Guide Pratique : Analyse Critique des Fondements de l'Islam — Édition élargie
Auteur : Jelpi (Kamademia)
Édition : version élargie & vérifiée — Guide pratique Kamademia
Type de document : Guide de discussion et référence critique
Objectif : Présenter de manière exhaustive et structurée les arguments historiques, archéologiques, textuels, scientifiques et éthiques remettant en question les fondements de l'Islam, avec sources musulmanes classiques et académiques contemporaines.
Avertissement
Ce guide a une vocation académique et critique. Il ne vise pas à attaquer les croyants mais à examiner, à la lumière des sources disponibles, les revendications de la tradition islamique. Il s'appuie sur :
- Les sources musulmanes classiques (Coran, hadiths sahih des six livres canoniques, Sîra d'Ibn Ishaq/Ibn Hisham, Tārīkh d'al-Tabari, tafsirs d'Ibn Kathir / al-Jalalayn / al-Tabari, Kitāb al-Aṣnām d'Ibn al-Kalbi, al-Itqān d'al-Suyuti) ;
- Les travaux d'islamologues contemporains (Patricia Crone, Michael Cook, Robert Hoyland, John Wansbrough, Fred M. Donner, Nicolai Sinai, Ahmad al-Jallad, Marijn van Putten, Behnam Sadeghi, Mohsen Goudarzi, Éléonore Cellard, Shady Nasser, Christian Robin, Mohammad Ali Amir-Moezzi, Sigrid Kjær, Stephen Shoemaker, Sean Anthony, Shahab Ahmed, David A. King, Karen Bauer, Joseph Schacht, Ignaz Goldziher, Theodor Nöldeke, etc.) ;
- Les découvertes archéologiques et épigraphiques récentes (inscriptions sud-arabiques, palimpseste de Sanaa DAM 01-27.1, manuscrit de Birmingham, basmala pré-islamique du Yémen découverte en 2018, codex Parisino-Petropolitanus, etc.).
1. Introduction
L'Islam, l'une des religions les plus pratiquées au monde (~2 milliards de fidèles), revendique des fondements d'origine purement divine : un Coran inaltéré transmis par l'ange Gabriel à Mahomet entre 610 et 632, des hadiths fidèlement conservés, et une rupture radicale avec un paganisme arabe corrompu. Ce récit traditionnel se heurte cependant à un faisceau convergent de constats critiques :
- Archéologiquement : pas de traces de La Mecque comme grand centre commercial pré-islamique ; pas de mention de Mahomet dans les sources contemporaines avant des décennies après sa mort.
- Épigraphiquement : le nom Allāh apparaît dans des inscriptions nabatéennes polythéistes dès le Ier siècle av. n. è. ; al-Rahman est attesté dans les inscriptions sud-arabiques (basmala pré-islamique du Yémen, 2018), où la fusion avec Allah semble en cours au VIe–début VIIe siècle.
- Textuellement : le palimpseste de Sanaa (DAM 01-27.1), daté C14 du VIIe siècle, présente des dizaines de variantes par rapport au texte othmanien standard. Les codex des compagnons (Ibn Mas'ud, Ubayy) divergeaient massivement.
- Comparativement : récits coraniques (Sept Dormants, Dhul-Qarnayn, Vie de Jésus, Déluge), cosmologie (7 cieux), théologie (anges, démons, paradis-enfer, résurrection) sont massivement empruntés au christianisme oriental, au judaïsme et au zoroastrisme.
- Éthiquement : nombreuses pratiques attestées (esclavage, mariage d'enfants, assassinats commandités de poètes, génocide des Banū Qurayẓa, viol institutionnalisé des captives) posent problème au regard des droits humains modernes.
- Internement : fracture sunnite/chiite remontant à la mort même du Prophète, controverses messianiques contemporaines, multiplicité des qira'at canoniques.
📌 Points clés à retenir :
- L'Arabie pré-islamique du VIIe siècle est bien plus monothéiste, structurée et cosmopolite que le récit traditionnel ne le suggère.
- L'Islam s'est développé dans un contexte religieux dense (paganisme arabe, judaïsme himyarite, christianisme nestorien et monophysite, zoroastrisme persan, monothéisme yéménite d'al-Rahman) et en a hérité de nombreux rituels, symboles, concepts et noms divins.
- Les textes fondateurs (Coran, Hadiths, Sîra) présentent des problèmes documentés de transmission, de compilation et de cohérence interne.
- Les revendications d'origine purement divine sont mises en tension par les influences humaines détectables dans tous les domaines (rituel, lexique, théologie, droit).
PARTIE I — L'ARABIE PRÉISLAMIQUE : UN MONDE PLUS COMPLEXE QUE LA JĀHILIYYA
1.1 La déconstruction du mythe de l'Âge de l'Ignorance
Le terme Jāhiliyya (« âge de l'ignorance ») désigne, dans la tradition musulmane, la période pré-islamique présentée comme une époque de polythéisme barbare, de chaos moral, d'analphabétisme et de violence tribale, dont l'Islam aurait sauvé l'humanité. Cette image est largement une construction apologétique tardive. Les recherches archéologiques, épigraphiques et historiques des XXe–XXIe siècles révèlent un tableau radicalement différent :
- Le polythéisme avait fortement reculé dès le IVe siècle ;
- Le sud (Himyar) s'était officiellement converti au judaïsme ;
- Le christianisme (sous diverses formes : nestorien, monophysite, ébionite, judéo-nazaréen) était implanté du Levant au Yémen ;
- Le zoroastrisme dominait l'est, jusqu'aux frontières de l'Arabie via le royaume vassal lakhmide ;
- Selon certaines lectures (Christian Robin), des chefs tribaux de la région étaient chrétiens, même si cela ne s'applique pas spécifiquement aux Quraysh Minoritaire.
- Dans le Sud, les dernières inscriptions polythéistes majeures datent de 402-403 EC ; à partir de 530, les inscriptions sud-arabiques sont uniformément monothéistes — le polythéisme persiste cependant dans certaines tribus du Hijaz Solide nuancé.
Mohammad Ali Amir-Moezzi, Christian Robin, Aziz al-Azmeh et Greg Fisher ont dans leurs travaux respectifs largement démontré que la Jāhiliyya est une fiction rétrospective rédigée par les traditionnistes du VIIIe et IXe siècle pour amplifier le contraste entre l'« avant » et l'« après » Islam.
Robert Hoyland (Arabia and the Arabs, 2001) résume : « Les rapports arabes sur la Jāhiliyya ne sont pas de simples récits historiques, mais plutôt de nature épique et légendaire, remplis de séductions, d'embuscades, de discours éloquents et de batailles héroïques. »
1.2 Les grandes civilisations sud-arabiques
Avant l'Islam, le sud de la péninsule arabique (Yémen actuel) était le siège de civilisations urbaines, agricoles et commerciales hautement développées, depuis au moins le IIe millénaire av. n. è.
1.2.1 Saba (Sabéens)
Centré autour de la capitale Marib, le royaume de Saba (~1200 av. n. è. – 275 EC) doit sa prospérité au commerce de l'encens, de la myrrhe et des épices. La célèbre digue de Marib (~750 av. n. è.), parmi les plus grandes structures hydrauliques de l'Antiquité, irriguait des dizaines de milliers d'hectares.
Panthéon principal :
- Almaqah : dieu-lune, divinité tutélaire de Saba, représenté par un taureau et un croissant ;
- Shams : déesse-soleil ;
- Athtar : dieu de la fertilité, de l'orage et de la planète Vénus.
1.2.2 Ma'in (Minéens)
Royaume marchand (~Ve-IIe s. av. n. è.), avec son réseau d'emporia allant jusqu'à Délos en Grèce. Panthéon : Wadd (dieu lunaire principal), Athtar, Nakrah.
1.2.3 Qatabân et Ḥaḍramawt
Autres royaumes sud-arabiques, contrôlant respectivement les routes du Sud-Ouest et du Sud-Est. Divinités principales : Amm (dieu lunaire qatabanite), Sayin (dieu lunaire hadhrami).
1.2.4 Himyar
Le royaume himyarite (~110 av. n. è. – 525 EC) finit par absorber tous les autres royaumes sud-arabiques. C'est le développement religieux le plus spectaculaire :
- ~380 EC : Conversion officielle au judaïsme sous le roi Tha'rān Yuhan'im et son fils Malkīkarib Yu'min Solide. Les inscriptions abandonnent les divinités païennes au profit du seul Rḥmnn (« Le Miséricordieux »).
- ~470-525 : Le roi Yusuf As'ar Yath'ar (Dhū Nuwās), juif zélé, persécute les chrétiens de Najran (massacre de 523) Solide.
- 525 : En représailles, le royaume chrétien d'Aksoum (Éthiopie) envahit Himyar, tue Dhū Nuwās et y installe une vassalité chrétienne dirigée par Abraha Solide.
- ~575 : Conquête perse — Himyar devient province sassanide Solide.
À l'aube de l'Islam, le Yémen est partagé entre influences perse, chrétienne éthiopienne, juive et tribale. Le polythéisme y a presque entièrement disparu depuis deux siècles.
1.3 Les royaumes nord-arabiques
1.3.1 Les Nabatéens
Royaume arabo-araméen florissant entre le IVe siècle av. n. è. et 106 EC (annexion par Trajan), centré sur Pétra, puis sur Bosra. Maîtres des routes caravanières, ils ont développé :
- L'alphabet nabatéen, ancêtre direct de l'alphabet arabe ;
- Une riche épigraphie mêlant divinités locales, grecques et levantines ;
- La pratique des bétyles (pierres sacrées comme demeures divines).
Panthéon : Dushara (dieu principal), Allat, Al-‘Uzzā, Manawatu (= Manāt), Hubal (mention dans une inscription nabatéenne aux côtés de Dushara et Manawatu).
1.3.2 Lihyan / Dadan
Royaume du nord-ouest (~VIe-Ier s. av. n. è.) centré sur l'oasis de Dadan (al-‘Ulā). Fait crucial : c'est dans les inscriptions lihyanites qu'apparaît le terme « Allah » comme élément théophorique dans les noms propres (Abd Allāh, etc.) — en parallèle de noms comme Abd Manāf ou Abd Al-‘Uzzā. Allah y est une divinité parmi d'autres Solide nuancé.
1.3.3 Lakhmides (Hira) et Ghassanides
Ces deux confédérations arabes vassales — respectivement des Sassanides perses (Lakhmides, capitale al-Ḥīra) et des Byzantins (Ghassanides, capitale Jabiya) — étaient massivement chrétiennes (nestorianisme pour les premiers, monophysisme pour les seconds) au VIe siècle. Elles servaient de tampon militaire entre les deux superpuissances et exerçaient une influence culturelle considérable sur le Hijaz, notamment sur la poésie arabe pré-islamique.
1.3.4 Tribus arabes du nord (Safa, Thamoud, Quraysh…)
Outre ces royaumes structurés, l'intérieur de la péninsule était parsemé de tribus parfois sédentaires, souvent semi-nomades, dont les inscriptions (en safaïtique, thamoudéen, etc.) attestent d'un polythéisme local diversifié mais déjà en recul aux Ve-VIe siècles.
1.4 Les routes commerciales
Le commerce caravanier reliait :
- Le Yémen (encens, myrrhe, épices d'Inde) ;
- Le Levant byzantin (textiles, métaux, vin) ;
- L'Égypte ;
- L'Éthiopie via la mer Rouge (or, ivoire, esclaves).
Les routes principales passaient par la côte ouest (Hijaz), avec des étapes à Najran, Yathrib (Médine), Khaybar, Tabouk, Pétra, Bosra. Selon Patricia Crone (Meccan Trade and the Rise of Islam, 1987), La Mecque, située à l'écart des grandes routes, ne jouait pas le rôle central que la tradition lui prête — thèse contestée par R. B. Serjeant et Robert Hoyland, qui modèrent ce diagnostic Contesté.
1.5 Le système religieux des tribus arabes nomades
La vie de nomadisme des Arabes a déterminé le type de spiritualité de la zone. Les anciens Arabes avaient un système destiné à encourager la tolérance entre tribus pour sauvegarder les routes commerciales. Ils établissaient de nombreuses « stations » dans lesquelles ils construisaient des temples presque exclusivement à côté d'oasis, de mangroves ou de sources d'eau. Ces temples portaient le nom de Ḥaram.
