et Môtu (dieu de la mort). Môtu parvient à le vaincre et même à le tuer. La sœur/amante d'Hadad, Anatu, à la manière d'Isis et Osiris, le ressuscite et découpe Môtu en morceaux.

Cette théomachie (guerre entre dieux) est le symbole de l'alternance des saisons. Hadad était représenté parfois comme un taureau, veillant à la fertilité des troupeaux aux côtés de sa sœur Anatu.

Baal Hadad

Le terme Baal apparaît originellement en Mésopotamie, sa première attestation connue remonte à 2000 av. n. è. Il tire ses origines de l'akkadien Bēl, qui renvoyait aux concepts de « seigneur, maître, supérieur ». Avant de désigner un dieu spécifique, Baal était un titre qui désignait des personnes ou dieux en position d'autorité.

Baal Hadad (« le maître Hadad ») était le dieu prééminent de la guerre et de la pluie dans le Moyen-Orient et était symbolisé par le taureau et le tonnerre. À force d'être associés, Hadad et Baal finissent par se confondre.

À partir de 1200 av. n. è., Baal devient l'appellation principale du dieu. Cela dit, de nombreuses variantes existent selon les endroits :

Le nom du général carthaginois Hannibal signifie littéralement « qui a la faveur de Baal ».

L'épithète « Rammanu » → Ar-Raḥmān

L'épithète mésopotamienne de Hadad, Rammanu (« Celui qui fait descendre le tonnerre »), attesté dès le IIe millénaire av. n. è., est étymologiquement lié à Raḥmān. On en retrouve les variantes :

À Himyar, il arrivait que l'on se réfère à Jésus comme étant « HaRachaman le fils de Raḥmānān ».

Ce titre est devenu l'un des épithètes principaux d'Allah dans le Coran : « Ar-Raḥmān » Solide nuancé.

Baal, ennemi de YHWH et démon

Baal devient peu à peu une figure sombre de par son opposition biblique à YHWH. Selon la Bible, les Israélites se détournaient de leur dieu principal YHWH en vénérant le dieu cananéen Baal.

À l'origine, YHWH était lui aussi un dieu de la foudre et de la montagne. Afin de se démarquer et pour justifier de la foi monothéiste, il était important de marquer la spécificité de YHWH. Le dieu Yahvé appartenait à un panthéon polythéiste, et son culte a pris peu à peu de l'importance, faisant passer le proto-judaïsme du polythéisme à l'hénothéisme, puis à la monolâtrie, pour finir par devenir un monothéisme. Selon Israel Finkelstein, ce basculement aurait eu lieu sous le règne du roi Josias (VIIe s. av. n. è.).

On associe donc Baal à des idoles dans un sens très péjoratif : ils détournent les prières qui doivent être adressées au seul véritable seigneur, YHWH.

Dans l'Islam, le récit du prophète Ilyās (Élie) dans la Sourate 37, dans lequel Ilyās accuse le peuple de s'être détourné de Dieu pour le culte de Baal, rappelle directement l'épisode biblique.

Cette opposition va petit à petit transformer Baal en démon prominent de la démonologie chrétienne, devenant le bras droit de Satan (Belzébub/Belzéboul). Au XIVe siècle, Sainte Françoise Romaine écrit dans son Traité de l'enfer que Belzébuth est un ange déchu devenu un des généraux infernaux. Au XVIIe siècle, John Milton, dans le Paradis perdu, fait de lui le bras droit de Satan.

3.1.2 Hubal en détail

ÉlémentDescription
OrigineImporté de Syrie/Moab (Ibn Ishaq) ou de Hīt en Mésopotamie (al-Azraqi) Solide nuancé
Lien étymologique avec BaalHypothèse défendue par Hitti, mais l'étymologie de « HBL » reste incertaine (« vapeur, esprit » en araméen, ou « vanité » en hébreu) Contesté
ReprésentationStatue en cornaline rouge, main droite endommagée remplacée par une main en or par les Quraysh
FonctionDivination par les flèches (bélomancie, 7 flèches marquées dont sariḥ « pur » et mulṣaq « pièce rapportée ») ; dieu de la pluie et de la fertilité
Titre« Seigneur de la Ka‘ba »

La promesse d'Abd al-Muṭṭalib

Une légende célèbre raconte qu'Abd al-Muṭṭalib, le grand-père de Mahomet, ayant promis en sacrifice un de ses fils à Hubal pour le remercier de l'aide dans la redécouverte du puits de Zamzam, s'est retrouvé face à un dilemme lorsque la flèche désigna Abdallah, père de Mahomet Solide nuancé.

Sur les conseils d'une devineresse, Abd al-Muṭṭalib offrit alors cent chameaux pour épargner la vie de son fils. Ce rituel se répéta jusqu'à atteindre mille chameaux, qu'il sacrifia finalement pour honorer sa promesse, épargnant ainsi Abdallah.

Sans cette pratique de bélomancie devant la statue de Hubal, Mahomet n'aurait jamais existé.

3.1.3 Sourate 27:91 et le « Seigneur de cette ville »

Sourate An-Naml 27:91 : « Il m'a seulement été commandé d'adorer le Seigneur de cette ville [La Mecque] qui Lui a rendu sacrée, et à qui tout appartient. Et il m'a été commandé d'être du nombre des musulmans (soumis). »

Ce verset s'inscrit dans un discours adressé par Mahomet, affirmant sa mission de serviteur de Dieu. Selon les sources musulmanes, La Mecque était sous l'autorité tutélaire de Hubal avant l'islam ; cela ne signifie pas pour autant que pour Mahomet « Allah = Hubal ». Les Quraysh reconnaissaient Allah comme dieu suprême créateur, distinct de Hubal vénéré à la Kaaba (cf. Patricia Crone et Nicolai Sinai) Contesté.

3.1.4 Al-Bā'lī : la deuxième divinité de la Kaaba

Il y avait une autre divinité à la Kaaba nommée Al-Bā'lī, associée avec l'eau et connue pour sa connection avec les plantes nourries par des sources souterraines. « Hubal » en arabe peut également être traduit par/ou renvoyer aux concepts de vapeur d'eau ou source d'eau.

3.2 Les « Filles d'Allah » : Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt

Le Coran (Sourate 53:19-23) fait référence aux trois déesses en critiquant la logique des Arabes polythéistes. Les Arabes avaient horreur de ne se retrouver qu'avec des filles en termes de progéniture. Le Coran soulève le paradoxe selon lequel, malgré cette préférence affichée pour les garçons, ils attribuaient à Allah des filles.

La réalité est qu'alors qu'Hubal est parvenu à être la divinité principale de La Mecque, il n'était pas le dieu le plus important chez les polythéistes arabes des alentours et de localités plus lointaines.

Les Arabes croyaient en plusieurs dieux mais les divinités les plus célèbres restaient la triade de déesses Al-Lāt, Al-‘Uzzā et Manāt.

3.2.1 Al-Lāt (« La Déesse »)

Les Arabes du nord de la péninsule l'appelaient :

Les Himyarites l'appelaient Athiratan et Ilāt, alors qu'en Syrie on l'appelait Elat. À Canaan elle était Ashera et pour les Phéniciens elle était Aretsaya : elle symbolisait Ardh et Aretz, représentant la Terre elle-même. Les Carthaginois l'appelaient Allatu et en Anatolie les Hourrites l'appelaient Allani.

Al-Lāt était associée à la fertilité de la terre très vénérée à travers la péninsule arabique. Son temple appelé le « Jardin du Hijaz » situé à Tā'if était représenté par un bloc de pierre cubique.

Dans son jardin, les êtres humains n'avaient pas le droit de prendre de fruits, de chasser d'animaux ou de commettre de mauvaises actions sous peine d'encourir le courroux de la Dame.

Il s'agissait d'un site de pèlerinage connecté aux routes commerciales de la région. Ce temple fut détruit sur ordre de Mahomet, qui a fait établir un blocus sur la ville de Tā'if jusqu'à ce que ses habitants abandonnent et se convertissent à l'Islam.

L'inclusion d'Allat dans l'expression « filles d'Allah » comme construction tardive

L'inclusion d'Allat parmi les « filles d'Allah » semble être tardive car Al-Lāt signifie « la Déesse » (le t à la fin renvoie au fait que le sujet est féminin), et était la femme d'Allah de la même manière que ses « versions » étaient les femmes du Dieu principal des différents panthéons du Proche et Moyen-Orient :

3.2.2 Al-‘Uzzā (la Force et la Protection)

Dans l'ancienne ville de Nakhla (aujourd'hui Qudaid), Al-‘Uzzā était représentée par 3 acacias sacrés et était associée à la planète Vénus.

Elle était la déesse de la protection et les gens la priaient pour solliciter son action protectrice qu'il s'agisse de guerre, de santé ou même d'amour dans le mariage. Des animaux étaient sacrifiés sur des pierres avant d'aller au combat afin qu'Al-‘Uzzā puisse protéger les combattants. Des offrandes étaient également faites dans des cas où des parents souhaitaient la guérison d'un enfant.

Cette dualité d'Al-‘Uzzā, à la fois guerrière et nourricière, est un rappel de ses origines mésopotamiennes. Al-‘Uzzā s'apparente à la déesse Ishtar, très présente dans le Moyen-Orient.

Vénus et le double aspect masculin/féminin

Cette dualité provient du mouvement de Vénus dans le ciel. La planète apparaît dans le ciel matinal pendant quelques mois et disparaît, puis réapparaît dans le ciel du soir pendant quelques mois.

Par moment, la planète revêtait un aspect masculin sous la forme du dieu Athtar quand elle était « l'étoile du matin », et elle était Ishtar/Al-‘Uzzā sous sa forme féminine quand elle était « l'étoile du soir ».

L'assassinat d'Al-‘Uzzā par Khālid ibn al-Walīd

Mahomet a ordonné à Khālid ibn al-Walīd d'aller à Nakhla pour se débarrasser d'Al-‘Uzzā. Après avoir détruit l'un des trois acacias, il rapporte l'action à Mahomet qui demande si quelque chose de bizarre arrive. Khālid réponds par la négative.

La même scène se répète lorsqu'il coupe le deuxième acacia.

Lorsqu'il essaye de couper le troisième arbre, une femme noire enragée se présente à lui et est identifiée par le gardien du temple soit comme étant Al-‘Uzzā elle-même, soit comme la gardienne du temple.

Khālid ibn al-Walīd décapite la dame et tue le gardien du temple avant de couper le troisième acacia. Mahomet déclarera alors la fin du culte qui lui était voué (récit chez Ibn al-Kalbī, Kitāb al-Aṣnām, et Ibn Ishaq) Solide nuancé.

3.2.3 Manāt (la déesse du Destin)

Dans certaines traditions, Manāt est dite la plus ancienne du trio, n'ayant pour aîné qu'Allah lui-même Contesté. Elle était dépeinte comme étant une vieille femme fragile et maigre pratiquant la magie et le chamanisme.

Elle détermine le sort des vivants, écrit le destin et prédit leur mort. Son nom vient de l'ancien arabe Manā signifiant « celui qui détermine ».

Les serments effectués en son nom étaient des plus solennels car mentir en son nom garantissait la fin de la vie de l'intéressé.

Manāt et ses sœurs

Dans certaines histoires, Manāt avait deux sœurs : Qaysha et Taraha. Ce trio s'assurait que les morts ne reviennent pas à la vie en surveillant les tombes, empêchant par la même occasion les voleurs de tombes d'agir, et maudissant ceux qui avaient assez de témérité ou de folie pour braver leur courroux.

Le sanctuaire d'al-Mushallal

Son idole principale était située dans un temple appelé Al-Mushallal, situé entre La Mecque et Yathrib (Médine). Un hajj était performé en son honneur par les tribus locales et ceux qui recherchaient sa bénédiction. Les pèlerins :

Cette pratique était importante car elle symbolisait dans la vie du croyant un changement majeur, et était pratiquée à la suite de décisions « irréversibles ». Les Arabes pratiquaient aussi le tawāf nu pour se purifier des péchés commis.

La destruction du sanctuaire de Manāt

Durant le même mois durant lequel Mahomet ordonna la destruction du temple d'Al-‘Uzzā, il ordonna à Sa‘d bin Zaid d'aller à al-Mushallal pour détruire Manāt.

Selon la légende, une femme noire serait apparue devant lui, nue, agitée et se frappant la poitrine. Il la tua sur le champ, détruisit l'idole et le temple et retourna en informer Mahomet.

Quzaḥ, mari de Manāt

Le mari de Manāt était Quzaḥ, un dieu des tonnerres et des nuages ayant son temple à Muzdalifah. Il était imaginé comme un archer géant situé dans les nuages.

Les gens de La Mecque croyaient que les arcs-en-ciel après un orage étaient des échelles qui montaient aux cieux. Le terme Qaws Quzaḥ signifiant « arc de Quzaḥ » est encore utilisé pour désigner les arcs-en-ciel en arabe.

Quzaḥ vient de Qos, le dieu des orages des Édomites Solide nuancé. Chez les Nabatéens, Qos était dépeint avec des taureaux et brandissant un tonnerre, similaire au dieu Baal.

3.2.4 Le trio de sœurs : un parallèle structurel

Le trio de sœurs avec :

présente un parallèle structurel souvent noté avec les Moires grecques, les Parques romaines, les Nornes scandinaves ou Brigit irlandaise — sans qu'aucune filiation historique directe ne puisse être démontrée Minoritaire.

TraditionTrio
GrèceClotho, Lachésis, Atropos
RomeNona, Décima, Morta (Maurtia)
ScandinavieUrd, Verdandi, Skuld (Nornes)
IrlandeBrigit (la Guérisseuse, la Forgeronne, la Poétesse)
ArabieAl-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt

3.3 Les autres divinités importantes

DivinitéRôleParallèle
WaddDieu de l'amour et de l'amitiéDieu lunaire du Sud, vénéré à Dūmat al-Jandal
NasrDieu vautourSud-Arabique
YaghūthDieu lionSud-Arabique
Suwā‘Déesse fémininePolythéisme arabe pré-islamique
YaʿūqDieu chevalSud-Arabique
AnbayDieu de la justiceSaba
Ta'labDieu de la montagne et des tribusSaba
Dhātu-ḤimyamDéesse solaireHimyar
DusharaDieu principal nabatéenPétra

Ces cinq derniers — Wadd, Suwā‘, Yaghūth, Yaʿūq et Nasr — sont explicitement nommés dans le Coran (Sourate 71:23) comme idoles des contemporains de Noé, ce qui est anachronique mais révélateur de leur importance dans le panthéon arabe contemporain de Mahomet.

3.4 Les jinns : les divinités originales de l'Arabie

Les plus anciennes formes de divinités de l'Arabie sont les jinns. Selon certaines traditions arabes, les jinns seraient les habitants de la Terre qui précèdent la création des hommes.