Ces espaces étaient considérés Ḥima (inviolables) où l'on ne pouvait pas chasser, cueillir ou commettre d'actions considérées comme mauvaises. Les marchands utilisaient ces endroits :
- Pour se reposer de leur périple ;
- Pour échanger avec d'autres marchands ;
- Pour prier afin que le voyage se passe sans encombre.
Ces temples contenaient de nombreuses déités car les membres des tribus plaçaient ces idoles afin que personne ne viole l'espace sacré (sous peine d'être puni par le dieu de la tribu lésée). C'est exactement la fonction qu'occupera la Kaaba mecquoise avec ses 360 idoles.
1.6 Le peuplement du Hijaz selon al-Tabari
Dans son Tārīkh al-Rusul wa al-Mulūk (« Histoire des prophètes et des rois »), al-Tabari documente les migrations des Arabes dans la péninsule et rapporte que des vagues récurrentes de migrants du Yémen se sont installés dans le Hijaz durant le millénaire passé.
Ces événements ont contribué aux migrations de populations du Sud vers le Hijaz :
- Les Jurhum chassent les Al-Amaliqah (« Amalécites ») qui se trouvaient à La Mecque. Les Jurhumites placent leur déité principale Zuḥal (« le Lent », en ancien arabe du Sud, lié à Saturne et à son orbite relativement lente, et à l'agriculture) en face de la Kaaba.
- Plus tard, une autre tribu arrive du Yémen : les Khuzā'ah. Ils assimilent les Jurhum et établissent une divinité de la montagne nommée Manāf (« Très-Haut, ou le plus haut ») comme dieu principal.
- Les Khuzā'ah auraient contrôlé La Mecque pendant environ 400 ans avant l'arrivée des Quraysh. Ce sont eux qui auraient introduit Hubal, importé selon les traditions de Syrie/Moab (Ibn Ishaq) ou de Hīt en Mésopotamie (al-Azraqi) Solide nuancé.
- Les Quraysh assimilent les Khuzā'ah au Ve siècle.
Le Yémen était à cette époque la zone la plus avancée de la péninsule arabique. Himyar, dans son expansion, attaque la ville chrétienne de Najran au début du VIe siècle. Cela entraîne une réponse du royaume d'Aksoum (Éthiopie) qui finit par envahir et conquérir le royaume d'Himyar en 525.
1.7 La présence chrétienne et juive en Arabie
1.7.1 Communautés chrétiennes attestées
- Najran : centre chrétien majeur (monophysite/miaphysite), abritant une église célèbre nommée Ka'ba de Najran.
- Hijaz : présence d'évêques, de moines errants, de prêtres dans les caravanes (Mahomet rencontre l'un d'eux, Bahira, à Bosra).
- Lakhmides (al-Ḥīra) : chrétiens nestoriens, métropoles épiscopales.
- Ghassanides (Bosra, Jabiya) : chrétiens monophysites.
- Éthiopie : royaume chrétien depuis ~340. Asile des premiers musulmans persécutés (première Hijra vers le Négus Ashama ibn Abjar).
Plusieurs églises de l'Antiquité tardive ont été identifiées archéologiquement en Arabie Solide nuancé. Aucun temple polythéiste n'a été découvert à Médine Solide.
1.7.2 Communautés juives attestées
- Yathrib (Médine) : trois grandes tribus juives (Banū Qaynuqā‘, Banū al-Naḍīr, Banū Qurayẓa), dominantes économiquement avant l'arrivée de Mahomet.
- Khaybar : grande oasis juive au nord de Médine.
- Yémen (Himyar) : conversion officielle au judaïsme du royaume au IVe siècle.
- Hijaz : présence de poètes, marchands, artisans juifs (le célèbre Samaw'al).
1.7.3 Présence zoroastrienne
Présence à l'est et au sud-est de la péninsule, via la conquête perse du Yémen (~575) et le royaume lakhmide, où le zoroastrisme côtoyait le christianisme nestorien.
📌 Point clé : L'Arabie au VIIe siècle était un patchwork religieux dominé par le monothéisme. Le polythéisme y était résiduel et minoritaire, ce qui contredit frontalement le récit coranique d'une péninsule plongée dans l'idolâtrie.
1.8 Les mu'minīn coraniques : qui étaient les adversaires de Mahomet ?
L'historienne Patricia Crone, dans une série d'articles très denses sur les mushrikīn (associationnistes) coraniques, a montré que :
- Beaucoup d'entre eux croyaient en Allah comme dieu créateur judéo-chrétien, mais lui associaient un ou plusieurs partenaires moindres ;
- Ces partenaires étaient parfois décrits comme des dieux, parfois comme ses descendants ou ses anges femelles ;
- Ils croyaient également aux djinns et aux démons, et certains adoraient les corps célestes.
Le « polythéisme pur » décrit dans les sources tardives comme Ibn al-Kalbi est donc beaucoup plus rare dans le Coran lui-même que ne le laissent supposer les exégèses postérieures.
Nicolai Sinai (Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry, 2019) confirme : dans la poésie arabe pré-islamique authentique, Allah apparaît comme un dieu suprême aux pouvoirs vastes (créateur des cieux et de la Terre, maître des destinées humaines, pourvoyeur de pluie, vengeur des serments rompus). Prières et sacrifices lui étaient adressés.
📌 Conséquence majeure : L'opposition coranique « Allah unique vs. polythéisme grossier » est biaisée. La réalité était un débat intra-monothéiste ou hénothéiste, pas une lutte du « bien monothéiste » contre le « mal polythéiste ».
PARTIE II — LES ORIGINES PAÏENNES DU CULTE MUSULMAN
2.1 La Pierre Noire et les bétyles : héritage sémitique millénaire
La Pierre Noire (al-Ḥajar al-Aswad) enchâssée dans un coin de la Kaaba est un artefact central du pèlerinage islamique. Selon la tradition musulmane, elle remonte à l'époque d'Abraham et d'Ismaël. Cependant, des récits historiques et l'archéologie comparée révèlent que la pierre noire — comme d'autres pierres sacrées — était vénérée par les païens de La Mecque et dans tout le Proche et Moyen-Orient bien avant l'Islam.
2.1.1 La pratique des bétyles
Les bétyles (du grec baetylus, lié à l'hébreu Bēth-El « maison de Dieu » et à l'arabe Baytullāh) sont des pierres sacrées considérées comme demeures terrestres des divinités. Cette pratique, attestée dans :
- La Mésopotamie (kudurru, stèles d'investiture) ;
- La Phénicie (cf. la déesse Cybèle et son culte du bétyle) ;
- La Nabatée (Pétra : nombreux bétyles de Dushara, Allat, etc.) ;
- L'Arabie pré-islamique (Hubal à La Mecque, Allat à Ta'if, Al-‘Uzzā à Nakhla, etc.),
remonte aux origines des civilisations sémitiques.
2.1.2 Typologie des bétyles arabes
Plusieurs types de pierres étaient vénérées :
- Anṣāb (« choses dressées ») : monolithes de grandes tailles érigés.
- Masgida (« lieu de prosternation ») : pierres plus petites utilisées pour les prières dans le royaume nabatéen, dans le nord de l'Arabie. Beaucoup faisaient face à l'est ou avaient des montagnes dans le dos.
- Duwār (« objets de circumambulation ») : autour desquels étaient performés des rituels similaires au tawāf.
Les bétyles étaient de différentes tailles, formes et même « genres sexuels » :
- Les bétyles plus petits et plus larges étaient généralement liés à des déesses ;
- Les bétyles plus longs et fins étaient liés à des dieux.
Dans la tradition juive, les pierres érigées sont connues sous les termes de Maṣṣebah et Massebot (piliers) et étaient parfois utilisées dans les cimetières pour capturer l'essence du défunt.
2.1.3 Les bétyles à La Mecque pré-islamique
Dans la Sīrat Rasūl Allāh, Abdu'l-Mundhir rapporte que toutes les maisons de la ville de La Mecque dans les temps pré-islamiques possédaient des bétyles, et que les gens avaient pour habitude de toucher, prier ou embrasser le bétyle pour s'assurer un voyage sans dangers.
Hisham ibn al-Kalbi dans son Kitāb al-Aṣnām décrit les sacrifices d'animaux effectués sur les pierres pour attirer les dieux, autour desquelles les Arabes pratiquaient le tawāf.
Le glissement sémantique est révélateur : Baytullāh (« Maison de Dieu ») désigne aujourd'hui la Kaaba elle-même plutôt que la pierre noire enchâssée — exactement comme Bēth-El dans la Bible désigne à la fois le bétyle et le sanctuaire qui l'abrite.
2.1.4 Le précédent romain : Élagabal
Un exemple frappant de la prévalence de ce genre de pratiques se trouve dans l'histoire du dieu Élagabal mis en avant par l'empereur romain Héliogabale (218-222) Solide.
Héliogabale était un empereur romain arabe originaire de Syrie qui a essayé d'introduire et de promouvoir le culte d'un dieu nommé Élagabal (de l'arabe Ilāh al-Jabal, « Dieu de la Montagne »). Cassius Dio rapporte que pour gagner en pureté auprès d'Élagabal, Héliogabale s'est circoncis lui-même, a juré de ne pas consommer le porc et a obligé les sénateurs à l'observer danser en cercle autour de l'autel d'Élagabal.
Chaque solstice d'été était le théâtre d'un festival en l'honneur d'Élagabal pendant lequel il plaçait une pierre noire sur un chariot décoré d'or et de pierres précieuses et paradait en conduisant personnellement le chariot à travers la ville.
Tout ceci se passe 400 ans avant l'Islam.
Les météorites étaient également utilisées dans d'autres sociétés telles que la Chine ancienne, les Amérindiens ou encore les Hittites — qui distinguaient le AN.BAR (« fer du ciel », mésopotamien) ou bia-n-pet (égyptien : « métal du ciel »), réputé pour la maniabilité de son alliage fer-nickel.
2.1.5 La nature de la Pierre Noire actuelle
La Pierre Noire de la Kaaba est traditionnellement considérée comme étant une météorite, mais :
- Le Royaume d'Arabie Saoudite n'a jamais autorisé aucune expertise scientifique moderne sur la pierre.
- Selon certaines analyses anciennes citées par plusieurs auteurs, la pierre pourrait être une « pseudo-météorite » (pierre terrestre prise à tort pour une météorite), mais aucune analyse moderne autorisée n'a été effectuée Minoritaire.
- Selon des récits traditionnels, en 930-951, lorsque les Qarmates ont volé la pierre noire et l'ont brisée en plusieurs morceaux, l'on aurait observé que les morceaux flottaient sur l'eau — anecdote rapportée par les chroniques mais non vérifiable scientifiquement Contesté.
2.1.6 Histoire mouvementée : Abd Allah ibn al-Zubayr
Abd Allāh ibn al-Zubayr est une figure centrale dans l'histoire de l'Islam au début de la période omeyyade. Fils de Zubayr ibn al-‘Awwām (compagnon proche du Prophète) et d'Asma bint Abi Bakr (fille du premier calife), il devient l'un des principaux opposants aux Omeyyades après la mort de Mu‘āwiya en 680 et l'avènement de Yazīd.
Sa rébellion dure de 680 à 692. Il contrôle La Mecque et Médine, ainsi que plusieurs régions de la péninsule, de l'Irak et même de l'Égypte.
En 683, lors du siège de La Mecque par les troupes omeyyades dirigées par le général al-Ḥajjāj ibn Yūsuf, la Kaaba est endommagée par des catapultes, et la Pierre Noire est brisée en plusieurs morceaux. Selon certaines sources, après la destruction partielle, les fragments de la Pierre Noire sont récupérés et conservés par Abd Allah ibn al-Zubayr.
En 692, après des années de conflit, Abd Allah ibn al-Zubayr est finalement vaincu lors de la bataille de La Mecque. Les forces omeyyades reprennent la ville. Abd Allah est tué au combat et son corps est exposé publiquement à Damas.
Après sa mort, la Kaaba est reconstruite par les Omeyyades sous la supervision d'al-Ḥajjāj, et la Pierre Noire est réassemblée et replacée. Bien que brisée, elle est scellée dans un cadre en argent qui est encore visible aujourd'hui.
2.2 La Kaaba et ses sanctuaires « sœurs »
La Kaaba de La Mecque n'était pas unique en Arabie pré-islamique. Le terme « Kaaba » signifie simplement « cube » en arabe, et désignait par extension les sanctuaires de forme cubique — dont plusieurs existaient en Arabie et alentour.
2.2.1 Histoire mouvementée de la Kaaba mecquoise
L'histoire de la Kaaba est jalonnée de destructions et reconstructions :
- 603 : endommagée par incendie et inondations ; reconstruite par les Quraysh, qui modifient la forme rectangulaire originale, surélèvent la porte et ajoutent un toit en bois sur six piliers Solide nuancé.
- 683 : bombardée par les catapultes omeyyades pendant la rébellion d'Ibn al-Zubayr.
- 692 : reconstruite par al-Ḥajjāj sous les Omeyyades.
- 930 : la Pierre Noire est volée par les Qarmates ; rendue en 951 brisée en plusieurs morceaux Solide.
- 1626-1627 : trois murs s'effondrent suite à des inondations.
Selon la biographie de Mahomet, la Kaaba était originellement rectangulaire et non cubique, et sans toit. Le Ḥaṭīm, un demi-cercle construit en face de la Kaaba, était présent et semble avoir disparu au gré des reconstructions.
2.2.2 Le roi Tubba et le Kiswah
C'est le roi Tubba du Yémen qui aurait instauré l'habitude de couvrir la Kaaba quelques siècles plus tôt. Il aurait initialement utilisé des feuilles de palmiers, puis aurait remplacé cela par un drap/tissu, le Kiswah.
2.2.3 Pratiques pré-islamiques à la Kaaba
Le Hajj et la Umra existaient déjà comme pratiques de la matrice religieuse « païenne » de la zone. Le dieu principal Hubal était glorifié au travers d'un puits, Al-Akhsaf, qui se trouvait au centre de la Kaaba. Ce puits servait dans le cadre de plein de rituels et de résolution de problèmes :
- Cléromancie (istiqsām) ;
- Bélomancie (divination par les flèches au nombre de 7) ;
- Sacrifices de chameaux au-dessus du puits, dont on faisait couler le sang dans le puits ;
- Offrandes diverses.
Les sources islamiques disent que ‘Amr bin Luḥayy est celui qui a placé la statue de Hubal dans la Kaaba. Il aurait effectué un voyage en Syrie dans le nord de la péninsule arabique et la statue d'Hubal lui aurait été donnée pour que la pluie tombe plus souvent là d'où il vient. Les autres membres des Quraysh firent de même, et bientôt des statues des trois filles d'Allah vinrent, ainsi que celles de Quzaḥ, Shams, ou encore Sayin.
Certaines sources rapportent qu'à l'intérieur de la Kaaba se trouvaient :
- Des cornes de bélier ;
- Des peintures de Marie avec l'enfant Jésus ;
- Abraham avec des flèches divinatoires à la manière d'Hubal ;
- Des images d'arbres ;
- Des figures d'anges et d'esprits originaires des 4 coins d'Arabie.
2.2.4 Les autres « Kaabas »
| Sanctuaire | Localisation | Divinité | Destin |
|---|---|---|---|
| Kaaba de La Mecque | La Mecque | Hubal puis Allah | Islamisée |
| Dhul-Khalaṣa | Tabala (Yémen) | « Kaaba blanche », divination | Détruite par Jarīr ibn ʿAbdullāh al-Bajalī sur ordre de Mahomet (632) — Sahih al-Bukhari 3020, 4355 |
| Kaaba de Najran | Sud-Ouest | Église cubique chrétienne miaphysite (« Hall des poètes »), gardée par la tribu d'Al-Ḥārith | Conquise |
| Kaaba de Sindād | Mésopotamie | Selon Ibn al-Kalbī, sanctuaire gardé par la tribu d'Iyād | — |
| Kaaba de Ghaymān | Sud de l'Arabie | Pierre rouge (peu d'informations) | — |
| Kaaba d'al-Mushallal | Sud de La Mecque | Manāt | Détruite par Sa‘d bin Zaid sur ordre de Mahomet |
| Kaaba de Dūmat al-Jandal | Nord | Wadd | Détruite |
| Sanctuaire d'Allat à Tā'if | Hijaz | Pierre cubique blanche, « Jardin du Hijaz » | Détruit |
| Sanctuaire d'Allat à Palmyre | Syrie | Cube + bélomancie similaire à Hubal | — |
| Sanctuaire d'Al-‘Uzzā à Nakhla | Hijaz | Pierre cubique à côté de trois acacias | Détruit par Khālid ibn al-Walīd |
| Ka'ba-ye Zartosht | Naqsh-e Rustam (Iran) | Temple zoroastrien cubique (Ve s. av. n. è.) | Existe encore |
| Nava Vihāra | Bactres (Afghanistan, ~200 EC) | Temple bouddhiste cubique avec tissu et pierre cubique vénérée — al-Kermānī, Kitāb al-Buldān | Détruit |
| « Kaaba » de Pétra (théorie Gibson) | Nabatène | Dushara — théorie de Dan Gibson Faible | — |
2.2.5 La Kaaba de Dhul-Khalaṣa : étude de cas
Dhul-Khalaṣa, également connue sous le nom de « Kaaba du Yémen » (Ka'ba al-Yamānīyya) ou « Al-Abalāt », était un temple et une idole vénérés par les tribus Bajila et Khath'am. Le nom Dhul-Khalaṣa signifie « possesseur de la pureté » et était associé à la divination et à la fertilité. Le temple était situé à Tabala et était considéré comme un rival direct de la Kaaba de La Mecque.
C'était non seulement un lieu de culte, mais aussi un centre de divination — surnommé « Dieu de la Rédemption ».
En avril-mai 632 EC (10 AH), Mahomet a ordonné la destruction de Dhul-Khalaṣa. Il a envoyé son compagnon Jarīr ibn ʿAbdullāh al-Bajalī avec une troupe de cavaliers (~150 selon certaines sources). Ils ont combattu et vaincu les gardiens du temple, en tuant plusieurs, ont démoli le bâtiment et l'ont brûlé.
L'incident est mentionné dans plusieurs collections de hadiths, y compris Sahih al-Bukhari 3020 et 4355 Solide. Malgré la destruction initiale, le culte de Dhul-Khalaṣa a été ressuscité à plusieurs reprises, notamment jusqu'en 1815. En octobre 1925, une campagne militaire a été menée pour détruire un bâtiment massif dédié à Dhul-Khalaṣa dans les montagnes de Daws.
Tout comme Dhul-Khalaṣa, les autres Kaabas présentes en Arabie ont également fait l'objet d'ordres de destruction et de démantèlement par Mahomet, qui s'en référait avec des expressions telles que « Tawāgīt » (« objets ayant franchi la ligne à ne pas franchir »).
2.2.6 Autres sanctuaires cubiques notables
Le temple de Diodore Siculus
L'historien grec Diodore Siculus (Ier s. av. n. è.) décrit un temple sur la côte nord-ouest de l'Arabie, « sacré pour tous les Arabes ». Cette description suggère l'existence de lieux de culte importants en dehors de La Mecque.
La Kaaba de Zoroastre
La Ka'ba-ye Zartosht (« Cube de Zoroastre »), située à Naqsh-e Rustam en Iran à côté du mausolée de Darius II, est un temple cubique construit pendant la période achéménide (~Ve s. av. n. è.). Bien qu'il ne soit pas en Arabie, sa forme cubique et son nom montrent des similitudes troublantes avec la Kaaba de La Mecque.
Nava Vihāra (Afghanistan, ~200 EC)
Temple bouddhiste. Dans Kitāb al-Buldān, al-Kermānī mentionne le fait qu'au VIIIe siècle le temple ressemblait énormément à la Kaaba de La Mecque : il était recouvert d'un tissu et avait en son sein une pierre cubique considérée comme sacrée. La pratique d'un rituel similaire au tawāf peut y être observée.
2.2.7 Conclusion sur les Kaabas
L'existence de multiples « Kaabas » suggère que la forme cubique et la pratique de la circumambulation étaient des éléments partagés du paganisme sémitique et levantin, repris et centralisés par l'Islam. La Kaaba mecquoise n'est ni unique, ni originale, ni d'origine abrahamique attestée — elle est l'une des dernières survivantes d'une tradition cultuelle régionale millénaire.
2.3 Le Hajj et la Omra : pèlerinages païens « halalisés »
L'Islam revendique le Hajj et la Omra comme des rites abrahamiques. Cependant, une analyse historique révèle des liens profonds avec des cultes païens préislamiques.
2.3.1 Le Hajj comme tradition pré-islamique
Avant l'Islam, ce pèlerinage existait déjà sous une forme différente. De nombreux peuples arabes pratiquaient des pèlerinages vers la Kaaba et d'autres sanctuaires. Les Quraysh organisaient déjà des rassemblements religieux autour de la Kaaba avant l'avènement de l'Islam. Sacrifices d'animaux, processions, Tawāf (circumambulation 7 fois autour de la Kaaba) étaient des éléments centraux des rites préislamiques.
Les anciens Arabes avaient pour habitude de :
- Se raser la tête ;
- Mélanger leurs cheveux avec du blé pour en faire du pain à offrir aux divinités ;
- Préformer le Tawāf ;
- Pratiquer le tawāf nu pour se purifier de péchés commis.
Le Coran lui-même reconnaît implicitement l'antériorité du sanctuaire en l'appelant « Maison ancienne » (bayt al-‘atīq, Sourate 22:29).
Dans Sahih al-Bukhari 1:8:365, Abu Raja al-‘Uṭāridī rapporte : « Aucun païen n'a le droit de performer le Hajj à partir de cette année, et personne n'est autorisé à pratiquer le Tawāf nu autour de la Kaaba. » Ce hadith est une reconnaissance directe du fait que les païens pratiquaient cela jusqu'à ce que Mahomet et le Coran (Sourate 9:28) ne le leur interdise Solide.
2.3.2 Tableau récapitulatif des rites païens islamisés
| Rite islamique | Origine préislamique attestée | Islamisation |
|---|---|---|
| Tawāf (circumambulation) | Pratiqué autour de la Kaaba pour purifier les pécheurs ; pratiqué nu par les païens (Bukhari 1:8:365) | Associé à l'unicité d'Allah ; nudité interdite (Sourate 9:28) |
| Sa‘ī (Safa et Marwa) | Collines abritant les idoles Isaf et Nā'ila (couple puni pour fornication près de la Kaaba selon la légende, transformés en pierres) Solide | Réhabilitées comme « signes d'Allah » (Sourate 2:158), associées à Hagar |
| Puits de Zamzam | Source sacrée vénérée par les païens | Associé à Hagar et Ismaël |
| Lapidation des stèles (Jamarāt) | Rites de lapidation païens | Réinterprétés comme rejet de Satan par Abraham |
| Rasage de tête (Taḥallul) | Pratiqué à al-Mushallal pour Manāt ; mélange des cheveux avec du blé pour pain rituel | Conservé comme fin de l'Iḥrām |
| Iḥrām (vêtement blanc) | Vêtement des prêtres païens à travers l'Antiquité | Symbolise la pureté devant Allah |
| Sacrifices | Sacrifices de chameaux dans le puits Al-Akhsaf de la Kaaba pour Hubal | Reformulés en sacrifice abrahamique |
| Tawāf du nouveau-né | Quand un bébé naissait, le leader de la tribu le prenait dans ses bras et performait le tawāf autour de la tente 7 fois pour protéger des Umm aṣ-Ṣubyān (démons féminins causant morts infantiles et fausses couches) | Disparu en tant que tel mais structure conservée |
2.3.3 La symbolique des pierres
Comme on peut le lire dans Sahih al-Bukhari 5:59:661, les Arabes avaient pour habitude de vénérer les pierres. La vénération des pierres, en particulier les météorites, était répandue dans les cultes païens de l'Arabie préislamique.
La recommandation faite par Mahomet de se laver les fesses avec des pierres après avoir déféqué (istinjā' avec des pierres en l'absence d'eau, istijmār) apparaît donc à la fois comme une insulte symbolique envers les pratiques anciennes et comme une manifestation de la volonté claire de se dissocier des pratiques païennes — tout en conservant l'essentiel des autres rites pierriers (Tawāf de la Pierre Noire, lapidation des Jamarāt).