3.4.1 Cosmogonie originelle

Selon des traditions tardives peu documentées dans les sources pré-islamiques contemporaines Minoritaire, les jinns auraient jadis régné sur la Terre après avoir combattu d'autres formes de vie :

Ces traditions mentionnent également les Rimms et Timms comme étant similaires aux Néphilim bibliques (les géants nés de l'union des « fils de Dieu » et des « filles des hommes » dans Genèse 6).

3.4.2 Le mont Qāf et Jān ibn Jān

Selon une tradition islamique post-coranique Contesté, les anciens Arabes pensaient que les djinns étaient originaires d'une montagne légendaire située au coin de la Terre appelée le mont Qāf. Cette montagne était dirigée par un jinn appelé Jān ibn Jān, le plus ancien et le progéniteur de tous les jinns.

3.4.3 Nature des jinns

Les jinns sont des personnifications des forces naturelles. Il était dit qu'ils étaient :

Les jinns coexistent avec nous dans le monde sur un plan métaphysique qui nous empêche de les rencontrer ou de les voir. Ils habitent les oasis, les sources d'eau, les buissons, les rochers, et possèdent parfois des humains et des animaux.

3.4.4 Pratiques de protection

Les Arabes :

Les animaux et surtout les serpents étaient considérés sacrés par les Djinns. Si un homme tuait un serpent, il devait préparer la statue d'un chameau en la remplissant avec des dattes et de l'orge et en la plaçant sur une montagne.

3.4.5 Les Sha'ir : sorciers contrôleurs de jinns

Les Sha'ir étaient des sorciers qui contrôlaient les jinns et afarīt à travers la poésie et la magie animale pour les garder à distance ou pour les utiliser contre leurs ennemis.

3.4.6 Tour détaillé des types de jinns

Les Qarīn

C'est une paire de jinns assignée à chaque humain :

Ce concept survit dans l'Islam : Mahomet aurait dit selon un hadith de Sahih Muslim qu'il avait lui-même un Qarīn, mais qu'Allah l'avait converti à l'Islam.

Les Marids

Ils étaient parmi les plus puissants des jinns. Lorsqu'ils s'approchent trop du paradis, les dieux les frappent avec des étoiles filantes que ces derniers utilisent comme projectiles — concept directement repris dans le Coran (Sourate 37:6-10, 67:5, 15:17-18).

Les Afarīt (Ifrīt)

Un autre groupe de jinns extrêmement puissants. Le mot Ifrīt apparaît dans le Coran (Sourate 27:39) où un Ifrīt parmi les jinns propose à Salomon d'apporter le trône de la reine de Saba.

Hātif

Un jinn bienveillant invisible qui nous prévient de dangers. Le terme survit dans l'arabe moderne (hātif signifie aujourd'hui « téléphone »).

Saʿīr

Un jinn ayant l'apparence d'un vieil homme avec un seul œil, de longues dents, des ongles couverts de fer et une barbe descendant aux genoux.

Waswās

Des jinns qui vivent dans l'air et qui sont responsables du son du vent. Le verbe arabe waswasa signifie « chuchoter de mauvaises pensées » — repris dans le Coran (Sourate 50:16, 114:4-5).

Iblīs

Le plus fameux des jinns, surtout à cause de l'Islam. Après la guerre contre les anges, certains jinns auraient été capturés par les anges. L'un d'entre eux, mû par sa fierté, refusa les ordres de Dieu lui demandant de se prosterner devant Adam (épisode central du Coran — Sourate 2:34, 7:11-18, 15:28-44, etc.).

Les Géants : Jabbirūn

Les Jabbirūn sont des géants immenses. Par exemple : Uj ibn Anaq. Ce personnage survit dans la tradition islamique, notamment dans les récits sur Moïse (Uj/Og dans la Bible — Nombres 21:33, Deutéronome 3:11).

Dulhath

Les Dulhath sont des démons humanoïdes chevauchant des autruches qui habitaient les côtes d'Arabie.

Ad-Dāmī

Des ogresses mangeuses de chair qui hantent les alentours des villages.

Shayāṭīn (les démons)

Les démons étaient nommés Shayāṭīn. Il était dit qu'ils étaient formés à partir du sang des gens assassinés.

Quelques exemples de Shayāṭīn nommés (selon des traditions tardives parfois influencées par la démonologie zoroastrienne ou kabbalistique Contesté) :

DémonSpécialité
Sūṭ ou MisūṭLe démon qui pousse les hommes à mentir
DāsimCrée les discordes chez les mariés
ZalambūrIncite à la fraude
AwarTente les partenaires avec les plaisirs de l'infidélité
Tīr ou ThābirProvoque des blessures physiques

Divs

Les Divs sont des démons d'origine persane qui sont eux-mêmes des démonisations des Devas hindous. Dans le zoroastrisme persan, ils sont devenus des démons (cf. daēva en avestique). L'Islam hérite de cette inversion.

Pairī (ou Paries)

Les Pairī sont des fées d'origine persane, bienveillantes et « angéliques ». Des parallèles fonctionnels existent avec les Houris (ḥūr al-‘ayn) du paradis coranique, mais la filiation linguistique est rejetée par la plupart des sémitistes (l'étymologie de ḥūr est arabe, de ḥawira « être blanc des yeux ») Contesté.

3.4.7 Les jinns dans le Coran

Le Coran consacre une sourate entière aux jinns (Sourate 72, al-Jinn) et les mentionne dans 31 sourates. Ils sont :

Cette massivité de la croyance aux jinns dans le Coran montre que l'Islam n'a pas effacé la démonologie arabe pré-islamique : il l'a intégrée et standardisée sous une forme monothéiste.

3.5 Cosmogonie et mythologie islamique

3.5.1 Cosmologie coranique

Selon le Coran et les hadiths :

3.5.2 Nun la baleine, Bahamut, Falak

Que ce soit pendant la période pré-islamique ou dans les premiers temps de l'Islam, l'on croyait que le monde reposait sur le dos d'une baleine « Nūn » ou d'un énorme poisson nommé « Bahamūt » Solide.

Ce poisson servait de fondation pour notre monde et c'est par lui que nous flottons au-dessus des eaux du « Tihāmat » (l'océan du chaos).

À cause des mouvements de la baleine, la terre était instable ; donc Allah planta les montagnes afin que celle-ci soit stable (Sourate 78:6-7, Sourate 31:10).

Au-dessus de la baleine se trouvait également un taureau nommé « Kuyūta » sur le dos duquel il y avait un rubis. Sur ce rubis, un ange immense extrêmement puissant se tenait debout et portait sur ses épaules les 7 terres et 7 cieux qu'Allah avait faits.

En dessous du Bahamūt, dans les profondeurs de Tihāmat, là où se trouve le domaine du feu, résidait un grand dragon ou serpent géant nommé « Falak ».

Les sources principales

Cette cosmogonie est attestée dans les tafsirs classiques :

Influences sémitiques

L'influence sémitique est prépondérante. L'on peut reconnaître :

L'histoire de création elle-même est similaire à celle de Marduk dans la mythologie babylonienne et dans l'Enūma Eliš. Marduk sépare l'eau douce de l'eau salée et fait 7 terres et 7 cieux.

3.5.3 Le ciel comme structure physique

Selon le Coran :

3.5.4 Soleil, Lune et nuit

3.5.5 Pluie, vent, eau

3.5.6 Ombres et oiseaux

3.5.7 L'apocalypse selon le Coran et les hadiths

Le jour de l'apocalypse :


PARTIE IV — LES ORIGINES SYNCRÉTIQUES D'ALLAH

4.1 « Allah » : terme générique sémitique

Si l'on se tient au Coran, l'on pourrait penser que le problème de base entre musulmans et polythéistes réside dans le refus de vénérer Allah qui aurait été le dieu le plus important même pour eux.

Cela dit, comme nous avons pu le voir, les Arabes anciens accordaient une place prépondérante aux divinités vénusiennes, lunaires et solaires, et considéraient le trio Al-Lāt, Manāt et Al-‘Uzzā comme important aux côtés du culte d'Allah. La situation est en fait plus complexe que le Coran ne veut bien la présenter.

4.1.1 La critique du Livre des Idoles d'Ibn al-Kalbī

Le Livre des Idoles (Kitāb al-Aṣnām) de Hisham ibn al-Kalbī (mort en 819 EC) est une collection de récits populaires décrivant le polythéisme manifeste des Arabes préislamiques, avec pour récit principal l'idée que cet idolâtrie prit fin avec l'avènement de l'Islam.

La recherche académique moderne nuance fortement ce récit, en soulignant qu'il sert à accentuer le contraste entre la période immédiatement préislamique et l'Islam.

4.1.2 La transition vers Rḥmnn (« le Miséricordieux »)

À partir du IVe siècle EC, lorsque le royaume de Himyar adopta le judaïsme, les divinités païennes disparurent presque complètement des inscriptions de la famille d'écriture sud-arabique, inaugurant ce que l'on appelle la période monothéiste. À leur place, une divinité unique, Rḥmnn (« Le Miséricordieux »), commence à apparaître, devenant finalement l'épithète coranique al-Raḥmān.

Le professeur Ahmad al-Jallad note que le nom raḥmān apparaît dans plusieurs inscriptions préislamiques sud-arabiques et est dérivé du raḥmānā araméen juif.

Sigrid Kjær observe que l'utilisation de Raḥmān (ou Raḥmān-an avec le suffixe article défini) ne devient véritablement monothéiste qu'au VIe siècle EC, étant auparavant utilisée dans un contexte monolâtre.

Le Coran présente une progression chronologique dans l'usage des théonymes :

4.2 Origines épigraphiques d'Allah

4.2.1 Premières attestations

Le mot Allāh apparaît principalement comme élément théophorique (dans des noms propres) dans les inscriptions nabatéennes au Ier siècle av. n. è. ou au Ier siècle EC dans le nord de l'Arabie Solide nuancé. Le mot pourrait provenir d'une contraction de al-ʾilāh (« le dieu »), bien qu'il existe certaines difficultés linguistiques avec cette idée.

Le nom ʿAbd Allāh (comme le nom du père de Mahomet) apparaît d'abord dans un contexte païen nabatéen. Ils utilisaient la même construction pour d'autres dieux, comme ʿAbdu Manōti (« serviteur de Manāt »).

Au VIe siècle EC, le nom Allāh est appliqué dans un contexte monothéiste autour du Hijaz et à un moment donné fusionne avec le al-ʾilāh chrétien (« le dieu »).

4.2.2 Le royaume de Lihyan

Certaines mentions du mot « Allah » apparaissent dans les inscriptions de Dadan/Lihyan (aux IVe-IIIe siècles av. n. è. dans les couches les mieux datées) Contesté, royaume se trouvant au nord-ouest de La Mecque et au sud de Pétra.

Le terme Allah apparaît comme élément théophorique dans les noms des Lihyanites : des mots comme « Abdullāh » (« Esclave d'Allah ») similaires aux termes « Abd al-Manāf » ou encore « Abd al-‘Uzzā ».

4.2.3 La famille sémitique du nom

FormeRégionDatation
IlumMésopotamie~2900 av. n. è.
El, Eloh, EloahIsraélites, Phéniciens, Ugaritiens~1400 av. n. è.
ElahaAraméens~1000 av. n. è.
AlahaSyriens (textes syriaques)Ier s. EC
Ilāh, IlYémen
AllāhLihyanIVe-IIIe s. av. n. è.

4.2.4 Le concept derrière El / Allah

Le concept derrière El ou Allah est celui du « plus grand des dieux ». Cette idée d'une divinité ayant tout créé qui serait l'origine des autres dieux ou le chef du panthéon.

Allah était donc le père des dieux « Ālihah ». À chaque fois, Le Dieu en question est responsable de la création des anges, esprits, jinns et démons également.

4.2.5 Le concept du dieu inaccessible

Une piste d'explication pour comprendre pourquoi les anciens Arabes ne vénéraient pas Allah directement se trouve dans les traditions sémitiques pré-abrahamiques ayant pour principe l'inactivité ou l'impossibilité de s'adresser directement à Dieu. Par exemple, on ne pouvait dire le nom de Dieu en vain au risque de le déranger — raison pour laquelle les Juifs ne prononçaient pas le nom de YHWH.

4.2.6 Étymologie d'Allah

Allah est la contraction des mots « al- » et « ilāh » signifiant « Le Dieu ». Renvoyant au concept de la divinité suprême au-dessus des autres « ilāh ».

Selon Hitti, le « Allah » des Quraysh était souvent identifié à Hubal comme divinité tutélaire de la Kaaba ; mais plusieurs spécialistes (Patricia Crone, Nicolai Sinai) montrent que les Quraysh reconnaissaient Allah comme dieu créateur suprême, distinct de Hubal Contesté.

L'on peut voir dans le cadre de la bataille d'Uhud en 625, telle que rapportée par Ibn Ishāq dans la Sīra :

Ceci montre qu'au moins pour Mahomet, son « Allah » n'était pas Hubal, le Allah tutélaire des Qurayshites.

4.3 La basmala pré-islamique du Yémen (découverte 2018)

La bismillah islamique« Au nom d'Allah, le Bienfaiteur, le Miséricordieux » (Bismillāh Ar-Raḥmān Ar-Raḥīm) — est récitée avant le début de chaque sourate et ouvre la prière al-Fātiḥa. À l'intérieur des sourates elles-mêmes, elle n'apparaît qu'une seule fois, dans le Coran 27:30 (lettre de Salomon à la reine de Saba).

4.3.1 La découverte de 2018

En 2018, la première inscription de basmala pré-islamique connue fut découverte sur le flanc d'une falaise au Yémen (Jabal Dabūb), inscrite en écriture sud-arabique Solide :

« Au nom d'Allah, le Raḥmān ; aie pitié de nous, ô Seigneur des cieux » (bsmlh rḥmn rḥmn rb smwt).

Le reste de l'inscription dit : « satisfais-nous par ta faveur, et accorde-nous la sagesse de compter nos jours ».

4.3.2 L'analyse d'Ahmad al-Jallad

Écrivant à propos de cette découverte, Ahmad al-Jallad :

4.3.3 Maslama et al-Raḥmān

Maslama (Musaylima dans la tradition islamique péjorative), un prophète yéménite rival de Mahomet, adorait al-Raḥmān, la divinité de l'ancien royaume de Himyar Solide.

Al-Jallad propose que la basmala fut utilisée pour synchroniser les deux pôles monothéistes de l'Arabie :

Cette différence régionale est évoquée dans le Coran 17:110 :

« Dis : "Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous l'invoquez, Il a les plus beaux noms." »

Ar-Raḥīm (« le Miséricordieux ») serait alors une innovation islamique ajoutée à al-Raḥmān de la basmala pré-islamique qui, à ce moment-là, représentait déjà un adjectif décrivant Allah.