2.4 Ramadan et Eid al-Fitr : racines préislamiques
2.4.1 Le jeûne pré-islamique
Le jeûne n'est pas une innovation islamique. Plusieurs communautés dans la péninsule arabique pratiquaient déjà le jeûne pour des raisons spirituelles et rituelles :
- Tribus arabes païennes : observaient des périodes de jeûne liées à des cycles agricoles, des événements naturels, ou pour apaiser leurs dieux. Le jeûne était perçu comme un acte de purification afin de demander la pluie ou l'abondance.
- Certains récits rapportent que des tribus païennes jeûnaient lors de la pleine lune ou pendant les mois sacrés (Dhū al-Qi'da, Dhū al-Ḥijja, Muḥarram, Rajab) qui étaient des périodes de trêve tribale — ces mois sacrés sont mentionnés dans Coran 9:36.
- Hisham ibn al-Kalbī note que la tribu de Ṭayy pratiquait le jeûne en tant que symbole de respect envers le dieu Al-Ya‘būb.
2.4.2 Influence judéo-chrétienne directe
Le jeûne faisait partie des pratiques religieuses des communautés juives et chrétiennes de la région. Les Juifs pratiquaient le jeûne de Yom Kippour, tandis que les chrétiens observaient le Carême (40 jours).
Sahih al-Bukhari 2004 : « Le Prophète, lorsqu'il arriva à Médine, trouva que les Juifs jeûnaient le jour de ‘Ashūrā. Il leur demanda pourquoi ils le faisaient. Ils répondirent : "C'est un jour béni. C'est le jour où Allah a sauvé les enfants d'Israël de leur ennemi, alors Moïse a jeûné ce jour-là." Le Prophète dit : "Nous avons plus de droits sur Moïse que vous." Il jeûna donc ce jour-là et ordonna aux musulmans de faire de même. »
Le Ramadan comme jeûne obligatoire est introduit après la rupture avec les Juifs de Médine et le changement de qibla (Sourate 2:183-187). C'est une substitution au ‘Ashūrā d'origine juive.
2.4.3 Eid al-Fitr et festivités lunaires
Dans la péninsule arabique, les festivités associées aux cycles lunaires et aux récoltes étaient courantes. Les tribus célébraient la fin des cycles agricoles par des festins, des danses et des rassemblements communautaires — préfiguration directe de l'Eid al-Fitr.
Le calendrier lunaire sabéen a fortement influencé le calendrier islamique. Les Sabéens pratiquaient déjà des jeûnes liés aux phases de la lune, ainsi que des rites de purification et de jeûne avant les grandes célébrations religieuses.
2.5 Astres et divinités
Depuis les débuts de la civilisation mésopotamienne, l'observation du ciel et des astres était centrale. Trois astres dominaient : le Soleil (jour), la Lune (nuit) et Vénus (« étoile du matin / étoile du soir »).
| Astre | Divinité(s) arabes | Trace islamique |
|---|---|---|
| Lune | Sayin (Hadramawt), Wadd (Ma‘in), Almaqah (Saba), Hilāl, Qamar, Warakh | Calendrier islamique lunaire, croissant comme symbole, début/fin du Ramadan |
| Soleil | Shams | Représentait la dureté du désert (peu vénéré comparativement) |
| Vénus | Athtar / Al-‘Uzzā (dualité matin/soir) | Vénération antique massive |
| Mercure | ‘Uṭārid = mésopotamien Nabu (« l'Annonceur », fils de Marduk, dieu des prophéties, de la sagesse, de l'écriture et de la loi) | Le mot arabe nabī (« prophète ») dériverait de Nabu |
| Mars | Amrakh (« celui avec des taches rouges ») | Sang, guerre |
| Jupiter | Al-Mushtarī (« le digne de confiance ») | Chance, croissance lente |
| Saturne | Zuḥal (« le Lent ») | Agriculture, fertilité, monde des morts |
2.5.1 Les étoiles vénérées
Ath-Thurayyā (les Pléiades)
Amas ouvert d'étoiles observable des deux hémisphères. Les anciens Arabes faisaient débuter leur calendrier ancien (calendrier des anwā', prédécesseur du manāzil al-qamar) avec l'apparition de cette « déesse ». Lorsque les Arabes voyaient apparaître Ath-Thurayyā dans le ciel, ils montaient dans les montagnes pour prier, car son apparition signifiait que la saison des pluies allait arriver. Selon certaines traditions tardives, les tribus Mīsam et Tamīm croyaient que l'étoile Aldebaran (Al-Dabarān, « celui qui suit ») était l'amoureux et suiveur d'Ath-Thurayyā Minoritaire.
Ash-Shi‘rā (Sirius)
L'étoile la plus brillante du ciel, cruciale pour la navigation dans le désert pendant la nuit. Si elle disparaissait du ciel, cela annonçait que la pluie allait tomber. La vénération de Sirius était tellement poussée qu'elle est mentionnée explicitement par le Coran Solide :
Sourate An-Najm 53:49 : « …et Lui seul est le Seigneur de Sirius (Ash-Shi'rā) »
Al-Ghūl (Algol)
L'étoile Algol (variable céphéide), remarquable par sa variation d'éclat tous les 2 jours, 2 heures, 40 minutes, durant laquelle elle passe de la 2e à la 4e grandeur, était connue des Arabes sous le nom Al-Ghūl (« le démon ») Solide. Ayant cette particularité d'être brillante puis de baisser en intensité, voire de disparaître durant une nuit éclairée, cela faisait peur aux Arabes.
Lorsque Algol disparaissait, l'on pensait que le démon descendait sur Terre pour commettre de mauvaises actions : attaquer des tombes, dévorer des corps fraîchement enterrés, rôder en ayant pour proies les enfants et voyageurs solitaires à travers le désert. Les Arabes n'allaient jamais à la guerre lorsque la lumière d'Al-Ghūl était faible.
2.5.2 Les arbres sacrés
Les arbres étaient sacralisés à cause du fait qu'ils indiquaient où trouver de l'eau, mais aussi pour les écosystèmes qu'ils soutenaient. Plusieurs types :
- Zarūr : petits arbres épineux de la taille d'un homme, sur lesquels les bédouins accrochaient des tissus et des vêtements, et devant lesquels ils sacrifiaient des animaux pour des rituels de guérison.
- Manāhil : arbres considérés comme des endroits où les anges descendaient se reposer. Les anges feraient tomber par inadvertance des bouts de messages divins, et donc ceux qui s'endormaient sous ces arbres pouvaient recevoir ces messages sous la forme de songes prophétiques.
- Dhātu-Anwāṭ : les Arabes vénéraient cette divinité sous la forme d'un arbre sacré à La Mecque, symbolisé par une grande idole sous forme de lotus située entre La Mecque et Yathrib, en pendant leurs épées et bijoux sur les branches de son arbre.
2.5.3 Échos dans la théologie islamique
Dans la théologie islamique, on retrouve :
- Ṭubā : un arbre au paradis sur lequel poussent tous les fruits du monde ;
- Shajarat al-Ḥayāt : l'arbre de la Vie ;
- Sidrat al-Muntahā : l'arbre qui marque la barrière du septième ciel — aucune création ne peut le passer.
2.5.4 Le chiffre 7
Le concept des « 7 cieux » et « 7 terres » est syncrétique. Le chiffre 7 était sacré dans plusieurs civilisations de la zone : Arabie pré-islamique, judaïsme, religions sémitiques.
Cela vient de l'influence de la culture mésopotamienne dans laquelle il représente l'exhaustivité, l'intégralité et la totalité. Le mot sumérien pour 7 est Imin. En akkadien il correspond au mot Kiššatum signifiant « Monde » et « Univers ». Chez les Babyloniens, en plus du fait que la plupart des rituels incorporaient le chiffre 7, l'univers lui-même est décrit comme étant composé de 7 cieux et 7 terres — exactement comme dans le Coran (65:12, 71:15).
2.6 Le lien avec la Mésopotamie, la Phénicie, l'Éthiopie pré-axoumite
2.6.1 Influences mésopotamiennes
| Élément mésopotamien | Trace arabe |
|---|---|
| Panthéon structuré (Anu, Enlil, Enki) | Hubal/Allah comme suprême + sous-divinités |
| Sin (dieu lunaire akkadien, aussi Nanna en sumérien) | Sayin, Wadd, Almaqah |
| Shamash (dieu solaire) | Shams |
| Ishtar / Inanna (déesse amour-guerre-fertilité) | Al-‘Uzzā / Athtar |
| Hadad (dieu de l'orage, IIIe millénaire av. n. è. à Ebla) | Quzaḥ, Hubal/Baal |
| Bétyles | Anṣāb, Masgida, Duwār, Pierre Noire |
| Cosmologie 7 cieux / 7 terres | Coran 65:12, 71:15 |
| Anunnaki (assemblée divine céleste) | « Armée des cieux » coranique |
2.6.2 Le panthéon phénicien
Les Phéniciens, célèbres marins et commerçants, ont diffusé leur culture religieuse à travers le bassin méditerranéen. Leur religion centrée sur :
- Baal (fertilité et ciel) ;
- Astarté (amour et guerre) ;
- Melqart (protecteur de Tyr, parfois assimilé à Hercule) ;
- El (suprême) ;
- Eshmun (guérison).
Influences sur l'Arabie : Baal et Astarté ↔ Al-‘Uzzā et Allat ; pratique des bétyles et piliers sacrés ; temples cubiques ; sacrifices.
2.6.3 L'Éthiopie pré-axoumite
| Divinité éthiopienne | Rôle |
|---|---|
| Waaq (Waqa) | Créateur, divinité céleste — parfois vue comme entité monothéiste avant l'introduction du christianisme et de l'islam |
| Ashtar (Astar) | Fertilité, amour, guerre — équivalent d'Astarté/Ishtar/Athtar |
| Beher | Mer et eaux |
| Meder | Terre et fertilité |
| Mahrem | Guerre et royauté |
| Atete | Maternité, protection des enfants |
| Ilmuqah | Lune (équivalent direct d'Almaqah sabéen) |
2.7 Tableau récapitulatif des divinités partagées
Athtar / Astarté / Ishtar / Ashtar
- Athtar/Al-‘Uzzā (Arabie) : fertilité et orage ;
- Astarté (Phénicie) : amour, guerre, fertilité ;
- Ishtar (Mésopotamie) : amour, guerre, fertilité ;
- Ashtar (Éthiopie pré-axoumite) : fertilité.
Sin / Sayin / Almaqah / Ilmuqah / Wadd / Allah-Hubal
- Sin (Mésopotamie) : lune ;
- Sayin (Arabie) : lune ;
- Almaqah (Sud Arabie) : lune ;
- Ilmuqah (Éthiopie pré-axoumite) : lune ;
- Wadd (Sud Arabie) : amour, lune ;
- Allah/Hubal (Nord Arabie) : déité suprême souvent associée à la lune.
Baal / Hubal / Bel
- Baal (Phénicie) : fertilité, orage, ciel ;
- Hubal (Nord Arabie) : pluie, divination ;
- Bel (Mésopotamie) : tonnerre, taureau.
Hubal a une consorte, une « Al-Lāt » — faisant écho à l'urgence coranique de spécifier qu'Allah n'a pas de compagne (Sourate 17:111, Sourate 6:101).
PARTIE III — LE PANTHÉON ARABE, SES DIVINITÉS, SES JINNS
3.1 Hubal, seigneur de La Mecque
Hubal était la divinité tutélaire de la Kaaba et des Qurayshites après avoir notamment remplacé des divinités tels que Zuḥal ou Manāf. Vénéré à la Kaaba en tant qu'idole principale ayant autorité sur toutes les autres, ses faveurs étaient sollicitées dans des rituels visant à apporter la pluie et la fertilité.
3.1.1 Sa filiation : Hadad → Baal → Hubal
Hadad
Pour introduire Baal, il faut d'abord parler de Hadad :
- Dieu extrêmement ancien, déjà vénéré au IIIe millénaire av. n. è. en Mésopotamie, dans la ville d'Ebla ;
- Son culte pourrait remonter au Xe millénaire av. n. è.
À Ougarit, il est vu comme une divinité de l'orage et du ciel, intrinsèquement lié au passage du temps et à l'alternance des saisons. Selon la mythologie ougaritique, Hadad combat Yamm (dieu de la mer) et Môtu (dieu de la mort). Môtu parvient à le vaincre et même à le tuer. La sœur/amante d'Hadad, Anatu, à la manière d'Isis et Osiris, le ressuscite et découpe Môtu en morceaux.
Cette théomachie (guerre entre dieux) est le symbole de l'alternance des saisons. Hadad était représenté parfois comme un taureau, veillant à la fertilité des troupeaux aux côtés de sa sœur Anatu.
Baal Hadad
Le terme Baal apparaît originellement en Mésopotamie, sa première attestation connue remonte à 2000 av. n. è. Il tire ses origines de l'akkadien Bēl, qui renvoyait aux concepts de « seigneur, maître, supérieur ». Avant de désigner un dieu spécifique, Baal était un titre qui désignait des personnes ou dieux en position d'autorité.
Baal Hadad (« le maître Hadad ») était le dieu prééminent de la guerre et de la pluie dans le Moyen-Orient et était symbolisé par le taureau et le tonnerre. À force d'être associés, Hadad et Baal finissent par se confondre.
À partir de 1200 av. n. è., Baal devient l'appellation principale du dieu. Cela dit, de nombreuses variantes existent selon les endroits :
- Baal : Phéniciens, Cananéens, Ugaritiens ;
- Bol : Syriens ;
- Inscriptions de Karatepe (Turquie sud, VIIIe s. av. n. è.) : Baal Karantarysh ;
- Stèle phénicienne de Kilamuwa : Baal Samad ;
- al-Haddah dans le nord de l'Arabie ;
- Haddam ou Bal dans le sud de l'Arabie.
Le nom du général carthaginois Hannibal signifie littéralement « qui a la faveur de Baal ».
L'épithète « Rammanu » → Ar-Raḥmān
L'épithète mésopotamienne de Hadad, Rammanu (« Celui qui fait descendre le tonnerre »), attesté dès le IIe millénaire av. n. è., est étymologiquement lié à Raḥmān. On en retrouve les variantes :
- Chez les Araméens de Syrie : Rimmōn ;
- Chez les Sabéens : Ramān ;
- Chez d'autres Arabes du sud : Raḥmān ou Raḥmānān — traduit en « Le Miséricordieux » (car il apporte la pluie).
À Himyar, il arrivait que l'on se réfère à Jésus comme étant « HaRachaman le fils de Raḥmānān ».
Ce titre est devenu l'un des épithètes principaux d'Allah dans le Coran : « Ar-Raḥmān » Solide nuancé.
Baal, ennemi de YHWH et démon
Baal devient peu à peu une figure sombre de par son opposition biblique à YHWH. Selon la Bible, les Israélites se détournaient de leur dieu principal YHWH en vénérant le dieu cananéen Baal.
À l'origine, YHWH était lui aussi un dieu de la foudre et de la montagne. Afin de se démarquer et pour justifier de la foi monothéiste, il était important de marquer la spécificité de YHWH. Le dieu Yahvé appartenait à un panthéon polythéiste, et son culte a pris peu à peu de l'importance, faisant passer le proto-judaïsme du polythéisme à l'hénothéisme, puis à la monolâtrie, pour finir par devenir un monothéisme. Selon Israel Finkelstein, ce basculement aurait eu lieu sous le règne du roi Josias (VIIe s. av. n. è.).
On associe donc Baal à des idoles dans un sens très péjoratif : ils détournent les prières qui doivent être adressées au seul véritable seigneur, YHWH.
Dans l'Islam, le récit du prophète Ilyās (Élie) dans la Sourate 37, dans lequel Ilyās accuse le peuple de s'être détourné de Dieu pour le culte de Baal, rappelle directement l'épisode biblique.
Cette opposition va petit à petit transformer Baal en démon prominent de la démonologie chrétienne, devenant le bras droit de Satan (Belzébub/Belzéboul). Au XIVe siècle, Sainte Françoise Romaine écrit dans son Traité de l'enfer que Belzébuth est un ange déchu devenu un des généraux infernaux. Au XVIIe siècle, John Milton, dans le Paradis perdu, fait de lui le bras droit de Satan.
3.1.2 Hubal en détail
| Élément | Description |
|---|---|
| Origine | Importé de Syrie/Moab (Ibn Ishaq) ou de Hīt en Mésopotamie (al-Azraqi) Solide nuancé |
| Lien étymologique avec Baal | Hypothèse défendue par Hitti, mais l'étymologie de « HBL » reste incertaine (« vapeur, esprit » en araméen, ou « vanité » en hébreu) Contesté |
| Représentation | Statue en cornaline rouge, main droite endommagée remplacée par une main en or par les Quraysh |
| Fonction | Divination par les flèches (bélomancie, 7 flèches marquées dont sariḥ « pur » et mulṣaq « pièce rapportée ») ; dieu de la pluie et de la fertilité |
| Titre | « Seigneur de la Ka‘ba » |
La promesse d'Abd al-Muṭṭalib
Une légende célèbre raconte qu'Abd al-Muṭṭalib, le grand-père de Mahomet, ayant promis en sacrifice un de ses fils à Hubal pour le remercier de l'aide dans la redécouverte du puits de Zamzam, s'est retrouvé face à un dilemme lorsque la flèche désigna Abdallah, père de Mahomet Solide nuancé.
Sur les conseils d'une devineresse, Abd al-Muṭṭalib offrit alors cent chameaux pour épargner la vie de son fils. Ce rituel se répéta jusqu'à atteindre mille chameaux, qu'il sacrifia finalement pour honorer sa promesse, épargnant ainsi Abdallah.
Sans cette pratique de bélomancie devant la statue de Hubal, Mahomet n'aurait jamais existé.
3.1.3 Sourate 27:91 et le « Seigneur de cette ville »
Sourate An-Naml 27:91 : « Il m'a seulement été commandé d'adorer le Seigneur de cette ville [La Mecque] qui Lui a rendu sacrée, et à qui tout appartient. Et il m'a été commandé d'être du nombre des musulmans (soumis). »
Ce verset s'inscrit dans un discours adressé par Mahomet, affirmant sa mission de serviteur de Dieu. Selon les sources musulmanes, La Mecque était sous l'autorité tutélaire de Hubal avant l'islam ; cela ne signifie pas pour autant que pour Mahomet « Allah = Hubal ». Les Quraysh reconnaissaient Allah comme dieu suprême créateur, distinct de Hubal vénéré à la Kaaba (cf. Patricia Crone et Nicolai Sinai) Contesté.
3.1.4 Al-Bā'lī : la deuxième divinité de la Kaaba
Il y avait une autre divinité à la Kaaba nommée Al-Bā'lī, associée avec l'eau et connue pour sa connection avec les plantes nourries par des sources souterraines. « Hubal » en arabe peut également être traduit par/ou renvoyer aux concepts de vapeur d'eau ou source d'eau.
3.2 Les « Filles d'Allah » : Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt
Le Coran (Sourate 53:19-23) fait référence aux trois déesses en critiquant la logique des Arabes polythéistes. Les Arabes avaient horreur de ne se retrouver qu'avec des filles en termes de progéniture. Le Coran soulève le paradoxe selon lequel, malgré cette préférence affichée pour les garçons, ils attribuaient à Allah des filles.
La réalité est qu'alors qu'Hubal est parvenu à être la divinité principale de La Mecque, il n'était pas le dieu le plus important chez les polythéistes arabes des alentours et de localités plus lointaines.
Les Arabes croyaient en plusieurs dieux mais les divinités les plus célèbres restaient la triade de déesses Al-Lāt, Al-‘Uzzā et Manāt.
3.2.1 Al-Lāt (« La Déesse »)
Les Arabes du nord de la péninsule l'appelaient :
- Umm-al-Ālihah (« Mère des dieux ») ;
- Ar-Rabbat (« La Dame »).
Les Himyarites l'appelaient Athiratan et Ilāt, alors qu'en Syrie on l'appelait Elat. À Canaan elle était Ashera et pour les Phéniciens elle était Aretsaya : elle symbolisait Ardh et Aretz, représentant la Terre elle-même. Les Carthaginois l'appelaient Allatu et en Anatolie les Hourrites l'appelaient Allani.
Al-Lāt était associée à la fertilité de la terre très vénérée à travers la péninsule arabique. Son temple appelé le « Jardin du Hijaz » situé à Tā'if était représenté par un bloc de pierre cubique.
Dans son jardin, les êtres humains n'avaient pas le droit de prendre de fruits, de chasser d'animaux ou de commettre de mauvaises actions sous peine d'encourir le courroux de la Dame.
Il s'agissait d'un site de pèlerinage connecté aux routes commerciales de la région. Ce temple fut détruit sur ordre de Mahomet, qui a fait établir un blocus sur la ville de Tā'if jusqu'à ce que ses habitants abandonnent et se convertissent à l'Islam.
L'inclusion d'Allat dans l'expression « filles d'Allah » comme construction tardive
L'inclusion d'Allat parmi les « filles d'Allah » semble être tardive car Al-Lāt signifie « la Déesse » (le t à la fin renvoie au fait que le sujet est féminin), et était la femme d'Allah de la même manière que ses « versions » étaient les femmes du Dieu principal des différents panthéons du Proche et Moyen-Orient :
- Ashera était la femme d'El Elyon dans la tradition de Canaan ;
- Ashera était la femme de YHWH dans l'ancienne tradition hébraïque ;
- Ashratum était la femme d'Amurru dans la tradition Amorite ;
- Elat était la femme d'El dans la tradition d'Ougarit ;
- Allat semble donc avoir été la femme d'Allah (quel qu'il soit, vu qu'Allah est le titre donné au dieu le plus prévalent du panthéon).
3.2.2 Al-‘Uzzā (la Force et la Protection)
Dans l'ancienne ville de Nakhla (aujourd'hui Qudaid), Al-‘Uzzā était représentée par 3 acacias sacrés et était associée à la planète Vénus.
Elle était la déesse de la protection et les gens la priaient pour solliciter son action protectrice qu'il s'agisse de guerre, de santé ou même d'amour dans le mariage. Des animaux étaient sacrifiés sur des pierres avant d'aller au combat afin qu'Al-‘Uzzā puisse protéger les combattants. Des offrandes étaient également faites dans des cas où des parents souhaitaient la guérison d'un enfant.
Cette dualité d'Al-‘Uzzā, à la fois guerrière et nourricière, est un rappel de ses origines mésopotamiennes. Al-‘Uzzā s'apparente à la déesse Ishtar, très présente dans le Moyen-Orient.
Vénus et le double aspect masculin/féminin
Cette dualité provient du mouvement de Vénus dans le ciel. La planète apparaît dans le ciel matinal pendant quelques mois et disparaît, puis réapparaît dans le ciel du soir pendant quelques mois.
Par moment, la planète revêtait un aspect masculin sous la forme du dieu Athtar quand elle était « l'étoile du matin », et elle était Ishtar/Al-‘Uzzā sous sa forme féminine quand elle était « l'étoile du soir ».
L'assassinat d'Al-‘Uzzā par Khālid ibn al-Walīd
Mahomet a ordonné à Khālid ibn al-Walīd d'aller à Nakhla pour se débarrasser d'Al-‘Uzzā. Après avoir détruit l'un des trois acacias, il rapporte l'action à Mahomet qui demande si quelque chose de bizarre arrive. Khālid réponds par la négative.
La même scène se répète lorsqu'il coupe le deuxième acacia.
Lorsqu'il essaye de couper le troisième arbre, une femme noire enragée se présente à lui et est identifiée par le gardien du temple soit comme étant Al-‘Uzzā elle-même, soit comme la gardienne du temple.
Khālid ibn al-Walīd décapite la dame et tue le gardien du temple avant de couper le troisième acacia. Mahomet déclarera alors la fin du culte qui lui était voué (récit chez Ibn al-Kalbī, Kitāb al-Aṣnām, et Ibn Ishaq) Solide nuancé.
3.2.3 Manāt (la déesse du Destin)
Dans certaines traditions, Manāt est dite la plus ancienne du trio, n'ayant pour aîné qu'Allah lui-même Contesté. Elle était dépeinte comme étant une vieille femme fragile et maigre pratiquant la magie et le chamanisme.
Elle détermine le sort des vivants, écrit le destin et prédit leur mort. Son nom vient de l'ancien arabe Manā signifiant « celui qui détermine ».
Les serments effectués en son nom étaient des plus solennels car mentir en son nom garantissait la fin de la vie de l'intéressé.
Manāt et ses sœurs
Dans certaines histoires, Manāt avait deux sœurs : Qaysha et Taraha. Ce trio s'assurait que les morts ne reviennent pas à la vie en surveillant les tombes, empêchant par la même occasion les voleurs de tombes d'agir, et maudissant ceux qui avaient assez de témérité ou de folie pour braver leur courroux.