4.4 Allah dans la poésie pré-islamique

Nicolai Sinai note dans son article de 2019 Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry qu'Allah apparaît dans la poésie pré-islamique authentique comme le nom d'un dieu extrêmement puissant, peut-être mieux décrit comme un « dieu suprême » des païens.

Dans la poésie arabe pré-islamique, nous voyons qu'ils considéraient Allah comme :

Prières et sacrifices étaient adressés à Allah, qui déterminait l'issue des événements en cours.

4.5 Allah, dieu syncrétique

Comme nous avons pu le voir, les influences des autres peuples sémitiques sur la péninsule arabique étaient prépondérantes. Ainsi, de la même manière que les concepts des divinités partagées à travers la zone, celui d'Allah semble avoir été fortement influencé par ces influences externes.

L'expansion du judaïsme et du christianisme dans le sud vers la péninsule arabique quelques siècles avant la naissance de l'Islam est une piste de compréhension de ce phénomène.

En effet, les Juifs et Chrétiens arabes se référaient à leur Dieu en l'appelant « Allah », en contraste aux plusieurs « Ālihah » que les « païens » avaient.

4.5.1 Yahweh vs El Elyon

Le royaume d'Israël a progressivement laissé tomber le polythéisme ainsi que le culte du grand dieu « El Elyon » pour choisir l'un des 70 enfants d'El, Yahweh, en tant que Dieu suprême.

Mahomet, quant à lui, a pris une autre route. Il a :

Ce qui contraste avec le Coran qui nous explique qu'Allah est en fait le dieu des Juifs et Chrétiens — qui est Yahweh, le dieu d'Abraham (Sourate 2:136, 29:46).

4.5.2 L'absence du tétragramme YHWH

Allah a fameusement 99 noms. Cela dit Yahweh, le nom du dieu d'Abraham, ne fait pas partie de ces noms ni n'est mentionné dans le Coran. Il n'apparaît qu'au travers de noms théophoriques tels que ceux des prophètes juifs qui seront traduits en arabe :

HébreuArabeSignification
YeshayahuIsha'yah« YHWH sauve »
EliyahuIlyās« Mon Dieu est YHWH »
YohananYaḥyā« YHWH est gracieux »
ZekharyahZakariyyā« YHWH se souvient »
YirmiyahuIrmiyā« YHWH élève »

Allah est-il réellement le dieu des Juifs ou des Chrétiens ? Celui qu'Abraham, Moïse et toute la clique ont vénéré ?

4.5.3 Hypothèse de la non-prononciation

Une hypothèse spéculative Minoritaire : Mahomet, en contact avec les Juifs hijaziens qui par respect ne prononçaient jamais le tétragramme (substitué oralement par Adonaï), aurait pu en ignorer la prononciation exacte et reprendre simplement Allāh, le terme générique connu dans son environnement arabe.

Cela expliquerait à la fois :

4.6 Conclusion : Allah, un dieu construit

L'origine et l'évolution du nom et du concept d'Allah dans l'Islam révèlent un dieu construit par strates :

  1. Strate proto-sémitique : Il / El, divinité suprême dans tous les panthéons sémitiques (Mésopotamie, Canaan, Israël) ;
  2. Strate nabatéenne et lihyanite (siècles précédant l'Islam) : Allāh comme une divinité parmi d'autres ;
  3. Strate himyarite (IVe-VIe s. EC) : adoption du judaïsme ; émergence de Rḥmnn comme nom dominant ;
  4. Strate arabe pré-islamique tardive (VIe-début VIIe s.) : Allah comme dieu suprême reconnu par les Quraysh aux côtés de Hubal ; Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt comme « filles » ;
  5. Strate islamique : Mahomet synthétise Allah du nord avec al-Raḥmān du sud, élimine toutes les autres divinités, emprunte au judéo-christianisme l'idée d'un Dieu unique d'Abraham, mais conserve structurellement le panthéon (jinns, anges, démons) et la cosmologie (7 cieux, Bahamut, Falak).

L'Allah du Coran n'est donc ni le Dieu d'Abraham au sens biblique, ni un dieu sans précédent. C'est une construction syncrétique réunissant les fonctions de Hubal, El Elyon, Rḥmnn et YHWH dans une figure unique débarrassée de ses parèdres et de ses fils.


PARTIE V — INFLUENCES HUMAINES : SCRIBES, CONSEILLERS, TRADITIONS EMPRUNTÉES

L'histoire de l'Islam et de ses textes fondateurs, notamment le Coran, est marquée par diverses influences humaines. Plusieurs individus ont joué un rôle significatif dans la formation et la transmission des textes islamiques, chacun apportant sa propre contribution culturelle et intellectuelle.

5.1 Les scribes : Zayd ibn Thābit et Abdullah ibn Sa'd

5.1.1 Zayd ibn Thābit

Les scribes ont joué un rôle crucial dans la compilation et la préservation du Coran. Parmi eux, Zayd ibn Thābit est souvent cité comme l'un des principaux scribes de Mahomet.

Après la mort de Mahomet, sous le califat d'Abu Bakr, Zayd fut chargé de rassembler les différents fragments du Coran dispersés parmi les compagnons. Ces fragments étaient écrits sur divers matériaux tels que des parchemins, des os, des feuilles de palmier.

La tâche de Zayd consistait à vérifier l'authenticité des versets en consultant les mémoires des compagnons. Il a annoncé que la tâche était impossible.

Plus tard, sous le califat d'Othman, Zayd fut de nouveau chargé de compiler une version standardisée du Coran pour éviter les divergences régionales. Cette entreprise montre l'influence humaine substantielle dans la transmission et la conservation du texte coranique.

Cela dit, le travail de Zayd fut critiqué par certains hāfiẓ (mémorisateurs) du Coran car leurs souvenirs ne correspondaient pas avec le codex uthmanien.

5.1.2 Abdullah ibn Sa'd ibn Abi Sarh : le scribe apostat

Quand il s'agit de la formation en elle-même du Coran, un autre scribe, connu sous le nom d'Abdullah ibn Sa'd ibn Abi Sarh, a également laissé une empreinte notable, mais d'une manière controversée.

Abdullah était l'un des scribes qui transcrivaient les révélations dictées par Mahomet. Cependant, selon les sources historiques, Abdullah apostasia après avoir quitté Médine, déclarant que certaines des révélations qu'il avait écrites n'étaient pas divinement inspirées, mais suggérées par lui-même et acceptées par Mahomet.

Par la suite, Abdullah retourna à La Mecque et devint un opposant à Mahomet. Cependant, après la conquête de La Mecque par les musulmans, Abdullah, proche d'Othman (qui était son frère de lait), fut pardonné par Mahomet, malgré la réticence initiale de ce dernier.

5.2 Bahira et Waraqa : les conseillers chrétiens

5.2.1 Bahira, le moine chrétien

D'après la tradition musulmane, alors que Mahomet était enfant (entre 9 et 12 ans selon les versions), il aurait accompagné son oncle Abū Ṭālib en Syrie à Bosra dans un trajet caravanier mecquois à des fins commerciales. À Bosra, le campement des voyageurs aurait été près de l'ermitage de Bahira, présenté selon les versions comme nestorien, ébionite, ou simplement « moine chrétien » Contesté.

Lorsque la caravane passa devant lui, il invita tous les commerçants à un repas. Bahira aurait reconnu sur Mahomet la « marque du prophète » entre les deux omoplates, dite « Sceau de la prophétie ».

Sources et critiques

La plus ancienne version de ce récit est celle d'Ibn Ishāq, mise par écrit par Ibn Hishām au IXe siècle. Plusieurs recensions sont connues : Ibn Sa'd al-Baghdādī, al-Ṭabarī, al-Tirmidhī.

Pour les auteurs musulmans, ce récit s'inscrit dans une série d'événements qui s'inscrivent dans l'enfance de Mahomet et qui annonceraient sa mission prophétique.

Cependant, des objections ont été soulevées : Theodor Nöldeke considère que l'histoire de Bahira est une légende Solide. L'âge de Mahomet (12 ans) reproduit celui de Jésus au Temple (Luc 2:41-52), ce qui suggère une influence chrétienne directe sur la construction de la légende.

5.2.2 Waraqa ibn Nawfal

Waraqa est un personnage présenté dans les sīra (biographies musulmanes) qui en parlent fort élogieusement. Néanmoins, hormis le récit de sa reconnaissance de la mission prophétique de Mahomet, les sources fournissent peu d'informations d'ordre biographique.

Le profil de Waraqa

Waraqa aurait, dès l'époque préislamique, renié le culte des idoles et se serait engagé dans la recherche de la ḥanīfīya (monothéisme abrahamique pré-islamique). Converti au christianisme en Syrie, Waraqa serait un grand connaisseur des Écritures.

Sa rencontre avec Mahomet

Selon les récits traditionnels, Mahomet fut bouleversé par les premières révélations. Il craignait d'être possédé par un djinn, à l'instar des Kāhin que des djinns inspiraient à réciter des poèmes.

Il se confia alors à son épouse Khadīja qui lui conseilla de rencontrer Waraqa, son proche parent (son oncle ou son cousin selon les récits). Celui-ci aurait alors, devant celle-ci puis devant Mahomet, reconnu son caractère prophétique et lui apporté son soutien.

L'analyse critique

Le vocabulaire utilisé dans les récits liés à Waraqa renvoie à l'Évangile de Saint-Jean et à l'annonce du Paraclet. Cette annonce de Mahomet comme étant le Paraclet est « un thème de l'apologétique musulmane » et s'accompagne, en corollaire, de la thèse de la falsification des écritures.

Cette référence montre, pour Gilliot, la présence à La Mecque de personnes informées sur le judaïsme, « voire sur le christianisme », et une diversité de langues. L'hypothèse d'un soutien de Waraqa dans la mise au point des révélations pourrait faire, pour ce même auteur, du Coran un « travail collectif ».

Waraqa, prêtre ébionite ?

Selon une thèse minoritaire défendue par Joseph Azzi (moine libanais, pas islamologue universitaire), Waraqa était un prêtre ébionite, directeur spirituel de Mahomet qui s'en serait détourné pour fonder un État musulman Minoritaire. La tradition islamique le présente plutôt comme chrétien (parfois nestorien) ; les recherches académiques (Édouard-Marie Gallez, Claude Gilliot) le situent plutôt dans la mouvance judéo-chrétienne (nazaréens, ébionites).

Pour Gilliot, Waraqa appartient à la catégorie des « informateurs » avec qui « Mahomet poursuivit donc la tradition vivante de l'Antiquité tardive, celle du targum, interprétant/traduisant des logia pris des Écritures antérieures (ou de traditions orales) ».

5.3 Les Éthiopiens chrétiens et l'influence sur l'islam naissant

5.3.1 L'exil en Abyssinie

Lorsque les premiers musulmans furent persécutés à La Mecque, ils trouvèrent refuge en Abyssinie (actuelle Éthiopie), où le roi chrétien, connu sous le nom de Négus Ashama ibn Abjar, leur offrit protection.

Le Négus, connu pour sa justice et sa tolérance, accorda aux musulmans un asile et rejeta les pressions des envoyés Qurayshites qui voulaient rapatrier les réfugiés. Cette interaction pacifique a laissé une empreinte notable sur l'Islam, influençant des concepts comme l'inviolabilité des églises et la tolérance envers les « gens du Livre ».

5.3.2 Oum Aiman, la nourrice abyssinienne

Selon les sources islamiques, la première nourrice de Mahomet, Oum Aiman (Baraka bint Tha'alaba), était abyssinienne. Elle a joué un rôle crucial dans la vie du Prophète, le soutenant dans ses premières années après la mort de sa mère Amina.

Mahomet la considérait comme un membre de sa famille, la décrivant comme « ma mère après ma mère ». La présence d'Oum Aiman dans la vie de Mahomet pourrait avoir contribué à son exposition précoce à la culture et à la langue abyssiniennes.

5.3.3 La compréhension de la langue abyssinienne

Il est également intéressant de noter que Mahomet semblait comprendre l'abyssinien, en plus de parler l'arabe, ce qui est suggéré par ses interactions avec les Abyssiniens Solide nuancé.

5.3.4 L'influence des textes abyssiniens : Yasar et Jabar

Selon les exégèses comme celles d'al-Jalālayn, Mahomet était en contact avec des frères abyssins, Yasar et Jabar, qui lui lisaient la Bible en langue Ge'ez.

Le Tafsir al-Jalālayn sur le verset 16:103

Voici le passage de Tafsir al-Jalālayn qui fait référence aux accusations selon lesquelles Mahomet aurait été influencé par deux frères abyssins :

Coran 16:103 : « Et Nous savons parfaitement qu'ils disent : "Ce n'est qu'un être humain qui lui enseigne." Or, la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère [non arabe], et celle-ci est une langue arabe claire. »

Exégèse de Jalālayn : « Les polythéistes disaient que c'était un homme chrétien qui enseignait le Prophète [Mahomet], et cet homme était un esclave romain qui parlait mal l'arabe. Il a été aussi dit que cet homme était Yasar, l'esclave de ‘Amr ibn al-Ḥaḍramī, ou un autre esclave chrétien nommé Jabar. »

Ce passage mentionne directement les deux noms, Yasar et Jabar Solide.

5.3.5 L'influence linguistique éthiopienne sur l'arabe coranique

L'influence guèze (langue éthiopienne classique) est attestée dans plusieurs mots coraniques :

5.4 Salman al-Fārsī : l'influence persane

Salman al-Fārsī, un compagnon persan de Mahomet, est une autre figure importante ayant apporté des influences extérieures à l'Islam.

Avant de se convertir à l'Islam, Salman avait été zoroastrien puis chrétien, cherchant constamment la vérité spirituelle. Son vaste bagage religieux et culturel a enrichi l'islam de perspectives variées.

Par exemple, lors de la bataille du Khandaq (« du Fossé ») en 627, Salman suggéra de creuser une tranchée autour de Médine pour se défendre contre les assaillants — une technique militaire persane inconnue des Arabes Solide.

5.5 Omar ibn al-Khattāb : l'architecte humain de l'islam

Omar ibn al-Khattāb, le deuxième calife de l'Islam, a joué un rôle déterminant dans l'expansion et la consolidation de l'empire islamique. Avant sa conversion, Omar était l'un des adversaires les plus farouches de Mahomet, au point d'avoir initialement envisagé de l'assassiner.

Sous son leadership, Omar a introduit et intégré dans le gouvernement islamique de nombreuses pratiques administratives et juridiques issues des empires perse et byzantin. Par exemple, il a instauré le système des diwān (registres administratifs).

5.5.1 Le rôle d'Omar dans la standardisation du Coran

L'une des contributions les plus importantes d'Omar a été son rôle dans la standardisation du Coran. Inquiet des divergences dans la récitation, il a insisté pour qu'une version unique du texte soit compilée et diffusée.

5.5.2 La rationalité d'Omar face à la Pierre Noire

Omar a également laissé une empreinte sur les pratiques rituelles. Un exemple significatif est sa réaction par rapport à l'acte d'embrasser la Pierre Noire :

« Je sais que tu es une pierre, tu ne peux ni nuire ni profiter. Si je n'avais pas vu le Prophète t'embrasser, je ne t'aurais pas embrassée. » (Sahih al-Bukhari, Livre 26, Hadith 667)

Cette déclaration montre une forme de reconnaissance implicite de l'origine païenne de la vénération des pierres Solide.

5.5.3 Omar et le verset du voile

Omar a également eu une influence directe sur certaines révélations coraniques. Par exemple, c'est à son insistance que le verset du voile (Ḥijāb) a été révélé.

L'épisode de Sawda bint Zam'a

L'histoire de Sawda bint Zam'a, l'une des épouses de Mahomet, est souvent rapportée dans les hadiths en relation avec la révélation des versets du voile.

Dans les débuts de l'Islam à Médine, les femmes sortaient souvent pour répondre à leurs besoins naturels dans des endroits isolés. Un soir, alors que Sawda sortait, Omar la reconnut malgré l'obscurité et lui dit : « Ô Sawda, nous t'avons reconnue ! »

Suite à cet incident, Mahomet reçut la révélation du verset du voile :

Sourate Al-Aḥzāb 33:59 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Références hadithiques

Sahih al-Bukhari (Volume 8, Livre 74, Hadith 257) : Aïcha rapporte que les femmes des croyants sortaient la nuit pour faire leurs besoins. Omar dit au Prophète : « Cache tes femmes. » Mais le Prophète n'a pas fait cela. Alors, Sawda bint Zam'a sortit une nuit ; Omar l'appela en disant : "Je t'ai reconnue, ô Sawda !" Il dit cela avec l'espoir que des versets concernant le Hijāb soient révélés. Alors Allah révéla le verset du Ḥijāb Solide.

Interprétation critique

Cet incident met en lumière comment certaines pratiques et règles fondamentales de l'islam ont évolué en réponse aux insistances et désirs de figures humaines.

5.6 Influence du christianisme pré-islamique d'Arabie

Plusieurs courants chrétiens pré-islamiques ont influencé l'Islam des débuts :

5.6.1 Le Coran et les apocryphes chrétiens

Le Coran contient des récits similaires à ceux des apocryphes chrétiens et du Talmud juif. Quelques exemples :

Récit coraniqueSource apocryphe / antérieure
Satan refusant de se prosterner devant Adam (Sourate 18:50, 7:11-18, 15:28-44, 17:61-65, 20:116, 38:71-85)« La Grotte aux Trésors » (apocryphe syriaque)
Abraham jeté dans la fournaise (Sourate 21:68-69, 29:24, 37:97-98)Talmud (Bereshit Rabbah), Apocalypse d'Abraham
Sept Dormants d'Éphèse (Sourate 18:9-26)Tradition chrétienne syriaque (Jacob de Saroug, VIe s.)
Jésus parlant au berceau (Sourate 3:46, 19:29-33)Évangile arabe de l'enfance, Évangile du pseudo-Matthieu
Jésus créant des oiseaux d'argile (Sourate 3:49, 5:110)Évangile de l'enfance de Thomas
Vie de Marie (Sourate 3:35-37, 19:16-23)Protévangile de Jacques
Rejet de la crucifixion (Sourate 4:157)Traditions docétistes / gnostiques (Évangile de Basilide)
Dhul-Qarnayn et le mur de fer (Sourate 18:83-101)Légende syriaque d'Alexandre (Neṣḥānā d-Aleksandros, ~629-630) Solide
Eaux du Déluge sortant du four (Sourate 11:40, 23:27)Talmud babylonien (Rosh Hashanah 12a)
Voyage spirituel (Mi'raj)Arda Viraf Namag (zoroastrien) — parallèles structurels notés Contesté
Jugement de Salomon, fourmis, hoopoe (Sourate 27)Targum sheni d'Esther

5.7 Influences zoroastriennes sur l'Islam

Le zoroastrisme, religion monothéiste fondée par le prophète Zarathoustra (Zoroastre) en Perse antique, présente avec l'Islam des parallèles structurels qui sont étudiés par plusieurs comparatistes (Mary Boyce, Shaul Shaked) — la filiation directe reste cependant débattue Contesté.

5.7.1 Le dualisme cosmique, l'angélologie et la démonologie

L'une des caractéristiques centrales du zoroastrisme est son dualisme cosmique, qui oppose Ahura Mazda (dieu du bien et de la lumière) à Angra Mainyu (Ahriman, principe du mal et des ténèbres).

Bien que l'Islam rejette explicitement le dualisme en faveur du monothéisme absolu, certaines idées de cette opposition entre forces du bien et du mal ont trouvé un écho dans les concepts islamiques de Dieu (Allah) et de Shayṭān (Satan).

Dans le zoroastrisme, il existe une hiérarchie complexe de divinités subalternes, d'anges et de démons (les Amesha Spentas et les Yazatas). De même, l'Islam adopte une structure angélique avec des anges tels que :

5.7.2 Eschatologie : jugement dernier et résurrection

L'un des aspects les plus frappants concerne les concepts eschatologiques. Le zoroastrisme enseigne :

Concepts qui ont une place centrale dans l'Islam.

5.7.3 Paradis et Enfer

Les descriptions du paradis et de l'enfer dans l'Islam portent également des similitudes avec celles du zoroastrisme.

5.7.4 Les Houris : vierges du paradis

Les Houris (ḥūr al-‘ayn), décrites dans le Coran comme des vierges aux grands yeux promises aux croyants pieux dans le paradis, présentent des parallèles fonctionnels avec les « Pairikas » du zoroastrisme. La filiation linguistique directe est cependant rejetée par la plupart des sémitistes (l'étymologie de ḥūr est arabe, de ḥawira « être blanc des yeux ») Contesté.

5.7.5 Les Djinns : créatures mystiques

Les Djinns sont des entités surnaturelles dans l'Islam, créées par Dieu à partir d'un feu sans fumée. Dans la religion zoroastrienne, les Daēvas sont des esprits mauvais, opposés aux Ahuras.

5.7.6 Arda Viraf et la Nuit du Destin / Mi'rāj de Mahomet

L'une des similitudes les plus frappantes entre le zoroastrisme et l'Islam se trouve dans les récits d'ascension spirituelle.

L'histoire d'Arda Viraf (Arda Viraf Namag), un prêtre zoroastrien, raconte comment il a été choisi pour effectuer un voyage spirituel dans l'au-delà. Après avoir consommé un breuvage sacré, il est tombé dans un sommeil profond et son âme a été guidée par des anges à travers le paradis et l'enfer.

Ce récit ressemble à l'histoire de l'Isrā' et du Mi'rāj (Sourate 17:1), où Mahomet est :

5.7.7 L'ésotérisme et les rites religieux

Les pratiques religieuses islamiques ont également pu être influencées par le zoroastrisme :

5.7.8 Tableau synthétique des influences zoroastriennes

Concept zoroastrienParallèle islamique
Ahura Mazda vs Angra Mainyu (Ahriman)Allah vs Shayṭān
Hiérarchie d'anges et démonsAnges (Jibrīl, Mīkā'īl, Isrāfīl, ‘Azrā'īl) et djinns/démons
Jugement dernier, paradis, enferYawm al-Qiyāma, Janna, Jahannam
Pairikas / HourisHour al-‘ayn du paradis (parallèle fonctionnel ; filiation linguistique débattue)
5 prières quotidiennes (Gah)5 Salāt
Voyage d'Arda VirafIsrā' et Mi'rāj de Mahomet
Pont de Chinvat au JugementṢirāṭ al-Mustaqīm (le Pont)
Daēvas (démons)Djinns malveillants, Shayāṭīn
Ablutions rituellesWuḍū'

5.8 Sources préexistantes ayant inspiré le Coran : récapitulatif

CatégorieSources spécifiquesManifestations dans le Coran
Bible hébraïqueGenèse, Exode, IsaïeAdam et Ève, Noé, Moïse, Joseph (Sourate 12)
PseudépigraphesHénoch, Apocalypse de Baruch, Apocalypse d'AbrahamCosmologie, eschatologie
Apocryphes chrétiensÉvangile de l'enfance de Thomas, Protévangile de Jacques, Apocalypse de PierreVie de Marie, miracles de Jésus enfant
Talmud / MidrashBereshit Rabbah, Rosh HashanahAbraham dans la fournaise, four du Déluge
TargumsTargum sheni d'EstherSalomon, fourmis, hoopoe
Littérature syriaque chrétienneJacob de Saroug, Légende d'AlexandreSept Dormants, Dhul-Qarnayn
Hymnes de Saint ÉphremLiturgie syriaqueVocabulaire et concepts (Furqān, Sakīna)
Avesta zoroastrienGathas, Arda Viraf NamagEschatologie, Mi'rāj, parallèles fonctionnels
Légendes pré-islamiques arabesPèlerinage à la Kaaba, divinitésHajj, Umra, Tawāf, Pierre Noire
Philosophie grecquePlaton, Aristote, Philon d'AlexandrieConcept du Logos, débats théologiques

PARTIE V (suite) — INFLUENCES LINGUISTIQUES

5.9 L'arabe coranique : une langue métissée

L'arabe du Coran, souvent décrit comme étant d'une pureté inégalée, révèle en réalité une histoire complexe de métissage linguistique et de convergence culturelle.

5.9.1 La question du dialecte choisi

La langue dans laquelle le Coran a été révélé est l'arabe du nord de la péninsule arabique, en particulier celui issu de la tradition nabatéenne Solide. Ce choix de dialecte est intrigant car la révélation coranique est censée avoir eu lieu dans le Hijaz, où un autre dialecte arabe, distinct en termes de phonétique, de morphologie et même d'alphabet, était dominant.

5.9.2 La différence entre l'arabe du Nord et du Sud

Les différences entre l'arabe du Nord et celui du Sud sont profondes, tant sur le plan linguistique que sur celui des pratiques culturelles et religieuses.

Langue et écriture

Grammaire et lexique

Sur le plan grammatical, l'arabe du Sud se distingue par certaines constructions verbales et syntaxiques qui diffèrent de celles de l'arabe du Nord.

5.9.3 La révélation coranique et ses influences linguistiques

Cette distinction géographique et linguistique soulève des questions sur la nature de la révélation coranique. Le fait que le Coran ait été révélé dans un arabe influencé par le Nord, et non dans l'arabe du Sud, suggère une influence nabatéenne marquée.

5.10 Les emprunts lexicaux au syriaco-araméen et à d'autres langues

L'arabe, en tant que langue vivante et en perpétuelle évolution, a absorbé des mots et expressions de diverses langues voisines, un phénomène particulièrement évident dans le lexique coranique.

5.10.1 Tableau détaillé des emprunts

1. Syriaco-Araméen

Mot coraniqueSource syriaqueSens
InjīlEwangelyon« Évangile »
Tawrāt(via syriaco-araméen)« Torah »
Furqānaraméen Purqān« Distinction, salut, libération »
Sabthébreu/araméen« Sabbat »
Sakīnahhébreu Shekhinah« Tranquillité, présence divine »
Mashīḥhébreu Mashiach« Messie, Christ »
Qurbānhébreu/araméen Qorban« Sacrifice »
Tannūraraméen« Four »
Sifrhébreu sefer« Livre, écrit »

2. Hébreu

Mot coraniqueSource hébraïqueSens
JahannamGēhinnōm« Enfer »
SakīnahShekhinah« Présence divine »
SabtShabbat« Sabbat »

3. Grec

Mot coraniqueSource grecqueSens
ZabūrPsalmoi« Psaumes » (David)
IstabraqStabraqos« Soie épaisse, brocart »
Qisṭāsgrec/araméen« Balance »
Lujjagrec« Profondeur »

4. Éthiopien (Guèze)

Mot coraniqueSource guèzeSens
MiḥrābMaḥrab« Sanctuaire, niche de prière »
Hawāriyyūnéthiopien« Apôtres »
Ṣurādiqṣarādeq« Pavillon, tenture »
Mā‘ūnma'ena« Petites choses, ustensiles »
Malakguèze malak« Ange, messager »
Munāfiqguèze manāfeq« Hypocrite »

5. Persan

Mot coraniqueSource persaneSens
FirdawsPairidaeza (avestique)« Paradis, jardin clos »
Sirājpersan« Lampe »
Jundpersan« Armée, troupe »
Sunduspersan« Soie fine »

6. Latin

Mot coraniqueSource latineSens
Sirāṭstrata« Voie pavée, chemin »
Qaṣrcastrum« Château »
Dīnārdenarius« Monnaie »

5.10.2 Les travaux d'Arthur Jeffery

L'orientaliste Arthur Jeffery a documenté, dans son ouvrage classique The Foreign Vocabulary of the Qur'an (1938), des centaines d'emprunts linguistiques au Coran Solide. Décompte général : plus de 275 mots étrangers identifiés.

L'idée selon laquelle le Coran serait « révélé en arabe pur » (Sourate 16:103, 41:44) n'est donc pas confirmée par la linguistique.

5.11 L'évolution de l'arabe et sa standardisation

5.11.1 L'absence d'arabe standard pré-islamique

L'arabe, tel qu'il est utilisé dans le Coran, n'était pas une langue figée au moment de la révélation. Avant l'Islam, il n'existait pas d'arabe standardisé.

5.11.2 Le travail des grammairiens (Sibawayh)

C'est pendant cette période que des grammairiens, tels que Sibawayh (mort en ~793), ont travaillé à codifier la grammaire arabe, basant leurs règles sur les dialectes des tribus du Hijaz.

5.11.3 Une langue en miroir de son contexte historique

Le Coran, en tant que texte sacré, reflète donc non seulement un message religieux, mais aussi une langue qui est le produit de siècles de contact, d'échange et de transformation.

5.11.4 L'organisation non-chronologique du Coran

Le Coran, lui, n'est pas classé par ordre de révélation, mais par longueur des sourates, sauf pour al-Fātiḥa, une sourate de prière. Cette organisation non chronologique :


PARTIE VI — LE CORAN : HISTOIRE ET CRITIQUE TEXTUELLE

La mort du Prophète Mahomet en 632 a laissé derrière lui un monde islamique en ébullition, avec des ḥuffāẓ (ceux qui mémorisaient le Coran) et divers manuscrits.

Selon la tradition islamique, c'est le troisième calife, Othman ibn Affān, qui aurait compilé le Coran. Cependant, cette version est sujette à de nombreuses controverses.