Le sanctuaire d'al-Mushallal
Son idole principale était située dans un temple appelé Al-Mushallal, situé entre La Mecque et Yathrib (Médine). Un hajj était performé en son honneur par les tribus locales et ceux qui recherchaient sa bénédiction. Les pèlerins :
- Se rasaient le crâne ;
- Mélangeaient leurs cheveux avec du blé afin d'en faire du pain pour la déesse.
Cette pratique était importante car elle symbolisait dans la vie du croyant un changement majeur, et était pratiquée à la suite de décisions « irréversibles ». Les Arabes pratiquaient aussi le tawāf nu pour se purifier des péchés commis.
La destruction du sanctuaire de Manāt
Durant le même mois durant lequel Mahomet ordonna la destruction du temple d'Al-‘Uzzā, il ordonna à Sa‘d bin Zaid d'aller à al-Mushallal pour détruire Manāt.
Selon la légende, une femme noire serait apparue devant lui, nue, agitée et se frappant la poitrine. Il la tua sur le champ, détruisit l'idole et le temple et retourna en informer Mahomet.
Quzaḥ, mari de Manāt
Le mari de Manāt était Quzaḥ, un dieu des tonnerres et des nuages ayant son temple à Muzdalifah. Il était imaginé comme un archer géant situé dans les nuages.
Les gens de La Mecque croyaient que les arcs-en-ciel après un orage étaient des échelles qui montaient aux cieux. Le terme Qaws Quzaḥ signifiant « arc de Quzaḥ » est encore utilisé pour désigner les arcs-en-ciel en arabe.
Quzaḥ vient de Qos, le dieu des orages des Édomites Solide nuancé. Chez les Nabatéens, Qos était dépeint avec des taureaux et brandissant un tonnerre, similaire au dieu Baal.
3.2.4 Le trio de sœurs : un parallèle structurel
Le trio de sœurs avec :
- Al-Lāt qui crée,
- Al-‘Uzzā qui protège et détruit,
- Manāt qui détermine la fin de vie,
présente un parallèle structurel souvent noté avec les Moires grecques, les Parques romaines, les Nornes scandinaves ou Brigit irlandaise — sans qu'aucune filiation historique directe ne puisse être démontrée Minoritaire.
| Tradition | Trio |
|---|---|
| Grèce | Clotho, Lachésis, Atropos |
| Rome | Nona, Décima, Morta (Maurtia) |
| Scandinavie | Urd, Verdandi, Skuld (Nornes) |
| Irlande | Brigit (la Guérisseuse, la Forgeronne, la Poétesse) |
| Arabie | Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt |
3.3 Les autres divinités importantes
| Divinité | Rôle | Parallèle |
|---|---|---|
| Wadd | Dieu de l'amour et de l'amitié | Dieu lunaire du Sud, vénéré à Dūmat al-Jandal |
| Nasr | Dieu vautour | Sud-Arabique |
| Yaghūth | Dieu lion | Sud-Arabique |
| Suwā‘ | Déesse féminine | Polythéisme arabe pré-islamique |
| Yaʿūq | Dieu cheval | Sud-Arabique |
| Anbay | Dieu de la justice | Saba |
| Ta'lab | Dieu de la montagne et des tribus | Saba |
| Dhātu-Ḥimyam | Déesse solaire | Himyar |
| Dushara | Dieu principal nabatéen | Pétra |
Ces cinq derniers — Wadd, Suwā‘, Yaghūth, Yaʿūq et Nasr — sont explicitement nommés dans le Coran (Sourate 71:23) comme idoles des contemporains de Noé, ce qui est anachronique mais révélateur de leur importance dans le panthéon arabe contemporain de Mahomet.
3.4 Les jinns : les divinités originales de l'Arabie
Les plus anciennes formes de divinités de l'Arabie sont les jinns. Selon certaines traditions arabes, les jinns seraient les habitants de la Terre qui précèdent la création des hommes.
3.4.1 Cosmogonie originelle
Selon des traditions tardives peu documentées dans les sources pré-islamiques contemporaines Minoritaire, les jinns auraient jadis régné sur la Terre après avoir combattu d'autres formes de vie :
- Les Hinns, faits de vent ;
- Les Binns, faits d'eau.
Ces traditions mentionnent également les Rimms et Timms comme étant similaires aux Néphilim bibliques (les géants nés de l'union des « fils de Dieu » et des « filles des hommes » dans Genèse 6).
3.4.2 Le mont Qāf et Jān ibn Jān
Selon une tradition islamique post-coranique Contesté, les anciens Arabes pensaient que les djinns étaient originaires d'une montagne légendaire située au coin de la Terre appelée le mont Qāf. Cette montagne était dirigée par un jinn appelé Jān ibn Jān, le plus ancien et le progéniteur de tous les jinns.
3.4.3 Nature des jinns
Les jinns sont des personnifications des forces naturelles. Il était dit qu'ils étaient :
- Faits de feu sans fumée (ou de fumée sans feu selon les traditions) ;
- Leurs voix étaient le vent dans les déserts ;
- Ils ne sont ni bons ni mauvais ;
- Ils possèdent le libre arbitre ;
- Ils sont sujets aux jugements des dieux, comme les humains.
Les jinns coexistent avec nous dans le monde sur un plan métaphysique qui nous empêche de les rencontrer ou de les voir. Ils habitent les oasis, les sources d'eau, les buissons, les rochers, et possèdent parfois des humains et des animaux.
3.4.4 Pratiques de protection
Les Arabes :
- Jetaient des pierres dans les buissons pour faire fuir les jinns ;
- Récitaient des incantations en passant devant les lieux supposés habités par eux.
Les animaux et surtout les serpents étaient considérés sacrés par les Djinns. Si un homme tuait un serpent, il devait préparer la statue d'un chameau en la remplissant avec des dattes et de l'orge et en la plaçant sur une montagne.
3.4.5 Les Sha'ir : sorciers contrôleurs de jinns
Les Sha'ir étaient des sorciers qui contrôlaient les jinns et afarīt à travers la poésie et la magie animale pour les garder à distance ou pour les utiliser contre leurs ennemis.
3.4.6 Tour détaillé des types de jinns
Les Qarīn
C'est une paire de jinns assignée à chaque humain :
- L'un bénévolent, nous conseillant de faire de bonnes actions ;
- L'autre malveillant, nous tentant et nous donnant de mauvais conseils.
Ce concept survit dans l'Islam : Mahomet aurait dit selon un hadith de Sahih Muslim qu'il avait lui-même un Qarīn, mais qu'Allah l'avait converti à l'Islam.
Les Marids
Ils étaient parmi les plus puissants des jinns. Lorsqu'ils s'approchent trop du paradis, les dieux les frappent avec des étoiles filantes que ces derniers utilisent comme projectiles — concept directement repris dans le Coran (Sourate 37:6-10, 67:5, 15:17-18).
Les Afarīt (Ifrīt)
Un autre groupe de jinns extrêmement puissants. Le mot Ifrīt apparaît dans le Coran (Sourate 27:39) où un Ifrīt parmi les jinns propose à Salomon d'apporter le trône de la reine de Saba.
Hātif
Un jinn bienveillant invisible qui nous prévient de dangers. Le terme survit dans l'arabe moderne (hātif signifie aujourd'hui « téléphone »).
Saʿīr
Un jinn ayant l'apparence d'un vieil homme avec un seul œil, de longues dents, des ongles couverts de fer et une barbe descendant aux genoux.
Waswās
Des jinns qui vivent dans l'air et qui sont responsables du son du vent. Le verbe arabe waswasa signifie « chuchoter de mauvaises pensées » — repris dans le Coran (Sourate 50:16, 114:4-5).
Iblīs
Le plus fameux des jinns, surtout à cause de l'Islam. Après la guerre contre les anges, certains jinns auraient été capturés par les anges. L'un d'entre eux, mû par sa fierté, refusa les ordres de Dieu lui demandant de se prosterner devant Adam (épisode central du Coran — Sourate 2:34, 7:11-18, 15:28-44, etc.).
Les Géants : Jabbirūn
Les Jabbirūn sont des géants immenses. Par exemple : Uj ibn Anaq. Ce personnage survit dans la tradition islamique, notamment dans les récits sur Moïse (Uj/Og dans la Bible — Nombres 21:33, Deutéronome 3:11).
Dulhath
Les Dulhath sont des démons humanoïdes chevauchant des autruches qui habitaient les côtes d'Arabie.
Ad-Dāmī
Des ogresses mangeuses de chair qui hantent les alentours des villages.
Shayāṭīn (les démons)
Les démons étaient nommés Shayāṭīn. Il était dit qu'ils étaient formés à partir du sang des gens assassinés.
Quelques exemples de Shayāṭīn nommés (selon des traditions tardives parfois influencées par la démonologie zoroastrienne ou kabbalistique Contesté) :
| Démon | Spécialité |
|---|---|
| Sūṭ ou Misūṭ | Le démon qui pousse les hommes à mentir |
| Dāsim | Crée les discordes chez les mariés |
| Zalambūr | Incite à la fraude |
| Awar | Tente les partenaires avec les plaisirs de l'infidélité |
| Tīr ou Thābir | Provoque des blessures physiques |
Divs
Les Divs sont des démons d'origine persane qui sont eux-mêmes des démonisations des Devas hindous. Dans le zoroastrisme persan, ils sont devenus des démons (cf. daēva en avestique). L'Islam hérite de cette inversion.
Pairī (ou Paries)
Les Pairī sont des fées d'origine persane, bienveillantes et « angéliques ». Des parallèles fonctionnels existent avec les Houris (ḥūr al-‘ayn) du paradis coranique, mais la filiation linguistique est rejetée par la plupart des sémitistes (l'étymologie de ḥūr est arabe, de ḥawira « être blanc des yeux ») Contesté.
3.4.7 Les jinns dans le Coran
Le Coran consacre une sourate entière aux jinns (Sourate 72, al-Jinn) et les mentionne dans 31 sourates. Ils sont :
- Créés de feu sans fumée (Sourate 15:27, 55:15) ;
- Capables de croire ou non (Sourate 72:11-15) ;
- Présents lors de la création d'Adam (Sourate 18:50) ;
- Salomon les domptait pour des travaux de construction (Sourate 34:12-14, 38:37-38) ;
- Source de waswās dans le cœur des humains (Sourate 114).
Cette massivité de la croyance aux jinns dans le Coran montre que l'Islam n'a pas effacé la démonologie arabe pré-islamique : il l'a intégrée et standardisée sous une forme monothéiste.
3.5 Cosmogonie et mythologie islamique
3.5.1 Cosmologie coranique
Selon le Coran et les hadiths :
- Allah crée le stylo/la plume (Qalam) et écrit le destin de la création (Sourate 68:1) ;
- Son trône est au-dessus des eaux (Sourate 11:7) ;
- 7 terres sont faites (Sourate 65:12) ;
- Elles sont comme des tapis (Sourate 71:19).
3.5.2 Nun la baleine, Bahamut, Falak
Que ce soit pendant la période pré-islamique ou dans les premiers temps de l'Islam, l'on croyait que le monde reposait sur le dos d'une baleine « Nūn » ou d'un énorme poisson nommé « Bahamūt » Solide.
Ce poisson servait de fondation pour notre monde et c'est par lui que nous flottons au-dessus des eaux du « Tihāmat » (l'océan du chaos).
À cause des mouvements de la baleine, la terre était instable ; donc Allah planta les montagnes afin que celle-ci soit stable (Sourate 78:6-7, Sourate 31:10).
Au-dessus de la baleine se trouvait également un taureau nommé « Kuyūta » sur le dos duquel il y avait un rubis. Sur ce rubis, un ange immense extrêmement puissant se tenait debout et portait sur ses épaules les 7 terres et 7 cieux qu'Allah avait faits.
En dessous du Bahamūt, dans les profondeurs de Tihāmat, là où se trouve le domaine du feu, résidait un grand dragon ou serpent géant nommé « Falak ».
Les sources principales
Cette cosmogonie est attestée dans les tafsirs classiques :
- al-Ṭabarī (sur Sourate 68:1) ;
- al-Qurṭubī (sur Sourate 68:1) ;
- al-Jalālayn (sur Sourate 68:1) ;
- Ibn Kathīr (sur Sourate 65:12 et 68:1) ;
- Kitāb al-Tawḥīd 594.