6.1 Les problèmes de la compilation othmanienne

La tradition islamique soutient qu'Othman a compilé le Coran en se basant sur les mémorisations des ḥuffāẓ et les manuscrits disponibles. Othman aurait ensuite fait brûler les autres versions du Coran pour instaurer une version unique Solide.

6.1.1 Plusieurs problèmes majeurs

  1. Othman n'étant pas un prophète, il ne recevait pas de révélation divine, ce qui soulève des questions sur l'intégrité et la complétude du texte compilé.
  2. Des variations dans les récitations et les manuscrits originaux indiquent que le Coran pouvait avoir plusieurs formes.

6.1.2 Qira'at et Aḥruf

La science des qirā'āt (variations de récitation) et des aḥruf (styles dialectaux) explique ces différences comme étant des variations voulues par Dieu. Toutefois, même dans la tradition islamique, on trouve des preuves de ces variations, comme la dispute entre Omar et Hicham rapportée dans Sahih al-Bukhari, où le Prophète aurait affirmé que le Coran a été révélé en sept versions différentes.

6.2 Mahomet, les ḥuffāẓ et les divergences

Les ḥuffāẓ, mémorisateurs du Coran, ont joué un rôle crucial dans sa préservation orale. Cependant, même parmi les ḥuffāẓ, il y avait des divergences dans la récitation et la transmission du texte.

6.3 Mahomet oubliait des versets

Le Coran lui-même rapporte que Mahomet avait oublié certaines parties du Coran Solide :

Raconté par Aïcha : « Le Prophète entendit un homme récitant le Coran dans la mosquée et dit : "Qu'Allah répande Sa Miséricorde sur lui, car il m'a rappelé tels et tels versets d'une sourate." »Sahih Bukhari 6:61:556

Raconté par Abdullah : « Le Prophète a dit : "Pourquoi quelqu'un parmi le peuple dit-il : 'J'ai oublié tels et tels versets (du Coran) ?' En fait, c'est Allah qui le fait oublier." »Sahih Bukhari 6:61:559

6.4 Les corans multiples de l'époque

En plus de la recension othmanienne, d'autres compagnons du Prophète avaient leurs propres versions du Coran. On parle des Corans attribués à Ali ibn Abi Talib, Ubayy ibn Ka'b, Abdullah ibn Mas'ud, Abu Musa al-Ash'ari.

6.4.1 Exemples de variantes

Versets 18:79-80 (Moïse et Khidr)

Bukhari et Muslim relatent que Ibn ‘Abbās et Sa'īd b. Jubair ajoutaient respectivement le mot « utilisable » pour décrire les bateaux dans le verset 18:79, et les mots « le garçon était un incroyant » dans le verset 18:80.

Verset 2:238 (la prière médiane)

Un autre exemple, enregistré dans un hadith sahih, concerne une variante du verset 2:238. Aïcha rapporte que dans ce verset, elle avait entendu Mahomet réciter « la prière du milieu et la prière d'Asr ».

Verset 4:24 (mariage temporaire)

Le verset 4:24 du Coran mentionne : « Et quant à celles dont vous profitez, donnez-leur leur dot comme convenu… ». Le tafsir d'al-Ṭabarī pour ce verset inclut des récits disant qu'Ibn ‘Abbās, Ubayy ibn Ka'b et Sa'īd ibn Jubayr ajoutaient les mots « jusqu'à une période déterminée ».

6.5 Le codex d'Ibn Mas'ud

Il a été largement rapporté qu'Abdullah ibn Mas'ud :

Le refus d'Ibn Mas'ud d'inclure ces deux sourates dans le Coran est également enregistré dans Sahih al-Bukhari.

6.5.1 Les variantes dans le reste du Coran

Dans le reste du Coran, on trouve de nombreuses différences de lecture entre les textes de Zayd et d'Ibn Mas'ud. Les rapports dans Kitāb al-Maṣāḥif d'Ibn Abī Dāwūd remplissent pas moins de dix-neuf pages, et selon toutes les sources disponibles, on peut retracer pas moins de 101 variantes dans la sourate al-Baqara seule Solide nuancé.

Voici quelques différences :

6.5.2 Le statut éminent d'Ibn Mas'ud

Mahomet ordonna aux musulmans d'apprendre le Coran de quatre personnes, dont le premier était Abdullah ibn Mas'ud.

6.5.3 Le désaccord d'Ibn Mas'ud avec Othman

Lorsque Othman ordonna que tous les codex soient détruits et que seul le codex de Zayd soit conservé, Ibn Mas'ud réagit en :

6.6 Le codex d'Ubayy ibn Ka'b

Ubayy ibn Ka'b, autre compagnon recommandé par Mahomet pour l'apprentissage du Coran, possédait un codex de 116 sourates, soit deux de plus que le Coran d'Othman Solide.

6.6.1 Variantes textuelles

6.6.2 Les sourates supplémentaires

Le codex d'Ubayy contenait deux sourates absentes de la version othmanienne :

6.7 Le codex d'Ibn ‘Abbās

Parmi les nombreuses variantes attribuées à Ibn ‘Abbās :

6.8 Les sourates et versets manquants

6.8.1 Le verset perdu sur la lapidation

Certains hadiths affirment que des versets manquent, comme le « verset de la lapidation » pour l'adultère Solide :

Abdullah b. ‘Abbās rapporte qu'Umar b. Khaṭṭāb a dit : « En vérité, Allah a envoyé Mahomet avec la vérité et lui a révélé le Livre, et le verset de la lapidation faisait partie de ce qui lui a été révélé. Nous l'avons récité, mémorisé et compris. Le Messager d'Allah a appliqué la peine de lapidation. »Sahih Muslim 17:4194

Selon des hadiths rapportés dans al-Itqān d'al-Suyūṭī, le verset perdu disait : « Pour les hommes mariés et les femmes mariées adultères, lapidez-les comme punition exemplaire d'Allah, car Allah est Puissant et Sage. »

6.8.2 La plupart de la sourate al-Aḥzāb a été perdue

Plusieurs hadiths authentiques rapportent que cette sourate contenait à l'origine autant de versets que la sourate al-Baqara (environ 286 versets), alors que la version actuelle n'en comporte que 73 Solide nuancé.

Ubayy ibn Ka'b aurait rapporté : « Il fut un temps où la sourate al-Aḥzāb était aussi longue que la sourate al-Baqara, et nous lisions dans cette sourate : "Le vieil homme et la vieille femme, s'ils commettent la fornication, lapidez-les comme punition d'Allah." »

6.8.3 Les sourates al-Ḥafd et al-Khal'

Tandis qu'Ibn Mas'ud omettait trois sourates (al-Fātiḥa, 113 et 114), Ubayy ibn Ka'b en incluait 116, dont deux sourates supplémentaires, al-Ḥafd et al-Khal'.


PARTIE VI (suite) — LES QIRA'AT ET AḤRUF

6.9 Le concept des Qirā'āt et leur variabilité

6.9.1 Le contexte

De nombreuses lectures orales possibles du Coran peuvent être imposées au rasm uthmanien. Le rasm uthmanien manquait de diacritiques, de la plupart des ʾalifs internes aux mots, et du pointage pour distinguer certaines consonnes.

Aujourd'hui, nous avons sept ou dix qirā'āt canoniques, qui sont des récitations ou lectures légèrement différentes du Coran.

6.9.2 Le nombre changeant de qirā'āt canoniques

6.9.3 Les transmetteurs canoniques (rāwī)

Qārī (lecteur)RégionRāwī 1Rāwī 2
Nāfi‘ al-Madanī (mort 169 H)MédineQālūnWarsh
Ibn Kathīr al-Makkī (mort 120 H)La MecqueAl-BuzzīQunbul
Abu ‘Amr al-Baṣrī (mort 154 H)Bassoraal-Dūrīal-Sūsī
Ibn ‘Āmir al-Dimashqī (mort 118 H)DamasHishamIbn Dhakwan
‘Āṣim ibn Abi al-Najūd (mort 127 H)KoufaShu'baḤafṣ
Ḥamza al-Zayyāt (mort 156 H)KoufaKhalafKhallad
al-Kisā'ī (mort 189 H)Koufaal-Laythal-Dūrī
Abu Ja'far (mort 130 H)‘Īsā ibn WardanIbn Jummāz
Ya'qub al-Yamānī (mort 205 H)RuwaysRawḥ
Khalaf (mort 229 H)IsḥāqIdrīs

Ḥafṣ ‘an ‘Āṣim est aujourd'hui la lecture utilisée par ~95 % des musulmans dans le monde Solide.

6.10 La relation entre Qirā'āt et Aḥruf

La légitimité des variations dans les lectures orales est dérivée de certains hadiths qui rapportent que le Coran a été révélé à Mahomet en sept aḥruf. Le terme aḥruf signifie littéralement « mots » ou « lettres », mais est couramment traduit par « modes de récitation ».

6.11 Différences dans les Qirā'āt

Les musulmans entendent souvent dire que les différences entre les Qirā'āt peuvent être expliquées par des styles de prononciation, des règles de dialecte et d'orthographe. Ces règles, appelées uṣūl, s'appliquent à l'ensemble de la lecture, engendrant des dizaines de milliers de petites différences.

Cependant, il existe une autre catégorie, appelée farsh, qui inclut des différences individuelles. Dans quelques cas, les variantes ajoutent ou omettent des mots, et certaines sont des mots complètement différents ou se contredisent dans le sens.

6.11.1 L'exemple de Sourate 18:86 — la source boueuse / chaude

Dans le Coran 18:86, Dhul-Qarnayn trouve le soleil se couchant dans une source boueuse, selon les Qirā'āt des transmissions les plus populaires aujourd'hui. Cependant, dans environ la moitié des différentes Qirā'āt, le soleil se couche dans une source chaude Solide.

6.11.2 Tableau des différences Ḥafṣ / Warsh

VersetḤafṣWarshEffet
2:125wa-takhidhū (« vous prenez »)wa-takhadhū (« ils ont pris »)Changement de sujet
2:184miskīnin (« un pauvre »)masākīna (« des pauvres »)Singulier/pluriel
3:146qātala (« il a combattu »)qutila (« il a été tué »)Sens opposé
18:86ḥami'a (« boueuse »)ḥāmiya (« chaude »)Variante célèbre
19:19li-ahaba (« que je donne »)li-yahaba (« qu'il donne »)Pronoms divergents dans les paroles de Gabriel à Marie
21:4qāla (« Il dit »)qul (« Dis »)Différence majeure dans l'attribution du discours
43:19‘ibādu (« serviteurs »)‘inda (« auprès de »)Mots complètement différents
57:24Allāha huwa al-ghaniyyuAllāha al-ghaniyyuPrésence/absence du pronom

6.11.3 Différences entre les autres lectures canoniques

Voici quelques exemples, principalement de variantes conflictuelles dans des dialogues rapportés :

VersetLecture ALecture BNotes
5:6Ibn Kathīr, Abū ‘Amr, Shu'ba et Ḥamza : wa-arjulikum (génitif → frottement, vue chiite)Les autres : wa-arjulakum (accusatif → lavage, vue sunnite)Variation grammaticale qui provoque des règles différentes pour les ablutions (wuḍū') entre sunnites et chiites
17:102al-Kisā'ī : ‘alimtu (« j'ai su »)Les autres : ‘alimta (« tu as su »)Moïse parle à Pharaon. Lequel l'a-t-il dit ?
11:81Ibn Kathīr et Abū ‘Amr : illa mra'atuka (nominatif)Les autres : illa mra'ataka (accusatif)Instructions contradictoires des anges à Lot
37:12Ḥamza et al-Kisā'ī : ‘ajibtuje [Allah] me suis étonné »)Les autres : ‘ajibta (« tu t'es étonné »)Allah ressent l'émotion d'étonnement (controversé)

6.12 Nombre de variantes (canoniques et non canoniques)

En tout, il existe environ 1 400 mots présentant des variantes parmi les lectures canoniques du Coran, soit environ deux pour cent du total Solide.

6.12.1 Au-delà des variantes canoniques

En 2002, Abd al-Latif al-Khaṭīb a publié un compendium autoritaire des variantes de qirā'āt, Mu‘jam al-Qira'āt. Les dix volumes principaux répertorient des variantes. Ensemble, ils couvrent environ 6 000 pages avec environ 5 variantes par page = ~30 000 variantes au total.

6.13 Origine des variantes de Qirā'āt

Marijn van Putten a démontré que, bien que les lectures canoniques respectent largement le rasm uthmanien, elles se conforment également aux variantes régionales de ce rasm. C'est un argument fort pour dire que les qirā'āt ne descendent pas oralement de Mahomet mais ont été reconstruites à partir du rasm.

6.14 Critique des variantes de lecture

Nasser a montré que des grammairiens tels qu'al-Farrā', et des savants comme al-Ṭabarī, critiquaient volontiers les variantes dans ces mêmes lectures peu avant qu'elles ne soient canonisées.

6.17 Le palimpseste de Sanaa

6.17.1 La découverte

Le manuscrit de Sanaa (ou palimpseste de Sanaa), appelé Ṣanʿā' 1 ou DAM 01-27.1, est l'une des plus anciennes copies du Coran existantes. Il a été découvert en 1972 dans le grenier de la grande mosquée de Sanaa.

Le texte inférieur du palimpseste de Sanaa, qui a ensuite été réécrit avec le Coran standard d'Othman, est daté du VIIe siècle de notre ère et présente de nombreuses variantes par rapport à ce texte standard Solide.

6.17.2 Découvertes académiques notables

Dans un article de 2012, Sadeghi et Mohsen Goudarzi ont identifié de nombreuses variantes qui auraient également été récitées par les compagnons de Mahomet.

6.17.3 Le travail d'Éléonore Cellard

Éléonore Cellard a publié en 2021 son étude détaillée de la nature physique du manuscrit, démontrant qu'il était autrefois un codex coranique complet, avec un ordre de sourates présentant certaines similitudes avec celui des premiers codex des compagnons.

6.17.4 Réfutation de la thèse Hilali

Asma Hilali a soutenu que le texte inférieur du palimpseste pourrait en fait avoir été un « cahier d'exercices pour étudiants ». Cette thèse est largement rejetée par les spécialistes (Sinai, Cellard, Sidky) Solide.

6.18 Le manuscrit de Birmingham et autres anciens témoins

6.19 Le rasm uthmanien et la fixation tardive de l'orthographe

L'écriture arabe primitive (rasm uthmanien) était « défective » : pas de voyelles courtes, pas de points diacritiques (i'jām) systématiques, pas d'alif internes systématiques.

6.19.1 L'introduction des points diacritiques

Les points diacritiques ont été ajoutés au VIIe-VIIIe siècle :

6.19.2 L'introduction des voyelles courtes

Les voyelles courtes (tashkīl) furent introduites par al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī au VIIIe siècle.

6.20 Le problème de la transmission supposée parfaite du Coran

6.20.1 Les critiques académiques : Crone et Cook

Des universitaires, tels que Patricia Crone et Michael Cook, ont formulé des critiques substantielles à l'égard de la transmission du Coran. Dans leur livre Hagarism: The Making of the Islamic World (1977), ils avancent l'idée que l'histoire islamique traditionnelle est en grande partie une construction ultérieure. Cette thèse, défendue dans les années 1970-80, est aujourd'hui largement nuancée, y compris par Cook lui-même Contesté.

6.20.2 Les découvertes de Jay Smith

Jay Smith, un apologiste chrétien, présente des critiques principalement basées sur celles de Gibson et de Crone Minoritaire.

6.23 Les efforts de standardisation du Coran

6.23.1 Le rôle d'Abd al-Malik

Sous le règne du cinquième calife omeyyade Abd al-Malik ibn Marwān, l'arabisation de l'administration et la réforme monétaire ont contribué à la centralisation du pouvoir.

6.23.2 Pièces arabo-byzantines

Les pièces de monnaie arabo-byzantines du VIIe siècle sont hybrides : inscriptions en arabe + symboles chrétiens. Le premier dinar en or omeyyade a été frappé en 696 EC Solide.

6.25 Le scandale Yasir Qadhi sur les Qirā'āt

Cheikh Yasir Qadhi, théologien sunnite éminent, a publiquement reconnu que les questions relatives aux aḥruf et qirā'āt sont extrêmement complexes et que même les érudits les plus avancés ne sont pas entièrement certains de toutes les réponses Solide nuancé.

6.26 Les efforts de standardisation modernes

6.26.1 Égypte : Al-Azhar et l'édition de 1924

L'édition cairote de 1924 est aujourd'hui la version de référence mondiale du Coran (lecture Ḥafṣ ‘an ‘Āṣim) Solide.

6.26.2 Arabie Saoudite : Médine

L'Arabie Saoudite, en tant que gardienne des lieux saints de l'Islam, a également promu l'imprimerie et la distribution de copies exactes du Coran selon la récitation de Ḥafṣ, via la King Fahd Quran Printing Complex à Médine.


PARTIE VII — CONTRADICTIONS, ABROGATIONS ET INCOHÉRENCES NARRATIVES

7.1 L'abrogation (Naskh)

Le concept de l'abrogation (naskh) dans le Coran est un sujet de débat. L'abrogation fait référence à des versets coraniques ultérieurs qui annulent ou remplacent des versets antérieurs Solide.

7.1.1 Le verset de l'épée (Sourate 9:5) et les versets de la tolérance

Selon de nombreux juristes classiques (en particulier hanbalites), le verset de l'épée (Sourate At-Tawba 9:5) abroge des versets antérieurs prônant la tolérance religieuse — toutes les écoles juridiques ne le considèrent cependant pas ainsi Contesté :

« Puis, quand les mois sacrés expirent, tuez les polythéistes où que vous les trouviez ; capturez-les, assiégez-les, et guettez-les dans toute embuscade. Mais s'ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l'aumône, alors laissez-leur la voie libre. »

Ce verset semble contredire des passages antérieurs, tels que :

7.1.2 L'abrogation des peines pour l'adultère

Selon certains hadiths, un verset coranique prescrivant la lapidation aurait été révélé mais n'a pas été inclus dans le texte final du Coran (cf. Sahih Bukhari 6829). Cependant, le Coran lui-même prescrit une autre peine dans la Sourate An-Nūr 24:2 : « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez chacun d'eux de cent coups de fouet. »

7.1.3 Les versets sur l'intérêt (usure)

VersetPosition
Sourate Ar-Rūm 30:39Moralement douteux mais pas interdit
Sourate Al-Baqara 2:275Interdiction stricte
Sourate Al-Baqara 2:278-279« Recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son messager »

7.1.4 La direction de la prière (Qibla)

Au début de l'Islam, les musulmans se tournaient vers Jérusalem. Ce commandement a été abrogé par un nouveau verset, changeant la direction de la prière vers la Kaaba à La Mecque (Sourate Al-Baqara 2:144).

7.1.5 Le nombre d'adversaires à combattre

7.1.6 L'aumône avant l'entretien

7.1.7 Tableau synthétique des abrogations majeures

SujetVerset abrogéVerset abrogeant
Tolérance vs combat« Pas de contrainte en religion » (2:256)« Tuez les polythéistes » (9:5) Contesté
AlcoolToléré (16:67)Avertissement (2:219) → Interdit (5:90)
QiblaVers JérusalemVers La Mecque (2:144)
Combat1 vs 10 (8:65)1 vs 2 (8:66)
Aumône avant entretienObligatoire (58:12)Annulé verset suivant (58:13)
AdultèreLapidation (verset perdu)Flagellation (24:2)

7.2 Incohérences narratives majeures

7.2.1 La création de l'homme : six versions

RéférenceSubstance d'origine
Sourate 15:26, 32:7, 38:71-72Argile (ṭīn, ṣalṣāl)
Sourate 16:4, 75:37, 80:19Goutte de sperme (nuṭfa)
Sourate 23:14, 96:2Caillot de sang (‘alaq)
Sourate 32:8Eau vile
Sourate 25:54Eau
Sourate 3:59Comme Adam, par décret « Sois »

7.2.2 Le récit de Noé

Le récit coranique de « l'eau jaillissant du four » (at-tannūr, Sourate 11:40, 23:27) provient directement du Talmud babylonien (Rosh Hashanah 12a).

7.2.3 La crucifixion de Jésus

Le Coran, dans la Sourate 4:157, rejette la crucifixion de Jésus, contrairement aux récits chrétiens canoniques et historiques (y compris dans des sources non-chrétiennes comme Josèphe et Tacite).

7.2.4 Marie et Myriam

Le Coran appelle Marie (mère de Jésus) « Sœur d'Aaron » (Sourate 19:28) et « Fille d'Imran » (Sourate 66:12, 3:35-36), confondant deux personnages bibliques séparés par environ 1 300-1 500 ans Solide.

L'apologétique de Mahomet

« Les gens de l'époque ancienne donnaient des noms d'après les noms de leurs prophètes et des hommes pieux qui avaient vécu avant eux. »Sahih Muslim 2135

Cette réponse est insatisfaisante car le passage 3:35-36 nomme aussi la mère de Marie « femme d'Imran », ce qui est une question d'identification généalogique, non de simple coïncidence onomastique.

7.2.5 Haman et Pharaon

Le Coran (28:6, 28:38, 29:39, 40:24, 40:36-37) place Hāmān comme conseiller de Pharaon en Égypte. Or, dans la Bible, Haman est le vizir perse du roi Assuérus (Xerxès Ier), Livre d'Esther, Ve siècle av. J.-C. — soit environ un millénaire après Moïse Solide.

7.2.6 Le Samaritain et le Veau d'Or

Le Coran (Sourate 20:85-97) nomme un Sāmirī (« le Samaritain ») comme instigateur du Veau d'Or pendant l'Exode. Or, les Samaritains n'ont émergé qu'après la division du royaume d'Israël (Xe siècle av. J.-C.) et la chute de Samarie en 722 av. J.-C. — anachronisme largement reconnu, malgré quelques contre-interprétations apologétiques Solide nuancé.

7.2.7 Alexandre le Grand (Dhul-Qarnayn)

Le Coran (Sourate 18:83-101) décrit Dhul-Qarnayn construisant un mur de fer contre Gog et Magog. Le récit s'inspire directement de la Légende syriaque d'Alexandre (Neṣḥānā d-Aleksandros, vers 629-630 EC). Kevin van Bladel a démontré la dépendance textuelle directe Solide.

7.2.8 Pharaon : sauvé ou noyé ?

VersetAffirmation
Sourate 10:92« Aujourd'hui Nous te sauvons en ton corps... » — Pharaon est sauvé (corps préservé)
Sourate 28:40« Ainsi le tourment l'enveloppa, alors qu'il était englouti » — Pharaon est englouti

Tension exégétique réelle, résolue par les exégètes en disant que Dieu sauve le corps (cadavre) après la noyade Solide nuancé.

7.3 Incohérence narrative sur la Torah et l'Injīl

7.3.1 Le Coran confirme la Torah et l'Évangile

Le Coran mentionne à plusieurs reprises la Torah (Tawrāt) et l'Évangile (Injīl) en tant que révélations divines précédant la révélation coranique :

7.3.2 La doctrine du tahrīf

Or, la doctrine du tahrīf (falsification de la Bible) postule que les Écritures juives et chrétiennes auraient été corrompues. Si tel était le cas avant le VIIe siècle :

7.4 Allah vs Yahvé : le grand absent

Le nom propre du Dieu d'Israël dans la Bible hébraïque est le tétragramme YHWH. Ce nom n'apparaît jamais dans le Coran, ne figure pas dans les 99 « plus beaux noms » d'Allah, et ne subsiste qu'à travers les noms théophoriques arabisés des prophètes Solide.


PARTIE VIII — CRITIQUES SCIENTIFIQUES

8.1 Le concordisme et ses limites

Le concordisme en islam est une approche exégétique qui cherche à harmoniser les enseignements du Coran avec les découvertes scientifiques modernes. Cette méthode vise à montrer que le texte coranique contient des connaissances précises et des vérités scientifiques bien avant qu'elles ne soient découvertes par la science contemporaine.

8.1.1 Critiques du concordisme

Le concordisme est souvent accusé d'anachronisme, de sélection hâtive des versets, de réduction de la richesse exégétique, et des risques liés à la science changée.

8.1.2 Débunking des « miracles scientifiques » les plus cités

Affirmation concordisteRéalité
Forme d'œuf d'autruche de la Terre (Sourate 79:30)La Terre est une sphère légèrement aplatie aux pôles
Tectonique des plaques (Sourate 78:6-7)Les montagnes sont décrites comme des piquets stabilisant la Terre, pas comme des plaques mobiles
Chair avant les os (Sourate 23:14)En réalité, os et muscles se développent simultanément
Embryologie moderne (Sourate 23:12-14)Les descriptions correspondent plutôt à l'embryologie de Galien (IIe s.) Solide
Théorie du Big Bang (Sourate 21:30)Interprétation rétrospective
Expansion de l'univers (Sourate 51:47)Interprétation après coup
Sept cieux et sept terres (Sourate 65:12)Cosmologie mésopotamienne

8.2 Erreurs scientifiques attestées dans le Coran

8.2.1 Astronomie

Géocentrisme

Le Coran mentionne à plusieurs reprises que le Soleil et la Lune voyagent sur un falak (« orbite »). Mais le Coran ne mentionne pas une seule fois que la Terre le fait aussi.

Sourate 36:37-40 : « Et le soleil court vers un gîte qui lui est assigné »

Il y a aussi des hadiths sahih (Sahih Muslim 1:297) qui mentionnent le cycle quotidien du soleil en utilisant le même mot arabe pour signifier un lieu de repos sous le trône d'Allah.

Le lieu où le soleil se couche

Sourate 18:86 : « Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse »

Durant les premiers siècles de l'islam, l'interprétation unique était que ce sont les endroits où se couche littéralement le soleil.

La Terre et les Cieux créés en 6 jours

Sourate 50:38 : « Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui existe entre eux en six jours »

Mais selon Sourate 41:9-12, la Terre spécifiquement a été créée en deux jours, et en quatre jours ont été créées les montagnes et la subsistance — soit 2 + 4 + 2 = 8 jours au total, en contradiction avec les autres versets qui mentionnent 6 jours.

La Terre créée avant les étoiles

Le Coran décrit la Terre comme étant entièrement formée AVANT les étoiles (Sourate 41:9-12). Or, les éléments de la croûte terrestre se sont d'abord formés dans les étoiles par nucléosynthèse.

Les cieux faits de fumée

Sourate 41:11-12 : « Il S'est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée »

La lune séparée en deux

Sourate 54:1 : « L'Heure approche et la lune s'est fendue. »

Il n'y a aucune preuve scientifique suggérant que la lune ait jamais été divisée en deux parties. Les Romains, les Grecs, les Égyptiens, les Perses, les Chinois et les Indiens avaient des astronomes passionnés qui auraient dû voir cet événement.

La nature de la Lune

Les érudits musulmans modernes ont parfois soutenu que le Coran avait prédit la prise de conscience que la Lune n'émet pas sa propre lumière. Le mot arabe pour réfléchi (in'ikās) n'apparaît pas dans les deux versets coraniques. Au lieu de cela, le mot noor (« une lumière ») est utilisé.

Les étoiles : projectiles contre les démons

Sourate 37:6-10 : « Nous avons décoré le ciel le plus proche d'un décor : les étoiles, afin de le protéger contre tout diable rebelle... il est alors pourchassé par un météore transperçant. »

Le ciel comme structure physique

Les cieux coraniques sont comme des toits (Coran 2:22, 21:32, 40:64), en couches (71:15, 67:3).

Le ciel décrit comme quelque chose qui peut tomber

Sourate 52:44 : « Et s'ils voient tomber des fragments du ciel »

Sourate 22:65 : « Il retient le ciel de tomber sur la terre »

L'oubli des pôles nord et sud

Aux pôles, le jour et la nuit durent alternativement six mois. Ces circonstances rendent impraticables bon nombre des rituels islamiques les plus importants et suggèrent que l'auteur du Coran et des hadiths n'était pas conscient des distorsions extrêmes.

8.2.2 Tableau astronomie

Affirmation coraniqueRéalité scientifique
Le Soleil et la Lune voyagent sur une orbite ; jamais d'orbite terrestre mentionnéeLa Terre orbite le Soleil. Le Coran ne mentionne jamais l'orbite terrestre
Le Soleil se couche dans une source boueuse (18:86)Le Soleil ne se couche nulle part sur Terre
Les étoiles sont des projectiles contre les démons (37:6-10, 67:5)Les étoiles sont des astres gigantesques ; les météores sont des débris atmosphériques
La Lune a été fendue en deux (54:1)Aucune preuve géologique ou astronomique
7 cieux et 7 terres (65:12)L'univers contient des milliards de galaxies
Le ciel est un toit/plafond (21:32)L'espace est un vide

8.2.3 Biologie et médecine

Sperme provenant entre la colonne vertébrale et les côtes

Sourate 86:5-7 : « Il a été créé d'une giclée d'eau sortie d'entre les lombes et les côtes. »

La science moderne a montré que le sperme provient des testicules.

L'embryon formé à partir de sperme

Le Coran décrit la formation initiale d'un embryon humain à partir d'un fluide émanant de l'homme. Cela reflète l'opinion répandue à cette époque selon laquelle le sperme est le matériau à partir duquel l'embryon est initialement formé, comme l'enseignent Hippocrate, Galien et le Talmud juif.