Influences sémitiques
L'influence sémitique est prépondérante. L'on peut reconnaître :
- Le concept du Behemoth israélien à travers Bahamūt (cf. Job 40:15-24) Solide nuancé ;
- Le Léviathan à travers Falak (cf. Job 41, Psaume 74:14, Isaïe 27:1) Solide nuancé.
L'histoire de création elle-même est similaire à celle de Marduk dans la mythologie babylonienne et dans l'Enūma Eliš. Marduk sépare l'eau douce de l'eau salée et fait 7 terres et 7 cieux.
3.5.3 Le ciel comme structure physique
Selon le Coran :
- Allah supporte le poids du ciel le plus proche, qui est une canopée (Sourate 2:22) ;
- Avec des piliers invisibles (Sourate 31:10, 13:2) ;
- Allah a fait que le ciel soit parfait, sans fissures (Sourate 50:6) ;
- Cela dit, il peut faire tomber des « bouts de ciel » sur les mécréants (Sourate 52:44, 34:9) ;
- Les étoiles sont placées en tant que décoration dans le premier des 7 cieux (Sourate 37:6, 67:5, 41:12) ;
- Les étoiles (filantes) sont aussi des projectiles contre les Shayāṭīn (Sourate 37:6-10, 67:5, 15:17-18).
3.5.4 Soleil, Lune et nuit
- Allah fait le soleil (Sourate 78:13, 36:37-40) ;
- La Lune aussi, et les deux se suivent dans le ciel (Sourate 10:5, 71:16, 25:61) ;
- La nuit tombe parce que Dieu met un voile sur le ciel (Sourate 78:9-10) ;
- Allah peut « enrouler » le ciel comme un parchemin (Sourate 31:29) ;
- Le Soleil a une course vers un point de stop (Sourate 36:38) ;
- Le Soleil se lève à l'Est et se couche à l'Ouest dans une mare boueuse / source d'eau chaude (Sourate 18:83-86) ;
- Le Soleil se prosterne devant Allah et demande la permission de se lever de nouveau (Sourate 36:38, Sahih al-Bukhari 4:54:421, 3199).
3.5.5 Pluie, vent, eau
- Allah réunit les nuages pour faire tomber la pluie (Sourate 24:43) ;
- L'eau de pluie est considérée « pure » (Sourate 25:48) ;
- Il envoie la pluie depuis le ciel (Sourate 25:48, 43:11, 2:22) ;
- La pluie est une bénédiction d'Allah (Sourate 30:48) ;
- Allah punit ceux qu'il veut avec des tonnerres et grêlons (Sourate 13:12-13) ;
- Allah envoie les vents (Sourate 25:48) ;
- Il place une barrière invisible séparant l'eau salée et l'eau douce (Sourate 25:53) ;
- Tout être vivant vient de l'eau (Sourate 21:30).
3.5.6 Ombres et oiseaux
- Allah crée les ombres (Sourate 25:45) ;
- Allah maintient les oiseaux dans le ciel (Sourate 16:79) ;
- C'est Allah qui guide les bateaux sur la mer (Sourate 17:66).
3.5.7 L'apocalypse selon le Coran et les hadiths
Le jour de l'apocalypse :
- Allah ne permettra pas au Soleil de se lever normalement mais lui demandera de se lever à l'Ouest (Sahih Muslim 159) ;
- Il va recouvrir le ciel de fumée (Sourate 44:10-11) et le fera se « rompre » (Sourate 82:1) ;
- Il fera tomber les étoiles sur la Terre (Sourate 81:2) ;
- Il fera s'estomper le Soleil (Sourate 82:1) ;
- Causera des inondations (Sourate 82:3) ;
- Réduira les montagnes en poussière (Sourate 56:4-6) ;
- Les tremblements de terre détruiront le sol (Sourate 99:1-2) ;
- Jésus (‘Īsā) descendra alors pour briser La Croix, tuer tous les cochons, abolir la Jizya (Sahih al-Bukhari 2476) ;
- Les trompettes sonneront annonçant la fin des temps (Sourate 39:68).
PARTIE IV — LES ORIGINES SYNCRÉTIQUES D'ALLAH
4.1 « Allah » : terme générique sémitique
Si l'on se tient au Coran, l'on pourrait penser que le problème de base entre musulmans et polythéistes réside dans le refus de vénérer Allah qui aurait été le dieu le plus important même pour eux.
Cela dit, comme nous avons pu le voir, les Arabes anciens accordaient une place prépondérante aux divinités vénusiennes, lunaires et solaires, et considéraient le trio Al-Lāt, Manāt et Al-‘Uzzā comme important aux côtés du culte d'Allah. La situation est en fait plus complexe que le Coran ne veut bien la présenter.
4.1.1 La critique du Livre des Idoles d'Ibn al-Kalbī
Le Livre des Idoles (Kitāb al-Aṣnām) de Hisham ibn al-Kalbī (mort en 819 EC) est une collection de récits populaires décrivant le polythéisme manifeste des Arabes préislamiques, avec pour récit principal l'idée que cet idolâtrie prit fin avec l'avènement de l'Islam.
La recherche académique moderne nuance fortement ce récit, en soulignant qu'il sert à accentuer le contraste entre la période immédiatement préislamique et l'Islam.
4.1.2 La transition vers Rḥmnn (« le Miséricordieux »)
À partir du IVe siècle EC, lorsque le royaume de Himyar adopta le judaïsme, les divinités païennes disparurent presque complètement des inscriptions de la famille d'écriture sud-arabique, inaugurant ce que l'on appelle la période monothéiste. À leur place, une divinité unique, Rḥmnn (« Le Miséricordieux »), commence à apparaître, devenant finalement l'épithète coranique al-Raḥmān.
Le professeur Ahmad al-Jallad note que le nom raḥmān apparaît dans plusieurs inscriptions préislamiques sud-arabiques et est dérivé du raḥmānā araméen juif.
Sigrid Kjær observe que l'utilisation de Raḥmān (ou Raḥmān-an avec le suffixe article défini) ne devient véritablement monothéiste qu'au VIe siècle EC, étant auparavant utilisée dans un contexte monolâtre.
Le Coran présente une progression chronologique dans l'usage des théonymes :
- Rabb (« seigneur ») dans la première phase ;
- Puis al-Raḥmān ;
- Et plus tard un usage presque exclusif du nom Allah.
4.2 Origines épigraphiques d'Allah
4.2.1 Premières attestations
Le mot Allāh apparaît principalement comme élément théophorique (dans des noms propres) dans les inscriptions nabatéennes au Ier siècle av. n. è. ou au Ier siècle EC dans le nord de l'Arabie Solide nuancé. Le mot pourrait provenir d'une contraction de al-ʾilāh (« le dieu »), bien qu'il existe certaines difficultés linguistiques avec cette idée.
Le nom ʿAbd Allāh (comme le nom du père de Mahomet) apparaît d'abord dans un contexte païen nabatéen. Ils utilisaient la même construction pour d'autres dieux, comme ʿAbdu Manōti (« serviteur de Manāt »).
Au VIe siècle EC, le nom Allāh est appliqué dans un contexte monothéiste autour du Hijaz et à un moment donné fusionne avec le al-ʾilāh chrétien (« le dieu »).
4.2.2 Le royaume de Lihyan
Certaines mentions du mot « Allah » apparaissent dans les inscriptions de Dadan/Lihyan (aux IVe-IIIe siècles av. n. è. dans les couches les mieux datées) Contesté, royaume se trouvant au nord-ouest de La Mecque et au sud de Pétra.
Le terme Allah apparaît comme élément théophorique dans les noms des Lihyanites : des mots comme « Abdullāh » (« Esclave d'Allah ») similaires aux termes « Abd al-Manāf » ou encore « Abd al-‘Uzzā ».
4.2.3 La famille sémitique du nom
| Forme | Région | Datation |
|---|---|---|
| Ilum | Mésopotamie | ~2900 av. n. è. |
| El, Eloh, Eloah | Israélites, Phéniciens, Ugaritiens | ~1400 av. n. è. |
| Elaha | Araméens | ~1000 av. n. è. |
| Alaha | Syriens (textes syriaques) | Ier s. EC |
| Ilāh, Il | Yémen | — |
| Allāh | Lihyan | IVe-IIIe s. av. n. è. |
4.2.4 Le concept derrière El / Allah
Le concept derrière El ou Allah est celui du « plus grand des dieux ». Cette idée d'une divinité ayant tout créé qui serait l'origine des autres dieux ou le chef du panthéon.
Allah était donc le père des dieux « Ālihah ». À chaque fois, Le Dieu en question est responsable de la création des anges, esprits, jinns et démons également.
4.2.5 Le concept du dieu inaccessible
Une piste d'explication pour comprendre pourquoi les anciens Arabes ne vénéraient pas Allah directement se trouve dans les traditions sémitiques pré-abrahamiques ayant pour principe l'inactivité ou l'impossibilité de s'adresser directement à Dieu. Par exemple, on ne pouvait dire le nom de Dieu en vain au risque de le déranger — raison pour laquelle les Juifs ne prononçaient pas le nom de YHWH.
4.2.6 Étymologie d'Allah
Allah est la contraction des mots « al- » et « ilāh » signifiant « Le Dieu ». Renvoyant au concept de la divinité suprême au-dessus des autres « ilāh ».
Selon Hitti, le « Allah » des Quraysh était souvent identifié à Hubal comme divinité tutélaire de la Kaaba ; mais plusieurs spécialistes (Patricia Crone, Nicolai Sinai) montrent que les Quraysh reconnaissaient Allah comme dieu créateur suprême, distinct de Hubal Contesté.
L'on peut voir dans le cadre de la bataille d'Uhud en 625, telle que rapportée par Ibn Ishāq dans la Sīra :
- Mahomet invoquait Allah ;
- Tandis que les Qurayshites polythéistes invoquaient Hubal afin qu'il leur vienne en aide.
Ceci montre qu'au moins pour Mahomet, son « Allah » n'était pas Hubal, le Allah tutélaire des Qurayshites.
4.3 La basmala pré-islamique du Yémen (découverte 2018)
La bismillah islamique — « Au nom d'Allah, le Bienfaiteur, le Miséricordieux » (Bismillāh Ar-Raḥmān Ar-Raḥīm) — est récitée avant le début de chaque sourate et ouvre la prière al-Fātiḥa. À l'intérieur des sourates elles-mêmes, elle n'apparaît qu'une seule fois, dans le Coran 27:30 (lettre de Salomon à la reine de Saba).
4.3.1 La découverte de 2018
En 2018, la première inscription de basmala pré-islamique connue fut découverte sur le flanc d'une falaise au Yémen (Jabal Dabūb), inscrite en écriture sud-arabique Solide :
« Au nom d'Allah, le Raḥmān ; aie pitié de nous, ô Seigneur des cieux » (bsmlh rḥmn rḥmn rb smwt).
Le reste de l'inscription dit : « satisfais-nous par ta faveur, et accorde-nous la sagesse de compter nos jours ».
4.3.2 L'analyse d'Ahmad al-Jallad
Écrivant à propos de cette découverte, Ahmad al-Jallad :
- Date l'inscription de la fin du VIe ou début du VIIe siècle EC ;
- Observe que l'ensemble de l'inscription a une qualité de psaume, probablement influencée par la liturgie juive ou chrétienne ;
- Interprète le second rḥmn comme rḥm-n (« aie pitié de nous ») ;
- Note qu'al-Raḥmān était à l'origine la divinité monothéiste sud-arabique (Himyar), distincte d'Allah, divinité nord-arabique ; au moment de l'inscription, la fusion semble en cours Solide nuancé.
4.3.3 Maslama et al-Raḥmān
Maslama (Musaylima dans la tradition islamique péjorative), un prophète yéménite rival de Mahomet, adorait al-Raḥmān, la divinité de l'ancien royaume de Himyar Solide.
Al-Jallad propose que la basmala fut utilisée pour synchroniser les deux pôles monothéistes de l'Arabie :
- Allah dans le nord ;
- al-Raḥmān dans le sud.
Cette différence régionale est évoquée dans le Coran 17:110 :
« Dis : "Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous l'invoquez, Il a les plus beaux noms." »
Ar-Raḥīm (« le Miséricordieux ») serait alors une innovation islamique ajoutée à al-Raḥmān de la basmala pré-islamique qui, à ce moment-là, représentait déjà un adjectif décrivant Allah.