Oubli de l'ovule

Le Coran, dans toute sa discussion sur la reproduction humaine, ne mentionne pas le rôle de l'ovule.

L'humain créé d'un caillot de sang

Sourate 23:14 : « Puis Nous avons fait du sperme une adhérence (caillot de sang) »

La science moderne a révélé qu'il n'y a aucun stade dans le développement embryonnaire où le matériel pertinent est un caillot de sang.

Les os formés avant la chair

Sourate 23:14 : « Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair »

Ce passage du Coran est à nouveau très similaire au médecin grec Galien (De semine, IIe s.) Solide.

Le fœtus dans « 3 ténèbres »

Sourate 39:6 : « Il vous crée dans les ventres de vos mères, création après création, dans trois ténèbres. »

L'idée de trois membranes autour du fœtus a été enseignée par Galien.

La fonction du cœur

Le Coran décrit le cœur comme un lieu de contemplation, de réflexion et même de décision en dehors du cerveau (Sourate 17:46, 11:5). Cette croyance était perçue d'une manière littérale.

La source et la pureté du lait

Sourate 16:66 : « — [un produit] extrait du [mélange] des excréments [intestinaux] et du sang — un lait pur »

8.2.4 Tableau biologie et médecine

AffirmationRéalité
Le sperme provient entre les lombes et les côtes (86:6-7)Le sperme est produit dans les testicules
L'homme est créé d'un caillot de sang (23:14, 96:2)L'embryon se développe à partir d'un zygote
Les os sont formés avant la chair (23:14) — directement repris de GalienOs et muscles se développent simultanément Solide
Le lait vient des excréments et du sang (16:66)Le lait est produit par les glandes mammaires
Le cœur est le siège de l'intelligence (17:46, 11:5)Le cerveau est le siège de la conscience et de la pensée
Les fourmis parlent (27:18-19)Les fourmis communiquent par phéromones
Trois ténèbres entourent le fœtus (39:6)Reflète la doctrine galénique

8.2.5 Géologie et météorologie

La Terre étendue et plate

Sourate 88:20 : « Et la terre, comment elle est nivelée ? »

Le commentaire coranique d'al-Jalālayn est d'accord avec cette compréhension du verset, disant que les juristes de son époque conviennent que la terre est plate et non sphérique.

La Terre comme tapis et comme lit

Sourate 71:19 : « Et c'est Allah qui vous a fait de la terre un tapis. »

Sourate 78:6-7 : « N'avons-Nous pas fait de la terre une couche ? Et (placé) les montagnes comme des piquets ? »

Barrière infranchissable entre l'eau douce et l'eau salée

Sourate 25:53 : « Et Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable. »

La science a montré que la séparation eau douce / eau salée est temporaire dans les estuaires, et finit par s'homogénéiser.

Les montagnes empêchent la terre de trembler

Sourate 16:15 : « Et Il a implanté des montagnes immobiles dans la terre afin qu'elle ne branle pas. »

Au contraire, les montagnes sont le résultat de l'activité tectonique, qui provoque les tremblements de terre.

Allah frappe avec la foudre

Sourate 13:13 : « Il envoie les foudres et en frappe qui Il veut. »

8.2.6 Erreurs zoologiques

Les fourmis conversent

Sourate 27:18-19 : « Ô fourmis, rentrez dans vos demeures, de peur que Salomon ne vous écrase »

Tous les animaux vivent en communautés

Sourate 6:38 : « Il n'y a pas d'animal sur terre qui n'appartienne à des communautés comme la vôtre. »

De nombreux animaux sont solitaires (jaguars, léopards, tortues marines).

Le vol des oiseaux : un miracle

Sourate 16:79 : « Rien ne les retient si ce n'est Allah. »

8.2.7 Erreurs historiques notables

Crucifixions dans l'Égypte ancienne

La première référence historique à la crucifixion date de ~500 av. n. è. Le Coran fait état de crucifixions à l'époque de Moïse et de Joseph (Sourate 12:41, 20:71) — donc bien avant Solide.

David inventeur de la cotte de mailles

Les historiens attribuent généralement l'invention de la cotte de mailles aux Celtes au IIIe siècle av. n. è. Or le Coran (Sourate 21:80, 34:10-11) dit que David l'a inventée au Xe siècle av. n. è. Solide nuancé.

Les tombes nabatéennes d'al-Ḥijr présentées comme « maisons » de Thamoud

Le Coran (7:74, 26:149, 89:9) décrit les Thamoud comme « taillant dans les montagnes des maisons avec habileté ». On sait aujourd'hui qu'il s'agit en fait de tombes sculptées, et qu'elles ont été construites par les Nabatéens entre le IIe siècle av. n. è. et le IIe siècle EC Solide.

Esdras (Uzayr) considéré comme fils de Dieu

Le Coran affirme que les Juifs considèrent Esdras (‘Uzayr) comme fils de Dieu — doctrine inconnue du judaïsme historique (Sourate 9:30) Solide.

Marie comme partie de la Trinité

Le Coran (Sourate 5:116) laisse entendre que les chrétiens prennent Jésus et Marie pour deux divinités. La doctrine chrétienne dominante n'a jamais considéré Marie comme faisant partie de la Trinité.


PARTIE IX — ÉTHIQUE, MORALE ET DROIT

9.1 La place de la femme

Le Coran et les hadiths contiennent de nombreux versets et récits concernant le statut et le rôle des femmes.

9.1.1 Tableau récapitulatif des problèmes

ProblèmeRéférenceDescription
Autorité légale du mariCoran 4:34Les hommes ont autorité sur les femmes ; en cas de désobéissance redoutée : exhortation, séparation au lit, frapper
TémoignageCoran 2:282Le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme
HéritageCoran 4:11-12La fille hérite la moitié de la part du fils
PolygamieCoran 4:3Jusqu'à 4 épouses ; Mahomet bénéficie d'une dispense personnelle (33:50)
Mariage d'AïchaSahih al-Bukhari 5134, Sahih Muslim 1422Mariage à 6 ans, consommation à 9 ans Solide
Voile (Hijāb)Coran 33:59, 24:31Verset révélé après que Sawda bint Zam'a fut reconnue de nuit par Omar (Sahih al-Bukhari 8:74:257)
Esclavage sexuelCoran 4:24, 23:6, 33:50, 70:30Relations licites avec « ce que possède la main droite » (captives)
Statut sexuel comparéCoran 2:223« Vos femmes sont un labour pour vous, allez à votre labour comme vous le voulez »

9.2 L'esclavage en Islam

L'esclavage est une institution profondément enracinée dans les textes fondateurs de l'Islam. Ces textes, au lieu de condamner l'esclavage, le reconnaissent et en régissent les pratiques.

9.2.1 Le Coran et l'esclavage

RéférenceContenu
Sourate 4:3Possibilité de prendre des esclaves en mariage
Sourate 24:33Émancipation suggérée mais non obligatoire
Sourate 16:75L'esclavage présenté comme ordre divin naturel
Sourate 33:50Permet aux hommes de posséder des esclaves féminines et de les prendre comme concubines
Sourate 23:6 ; 70:30Relations sexuelles licites avec « ce que possède la main droite »
Sourate 4:24Captives de guerre sexuellement disponibles pour leurs maîtres

9.2.2 Bilāl, Anjasha et Mid'am : la valeur de l'esclave noir

L'histoire de Bilāl ibn Rabāḥ, l'un des compagnons les plus célèbres du Prophète Mahomet, est souvent citée comme un exemple de l'Islam s'élevant contre l'esclavage et le racisme.

L'histoire de Mid'am

L'histoire de Mid'am, un esclave de Mahomet, illustre une application inégale de la justice. Lors d'un retour de bataille, alors qu'il déchargeait le fardeau de l'animal, Mid'am fut tué par une flèche perdue. Suite à cet incident, Mahomet déclara que Mid'am était voué à l'enfer pour avoir pris une pièce de vêtement parmi le butin de guerre (Sahih al-Bukhari 6707) Solide.

Le prix d'un esclave arabe vs deux esclaves noirs

Un autre hadith authentique (Sahih Muslim 1602) rapporte que Mahomet a acheté un esclave arabe pour le prix de deux esclaves noirs Solide nuancé.

9.2.3 Mariya la Copte et l'esclavage sexuel

Mariya la Copte, une esclave chrétienne offerte avec sa sœur Sirine à Mahomet par un dignitaire égyptien, est devenue sa concubine.

9.2.4 La persistance de l'esclavage dans le monde musulman

9.2.5 Les révoltes d'esclaves noirs dans le monde musulman

1. La Révolte des Zanj (869-883)

L'une des plus longues et des plus violentes révoltes d'esclaves de l'histoire. Les Zanj étaient des esclaves noirs originaires principalement d'Afrique de l'Est, qui travaillaient dans les marais salants de la région de Bassorah. La révolte dura 14 ans.

2. La Révolte des esclaves noirs en Égypte (1169)

Sous la dynastie des Ayyoubides, les esclaves noirs ont également tenté de se soulever.

3. La Révolte des esclaves à Zanzibar (XIXe siècle)

Zanzibar a été le théâtre de plusieurs révoltes d'esclaves noirs au XIXe siècle.

9.3 Le mariage d'enfants et la consommation prépubère

9.3.1 Aïcha et le mariage à 6/9 ans

Aïcha : Mariée à 6 ans, consommation à 9 ans (Sahih al-Bukhari 5134, Sahih Muslim 1422). Plusieurs hadiths sahih convergent (Bukhari 7:62:88, 5158) Solide.

9.3.2 Le verset coranique sur la viduité (Sourate 65:4)

Le Coran lui-même contient des versets qui semblent confirmer l'acceptation du mariage avec des filles prépubères :

Sourate 65:4 : « Et celles parmi vos femmes qui n'espèrent plus avoir de règles, si vous avez des doutes à leur sujet, leur délai d'attente est de trois mois. De même pour celles qui n'ont pas encore eu de règles. »

La consommation comme préalable confirmé par Sourate 33:49

Sourate 33:49 : « Quand vous vous mariez avec des croyantes et qu'ensuite vous divorcez d'avec elles avant de les avoir touchées (consommé le mariage), vous ne pouvez leur imposer aucun délai d'attente. »

Conséquence logique implacable : pas de viduité si le mariage n'a pas été consommé (33:49) ; viduité de 3 mois pour les filles « qui n'ont pas encore eu leurs règles » (65:4) → le Coran prévoit explicitement la consommation des mariages avec des filles prépubères. Cette lecture est confirmée par les tafsirs classiques (Ibn Kathir, Maududi) Solide.

9.3.3 Conséquences contemporaines

9.4 L'homosexualité

L'homosexualité est :

Application contemporaine : peine de mort dans plusieurs pays musulmans (Iran, Arabie saoudite, Yémen, Soudan, Mauritanie).

9.5 Apostasie et dhimmitude

9.5.1 Apostasie : peine de mort

« Quiconque change de religion, tuez-le. »Sahih al-Bukhari 9:84:57

9.5.2 Dhimmitude

Statut de second rang pour les non-musulmans, soumis à la jizya et à des restrictions légales et sociales.

Sourate 9:29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier... jusqu'à ce qu'ils versent la jizya par leurs propres mains, après s'être humiliés. »

9.6 Le djihad et la violence

9.6.1 Le hadith du « grand djihad » est faible

Le hadith célèbre selon lequel Mahomet aurait dit : « Nous revenons du petit djihad au grand djihad » est jugé faible (ḍa'īf) par la critique classique elle-même (Ibn Hajar al-Asqalani).

Le djihad armé, en revanche, est massivement attesté dans les sources canoniques.

9.6.2 Versets fondateurs du djihad armé

VersetContenu
Sourate 9:5 (« verset de l'épée »)« Tuez les associateurs où que vous les trouviez... »
Sourate 9:29Combat des « gens du Livre » jusqu'à ce qu'ils versent la jizya
Sourate 8:39Combattre jusqu'à ce que la religion soit toute à Allah
Sourate 47:4« Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru, frappez-en les cous »

9.6.3 Continuité historique

PériodeManifestation
Conquêtes Rāshidūn (632-661)Guerres de Ridda, conquête du Levant, de l'Égypte, de la Perse
Omeyyades (661-750)Maghreb, Espagne, Indus
Djihad africainUsman dan Fodio (1804) ; El Hadj Omar Tall (1852) ; Mahdi du Soudan (1881)
Djihadisme contemporainAl-Qaïda, Daech, Boko Haram, Al-Shabaab, AQMI

9.7 La Charia et les châtiments hudud

CrimePeine (Hudud)Référence
VolAmputation de la mainCoran 5:38
AdultèreFlagellation 100 coups (Coran) ou lapidation (hadith)Coran 24:2 / Sahih Muslim 17:4194
ApostasiePeine de mortSahih al-Bukhari 9:84:57
Consommation d'alcool40 à 80 coups de fouetHadith
Brigandage (ḥirāba)Mort, crucifixion, amputation croisée, exilCoran 5:33

9.8 L'éthique de Mahomet

9.8.1 Mariages controversés

9.8.2 Liste détaillée des assassinats commandités ou approuvés

Voici la liste des homicides commandités ou soutenus par Mahomet, telle qu'attestée dans les sources musulmanes classiques. La majorité sont attestés dans Ibn Ishaq / Ibn Hisham, parfois aussi dans les hadiths sahih ; quelques cas (Asma bint Marwan, Abu Afak) sont classés faibles par certains muḥaddithūn classiques mais acceptés comme historiques par la sira et défendus par des académiques (W. M. Watt) Solide nuancé.

VictimeDateRaison invoquéeSources principales
1Asma bint MarwanJanv. 624Poésie satiriqueIbn Hisham & Ibn Ishaq ; Ibn Sa'd Contesté
2Abu ‘Afak (poète juif centenaire)Févr. 624Poésie satiriqueIbn Hisham & Ibn Ishaq ; Ibn Sa'd Contesté
3Al-Nadr ibn al-HarithMars 624 (après Badr)Critique poétiqueCoran 8:31 ; Ibn Hisham
4Uqba bin Abu MuaytMars 624Avait jeté des entrailles d'animaux morts sur Mahomet en prièreSahih Bukhari 1:9:499
5Ka'b ibn al-AshrafSept. 624Élégies sur les morts de BadrSahih Bukhari 5:59:369 ; Sahih Muslim 19:4436
6Abu Rafi ibn Abi al-HuqaiqDéc. 624Soutien aux ConfédérésSahih Bukhari 4:52:264 ; 5:59:370-372
12Banū Qurayẓa (tribu entière)Févr.-Mars 627Trahison présumée — 600 à 900 hommes décapités, femmes et enfants en esclavageCoran 33:26 ; Sahih Bukhari 4:52:68 Solide
43Kinana ibn al-RabiJuillet 628Torturé au feu pour révéler trésor caché, puis décapitéIbn Hisham, Sira II:515

À cela s'ajoutent au moins 43 cas documentés au total, plus :

9.8.3 Autres actes controversés

9.8.4 Plagiat du « Notre Père » chrétien

Selon ce hadith jugé faible (ḍa'īf) par les muḥaddithūn classiques, mais frappant par son parallèle textuel avec le Pater Noster Contesté :

Sunan Abi Dawud 3892 (Abu Darda) : « Notre Seigneur est Allah qui est aux cieux, que son Nom soit sanctifié, Son commandement et sa miséricorde règnent sur la terre comme aux cieux ; Pardonne-nous nos erreurs et nos péchés... »

9.9 Les versets sataniques

9.9.1 Le verset de l'aorte (Sourate 69:44-46)

Sourate al-Hāqqa 69:44-46 : « Et s'il avait forgé quelques paroles à Nous attribuer, Nous l'aurions saisi de la main droite, ensuite Nous lui aurions tranché l'aorte. »

Ce verset constitue une menace divine : si Mahomet inventait des révélations, sa mort serait celle-ci.

9.9.2 L'épisode des versets sataniques

Selon Ibn Ishaq, al-Tabari (Tafsīr et Tārīkh), Ibn Sa'd, al-Wāqidī : Mahomet aurait initialement prononcé, comme révélation divine, des vers reconnaissant le pouvoir intercessoire des trois déesses Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt :

« Avez-vous vu Al-Lāt et Al-‘Uzzā, et Manāt, cette troisième autre ? Ce sont les sublimes déesses dont l'intercession est espérée. »

(Ces vers ne sont pas dans le Coran tel que nous le connaissons aujourd'hui.)

L'historicité de l'épisode est défendue par Shahab Ahmed (Before Orthodoxy, 2017) et Sean Anthony, mais rejetée par Sinai et la plupart des théologiens musulmans Solide nuancé.

9.10 La bataille de Khaybar et l'agneau empoisonné

9.10.1 Contexte

En 628, après l'expulsion de Médine, les Banū Naḍīr s'étaient réfugiés à Khaybar, une forteresse juive au nord de Médine.

9.10.2 Kinana ibn al-Rabi'

Selon les récits historiques, après la conquête de Khaybar par les forces musulmanes, Kinana fut capturé. On l'accusa de cacher le trésor de sa tribu. Après des interrogations brutales (torture au feu), il fut exécuté sur l'ordre de Mahomet.

9.10.3 Zaynab bint al-Harith et l'agneau empoisonné

Zaynab bint al-Harith, une femme de Khaybar, prépara un agneau empoisonné pour Mahomet et ses compagnons.

Selon certaines sources, Mahomet fut averti par l'agneau avant d'en consommer, mais pas avant que son compagnon Bishr ibn al-Bara' ne l'ait mangé, ce qui le conduisit à une mort douloureuse.

9.10.4 La rencontre de Mahomet avec Oum Bishr

Sahih Bukhari 4428 : « Ô Oum Bishr, je ressens encore la douleur de la nourriture que j'ai mangée à Khaybar, et il me semble que mon aorte est coupée. »

Le hadith est authentique ; le rapprochement avec 69:44-46 est une lecture critique reposant sur des sources authentiques Solide nuancé.

9.10.5 L'agonie de Mahomet

Les derniers jours de Mahomet furent marqués par une longue agonie. Il aurait cherché à guérir, essayant diverses méthodes, mais sans succès.


PARTIE X — PROBLÈMES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES

10.1 La question de La Mecque

10.1.1 Absence de mentions pré-islamiques

10.1.2 La Mecque dans le Coran

La Mecque n'est mentionnée qu'une seule fois explicitement dans le Coran (Sourate 48:24, bi-baṭn Makka) ; l'autre mention probable est Bakka (3:96) Solide.

10.1.3 L'absence de preuves archéologiques

L'absence de découvertes archéologiques significatives à La Mecque pour la période antique (avant le VIIe siècle) est frappante, à nuancer cependant par les fouilles plus récentes des archéologues saoudiens.

10.2 L'orientation des premières mosquées

Selon Dan Gibson (Quranic Geography, 2011 ; Early Islamic Qiblas, 2017), les qibla des mosquées des 100 premières années de l'Islam pointeraient majoritairement vers Pétra, non vers La Mecque. Cette thèse a été réfutée en détail par David A. King (The Petra Fallacy, 2018), qui souligne les erreurs méthodologiques de Gibson (ignorance de l'astronomie médiévale, comparaison de directions modernes avec orientations historiques) Faible.

10.3 La Kaaba

10.4 Les sources tardives

SourceDate de rédactionLimite
CoranCompilation ~650 (Othman)Pas de manuscrits complets du VIIe s. ; variantes textuelles
Sira d'Ibn Ishaq~750 (120 ans après Mahomet)Œuvre originale perdue ; basée sur des traditions orales
Hadiths (Bukhari)~870 (240 ans après)Chaînes de transmission (isnād) potentiellement fabriquées
Hadiths (Muslim)~875Critères de tri formalisés tardivement
Tafsirs (Tabari)~915Compilation érudite mais déjà confessionnelle
Tafsir d'Ibn Kathir~1370Très tardif

10.4.1 Critique des hadiths

10.5 Témoignages externes contemporains

Les premières mentions non-musulmanes de Mahomet ou de l'islam datent des décennies suivant sa mort :

10.6 L'hypothèse abbasside / révisionniste

Selon une hypothèse révisionniste défendue dans les années 1970-80 (Crone & Cook, Wansbrough, Nevo & Koren), aujourd'hui largement nuancée même par ses auteurs Minoritaire :

10.7 L'inscription « MHMD » sur des pièces de monnaie

10.7.1 Pièces arabo-byzantines

Les pièces de monnaie arabo-byzantines du VIIe siècle étaient souvent hybrides. Les prototypes byzantins étaient utilisés pour frapper de nouvelles pièces d'or, mais tout symbolisme chrétien manifeste, tel qu'une croix, était simplement supprimé.

10.7.2 La théorie de Volker Popp

Selon une thèse marginale (Volker Popp / INARAH), « MHMD » ne désignerait pas Mahomet mais Jésus, puisque sa traduction donne « le béni ». Cette thèse est largement contestée par les islamologues majoritaires (Hoyland, Anthony, Holland) ; sur les pièces arabo-byzantines, MHMD apparaît dès 661 EC comme nom propre du Prophète Faible.


PARTIE XI — MORT DE MAHOMET ET FRACTURES FONDATRICES

11.1 Le verset de l'aorte (rappel)

Sourate al-Hāqqa 69:44-46 : « Et s'il avait forgé quelques paroles à Nous attribuer, Nous l'aurions saisi de la main droite, ensuite Nous lui aurions tranché l'aorte. »

11.2 L'épisode de Khaybar (rappel synthétique)

Après la conquête de cette oasis juive en 628 :

11.3 Les derniers mots à Oum Bishr

Sahih al-Bukhari 4428 : « Ô Umm Bishr, je ressens encore la douleur de la nourriture que j'ai mangée à Khaybar, et il me semble que mon aorte est coupée. »

11.4 L'agonie et la mort selon les sources sunnites

Les derniers jours de Mahomet sont marqués par une longue agonie, l'inefficacité de tous les remèdes, la mention répétée du poison de Khaybar par Mahomet lui-même.

11.5 La mort de Mahomet selon les sources chiites

Selon la tradition chiite, une conspiration menée par des figures influentes telles qu'Abu Bakr, Omar, et Aïcha aurait joué un rôle crucial dans la mort du prophète. Cette accusation est contestée par les sunnites Contesté.

11.5.1 Le « Jeudi tragique »

Selon plusieurs hadiths, Mahomet, sentant que sa mort approchait, aurait demandé à ses compagnons de lui apporter de quoi écrire. C'est alors qu'Omar ibn al-Khattāb aurait déclaré :

« Le Livre de Dieu (le Coran) nous suffit. Le prophète délire. »Sahih al-Bukhari Vol. 1, Livre 3, Hadith 114 (et Vol. 7 Livre 70 Hadith 573) Solide

11.6 L'élection d'Abu Bakr à Saqifa

11.6.1 L'absence aux funérailles

Après la mort de Mahomet, les chiites reprochent à Abu Bakr et Omar d'avoir quitté les préparatifs des funérailles du prophète pour se précipiter à Saqifa Banū Sā'idah.

11.6.2 Les tensions avec Fatima

Des tensions importantes sont apparues entre Abu Bakr et Fatima, la fille du prophète, concernant les droits de succession sur les terres de Fadak Solide.

11.7 Ghadir Khumm

« Celui dont je suis le maître (mawlā), Ali est aussi son maître (mawlā). » — Hadith confirmé dans plusieurs sources sunnites (Musnad Ahmad, al-Mustadrak, Tirmidhī, Nasā'ī) Solide

L'interprétation politique (désignation comme successeur) est chiite et contestée par les sunnites.

11.8 La trahison et les conflits ultérieurs

11.8.1 La Bataille du Chameau (656)

Bataille tragique où Aïcha a dirigé une armée contre Ali.

11.8.2 La Bataille de Siffin (657)

Bataille entre Ali et Mu'awiya, gouverneur de Damas.

11.8.3 La tragédie de Karbala (680)

Hussein, le petit-fils de Mahomet, est assassiné avec sa famille par les forces de Yazid.

11.9 Conséquences en cascade

L'Islam des origines est une religion en guerre civile permanente, dès la mort du Prophète :


PARTIE XII — LE NARRATIF ISLAMIQUE STANDARD : CRITIQUES ACADÉMIQUES

12.1 Patricia Crone, Michael Cook et le Hagarisme

Pour explorer les recherches de chercheurs critiques de l'Islam, il est essentiel de comprendre les points sur lesquels ils se concentrent : l'origine historique de l'Islam, la transmission du Coran, les influences culturelles et religieuses sur l'Arabie pré-islamique, et les incohérences narratives et textuelles.

12.1.1 Patricia Crone et les origines de l'Islam

Patricia Crone, dans ses œuvres comme Hagarism: The Making of the Islamic World (1977, co-écrit avec Michael Cook), propose une thèse révisionniste — aujourd'hui largement nuancée même par ses auteurs Minoritaire.

12.2 Jay Smith et le narratif islamique standard

Jay Smith est un apologiste chrétien et chercheur, qui présente des critiques principalement basées sur celles de Gibson et de Crone. Ses thèses sont rejetées par la plupart des spécialistes Minoritaire.

12.3 La Mecque, le mythe de « la mère des cités »

Les arguments suivants critiquent collectivement le statut central que la tradition donne à La Mecque, sans toujours faire consensus académique :

  1. Pas de mention dans les archives de l'Antiquité majoritaires ;
  2. Cartographie antique : peu de référence à La Mecque ;
  3. Récits de pèlerinages et de commerce mal documentés indépendamment ;
  4. Absence de récits externes sur Mahomet contemporains ;
  5. La Kaaba : sanctuaire pré-islamique d'origine païenne, pas abrahamique attestée ;
  6. Comparaison avec d'autres villes saintes (Jérusalem, Pétra) : La Mecque manque de la documentation ancienne qu'ont ces autres lieux.

12.4 Le scandale Yasir Qadhi

Le scandale entourant Cheikh Yasir Qadhi et ses déclarations sur les Qirā'āt et Aḥruf est réel : Yasir Qadhi a publiquement reconnu les complexités, ce qui a suscité une polémique au sein du monde sunnite anglophone Solide nuancé.

12.5 L'obscurantisme en Islam

L'obscurantisme en Islam se manifeste par le rejet de la connaissance scientifique, le refus de la critique, l'encouragement d'une lecture littérale et figée des textes sacrés.

12.5.1 Manifestations modernes

ManifestationDescription
Opposition à l'égalité des sexesFemmes assignées à des rôles domestiques ; interdictions vestimentaires, juridiques
Rejet de la liberté d'expressionLois contre le blasphème ; affaires Salman Rushdie, Raif Badawi, Charlie Hebdo Solide
Rejet des sciences modernesRefus de l'évolution, du Big Bang ; concordisme ou créationnisme. En Turquie, l'évolution a été retirée des programmes scolaires en 2017 Solide
Idéalisation du passéMythe de l'« âge d'or » à imiter strictement (salafisme)
Répression des minoritésPersécution des Ahmadis (Pakistan), des chiites (Arabie saoudite), des Bahaïs (Iran)

12.5.2 Vers une solution : les courants réformistes

Des courants réformistes tentent aujourd'hui de promouvoir une vision plus ouverte de l'islam. Des penseurs comme Mohammed Arkoun, Nasr Hamid Abu Zayd, Abdou Filali-Ansary plaident pour une interprétation rationnelle et contextuelle des textes sacrés.


13. CONCLUSION

Ce guide a présenté de manière exhaustive les principaux arguments critiques portant sur les fondements de l'Islam. Ces arguments ne visent pas à attaquer les croyants mais à examiner les revendications historiques, textuelles, scientifiques et éthiques de la tradition islamique à la lumière des sources disponibles — y compris les sources musulmanes classiques elles-mêmes.

Synthèse des axes critiques

  1. Origines — L'Islam s'est développé dans un contexte religieux dense (paganisme arabe, judaïsme himyarite, christianisme oriental, zoroastrisme persan, monothéisme yéménite d'al-Raḥmān). Il a hérité de nombreux rituels, symboles, concepts et noms divins préexistants.
  2. Arabie pré-islamique : monde complexe, structuré et largement monothéiste, pas la Jāhiliyya mythifiée.
  3. Jinns : la démonologie pré-islamique a été intégrée et standardisée par l'Islam, pas effacée.
  4. Cosmogonie : la cosmogonie islamique provient directement des mythologies mésopotamienne et sémitique.
  5. Textes : le Coran présente des problèmes documentés de compilation, de transmission et de variantes.
  6. Contenu : des incohérences narratives et des contradictions internes suggèrent une origine humaine et contextuelle.
  7. Éthique : les normes morales reflètent les standards du VIIe siècle.
  8. Histoire : l'absence de preuves archéologiques pour des revendications fondamentales et la fixation tardive des sources invitent à une réévaluation critique.
  9. Mort et fractures : le verset de l'aorte (69:44-46) + l'empoisonnement à Khaybar + la fracture immédiate sunnite/chiite constituent un faisceau narratif qui contredit l'image d'un prophète infaillible et d'une communauté unifiée.

Points pratiques pour le débat


14. BIBLIOGRAPHIE

Sources musulmanes classiques

Études académiques sur les origines

Études sur le Coran et la critique textuelle

Géographie et archéologie islamique

Études sur les origines préislamiques

Critique textuelle et hadiths

Études sur Mahomet (Sira)

Études sur le djihad et la violence

Études sur l'esclavage et le statut des femmes

Études comparatives

Références encyclopédiques

Ressources en ligne


Par Jelpi