4.4 Allah dans la poésie pré-islamique
Nicolai Sinai note dans son article de 2019 Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry qu'Allah apparaît dans la poésie pré-islamique authentique comme le nom d'un dieu extrêmement puissant, peut-être mieux décrit comme un « dieu suprême » des païens.
Dans la poésie arabe pré-islamique, nous voyons qu'ils considéraient Allah comme :
- Le créateur des cieux et de la Terre ;
- Le maître des destinées humaines ;
- Le pourvoyeur de pluie ;
- Et comme un dieu qui vengera les serments non tenus.
Prières et sacrifices étaient adressés à Allah, qui déterminait l'issue des événements en cours.
4.5 Allah, dieu syncrétique
Comme nous avons pu le voir, les influences des autres peuples sémitiques sur la péninsule arabique étaient prépondérantes. Ainsi, de la même manière que les concepts des divinités partagées à travers la zone, celui d'Allah semble avoir été fortement influencé par ces influences externes.
L'expansion du judaïsme et du christianisme dans le sud vers la péninsule arabique quelques siècles avant la naissance de l'Islam est une piste de compréhension de ce phénomène.
En effet, les Juifs et Chrétiens arabes se référaient à leur Dieu en l'appelant « Allah », en contraste aux plusieurs « Ālihah » que les « païens » avaient.
4.5.1 Yahweh vs El Elyon
Le royaume d'Israël a progressivement laissé tomber le polythéisme ainsi que le culte du grand dieu « El Elyon » pour choisir l'un des 70 enfants d'El, Yahweh, en tant que Dieu suprême.
Mahomet, quant à lui, a pris une autre route. Il a :
- Repris le concept du « grand Dieu » « Allah » ;
- Disqualifié tous les autres dieux supposément créés par Allah ;
- Réuni tous les pouvoirs et attributs de ces divinités au sein d'Allah ;
- Faisant d'Allah un dieu plus proche d'El Elyon que de Yahweh.
Ce qui contraste avec le Coran qui nous explique qu'Allah est en fait le dieu des Juifs et Chrétiens — qui est Yahweh, le dieu d'Abraham (Sourate 2:136, 29:46).
4.5.2 L'absence du tétragramme YHWH
Allah a fameusement 99 noms. Cela dit Yahweh, le nom du dieu d'Abraham, ne fait pas partie de ces noms ni n'est mentionné dans le Coran. Il n'apparaît qu'au travers de noms théophoriques tels que ceux des prophètes juifs qui seront traduits en arabe :
| Hébreu | Arabe | Signification |
|---|---|---|
| Yeshayahu | Isha'yah | « YHWH sauve » |
| Eliyahu | Ilyās | « Mon Dieu est YHWH » |
| Yohanan | Yaḥyā | « YHWH est gracieux » |
| Zekharyah | Zakariyyā | « YHWH se souvient » |
| Yirmiyahu | Irmiyā | « YHWH élève » |
Allah est-il réellement le dieu des Juifs ou des Chrétiens ? Celui qu'Abraham, Moïse et toute la clique ont vénéré ?
4.5.3 Hypothèse de la non-prononciation
Une hypothèse spéculative Minoritaire : Mahomet, en contact avec les Juifs hijaziens qui par respect ne prononçaient jamais le tétragramme (substitué oralement par Adonaï), aurait pu en ignorer la prononciation exacte et reprendre simplement Allāh, le terme générique connu dans son environnement arabe.
Cela expliquerait à la fois :
- L'absence totale de YHWH dans le Coran ;
- La présence des noms théophoriques arabisés des prophètes ;
- La revendication coranique que c'est le même Dieu qu'Abraham — alors que le nom propre est différent.
4.6 Conclusion : Allah, un dieu construit
L'origine et l'évolution du nom et du concept d'Allah dans l'Islam révèlent un dieu construit par strates :
- Strate proto-sémitique : Il / El, divinité suprême dans tous les panthéons sémitiques (Mésopotamie, Canaan, Israël) ;
- Strate nabatéenne et lihyanite (siècles précédant l'Islam) : Allāh comme une divinité parmi d'autres ;
- Strate himyarite (IVe-VIe s. EC) : adoption du judaïsme ; émergence de Rḥmnn comme nom dominant ;
- Strate arabe pré-islamique tardive (VIe-début VIIe s.) : Allah comme dieu suprême reconnu par les Quraysh aux côtés de Hubal ; Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt comme « filles » ;
- Strate islamique : Mahomet synthétise Allah du nord avec al-Raḥmān du sud, élimine toutes les autres divinités, emprunte au judéo-christianisme l'idée d'un Dieu unique d'Abraham, mais conserve structurellement le panthéon (jinns, anges, démons) et la cosmologie (7 cieux, Bahamut, Falak).
L'Allah du Coran n'est donc ni le Dieu d'Abraham au sens biblique, ni un dieu sans précédent. C'est une construction syncrétique réunissant les fonctions de Hubal, El Elyon, Rḥmnn et YHWH dans une figure unique débarrassée de ses parèdres et de ses fils.
PARTIE V — INFLUENCES HUMAINES : SCRIBES, CONSEILLERS, TRADITIONS EMPRUNTÉES
L'histoire de l'Islam et de ses textes fondateurs, notamment le Coran, est marquée par diverses influences humaines. Plusieurs individus ont joué un rôle significatif dans la formation et la transmission des textes islamiques, chacun apportant sa propre contribution culturelle et intellectuelle.
5.1 Les scribes : Zayd ibn Thābit et Abdullah ibn Sa'd
5.1.1 Zayd ibn Thābit
Les scribes ont joué un rôle crucial dans la compilation et la préservation du Coran. Parmi eux, Zayd ibn Thābit est souvent cité comme l'un des principaux scribes de Mahomet.
Après la mort de Mahomet, sous le califat d'Abu Bakr, Zayd fut chargé de rassembler les différents fragments du Coran dispersés parmi les compagnons. Ces fragments étaient écrits sur divers matériaux tels que des parchemins, des os, des feuilles de palmier.
La tâche de Zayd consistait à vérifier l'authenticité des versets en consultant les mémoires des compagnons. Il a annoncé que la tâche était impossible.
Plus tard, sous le califat d'Othman, Zayd fut de nouveau chargé de compiler une version standardisée du Coran pour éviter les divergences régionales. Cette entreprise montre l'influence humaine substantielle dans la transmission et la conservation du texte coranique.
Cela dit, le travail de Zayd fut critiqué par certains hāfiẓ (mémorisateurs) du Coran car leurs souvenirs ne correspondaient pas avec le codex uthmanien.
5.1.2 Abdullah ibn Sa'd ibn Abi Sarh : le scribe apostat
Quand il s'agit de la formation en elle-même du Coran, un autre scribe, connu sous le nom d'Abdullah ibn Sa'd ibn Abi Sarh, a également laissé une empreinte notable, mais d'une manière controversée.
Abdullah était l'un des scribes qui transcrivaient les révélations dictées par Mahomet. Cependant, selon les sources historiques, Abdullah apostasia après avoir quitté Médine, déclarant que certaines des révélations qu'il avait écrites n'étaient pas divinement inspirées, mais suggérées par lui-même et acceptées par Mahomet.
Par la suite, Abdullah retourna à La Mecque et devint un opposant à Mahomet. Cependant, après la conquête de La Mecque par les musulmans, Abdullah, proche d'Othman (qui était son frère de lait), fut pardonné par Mahomet, malgré la réticence initiale de ce dernier.
5.2 Bahira et Waraqa : les conseillers chrétiens
5.2.1 Bahira, le moine chrétien
D'après la tradition musulmane, alors que Mahomet était enfant (entre 9 et 12 ans selon les versions), il aurait accompagné son oncle Abū Ṭālib en Syrie à Bosra dans un trajet caravanier mecquois à des fins commerciales. À Bosra, le campement des voyageurs aurait été près de l'ermitage de Bahira, présenté selon les versions comme nestorien, ébionite, ou simplement « moine chrétien » Contesté.
Lorsque la caravane passa devant lui, il invita tous les commerçants à un repas. Bahira aurait reconnu sur Mahomet la « marque du prophète » entre les deux omoplates, dite « Sceau de la prophétie ».
Sources et critiques
La plus ancienne version de ce récit est celle d'Ibn Ishāq, mise par écrit par Ibn Hishām au IXe siècle. Plusieurs recensions sont connues : Ibn Sa'd al-Baghdādī, al-Ṭabarī, al-Tirmidhī.
Pour les auteurs musulmans, ce récit s'inscrit dans une série d'événements qui s'inscrivent dans l'enfance de Mahomet et qui annonceraient sa mission prophétique.
Cependant, des objections ont été soulevées : Theodor Nöldeke considère que l'histoire de Bahira est une légende Solide. L'âge de Mahomet (12 ans) reproduit celui de Jésus au Temple (Luc 2:41-52), ce qui suggère une influence chrétienne directe sur la construction de la légende.
5.2.2 Waraqa ibn Nawfal
Waraqa est un personnage présenté dans les sīra (biographies musulmanes) qui en parlent fort élogieusement. Néanmoins, hormis le récit de sa reconnaissance de la mission prophétique de Mahomet, les sources fournissent peu d'informations d'ordre biographique.
Le profil de Waraqa
Waraqa aurait, dès l'époque préislamique, renié le culte des idoles et se serait engagé dans la recherche de la ḥanīfīya (monothéisme abrahamique pré-islamique). Converti au christianisme en Syrie, Waraqa serait un grand connaisseur des Écritures.
Sa rencontre avec Mahomet
Selon les récits traditionnels, Mahomet fut bouleversé par les premières révélations. Il craignait d'être possédé par un djinn, à l'instar des Kāhin que des djinns inspiraient à réciter des poèmes.
Il se confia alors à son épouse Khadīja qui lui conseilla de rencontrer Waraqa, son proche parent (son oncle ou son cousin selon les récits). Celui-ci aurait alors, devant celle-ci puis devant Mahomet, reconnu son caractère prophétique et lui apporté son soutien.
L'analyse critique
Le vocabulaire utilisé dans les récits liés à Waraqa renvoie à l'Évangile de Saint-Jean et à l'annonce du Paraclet. Cette annonce de Mahomet comme étant le Paraclet est « un thème de l'apologétique musulmane » et s'accompagne, en corollaire, de la thèse de la falsification des écritures.
Cette référence montre, pour Gilliot, la présence à La Mecque de personnes informées sur le judaïsme, « voire sur le christianisme », et une diversité de langues. L'hypothèse d'un soutien de Waraqa dans la mise au point des révélations pourrait faire, pour ce même auteur, du Coran un « travail collectif ».
Waraqa, prêtre ébionite ?
Selon une thèse minoritaire défendue par Joseph Azzi (moine libanais, pas islamologue universitaire), Waraqa était un prêtre ébionite, directeur spirituel de Mahomet qui s'en serait détourné pour fonder un État musulman Minoritaire. La tradition islamique le présente plutôt comme chrétien (parfois nestorien) ; les recherches académiques (Édouard-Marie Gallez, Claude Gilliot) le situent plutôt dans la mouvance judéo-chrétienne (nazaréens, ébionites).
Pour Gilliot, Waraqa appartient à la catégorie des « informateurs » avec qui « Mahomet poursuivit donc la tradition vivante de l'Antiquité tardive, celle du targum, interprétant/traduisant des logia pris des Écritures antérieures (ou de traditions orales) ».
5.3 Les Éthiopiens chrétiens et l'influence sur l'islam naissant
5.3.1 L'exil en Abyssinie
Lorsque les premiers musulmans furent persécutés à La Mecque, ils trouvèrent refuge en Abyssinie (actuelle Éthiopie), où le roi chrétien, connu sous le nom de Négus Ashama ibn Abjar, leur offrit protection.
Le Négus, connu pour sa justice et sa tolérance, accorda aux musulmans un asile et rejeta les pressions des envoyés Qurayshites qui voulaient rapatrier les réfugiés. Cette interaction pacifique a laissé une empreinte notable sur l'Islam, influençant des concepts comme l'inviolabilité des églises et la tolérance envers les « gens du Livre ».
5.3.2 Oum Aiman, la nourrice abyssinienne
Selon les sources islamiques, la première nourrice de Mahomet, Oum Aiman (Baraka bint Tha'alaba), était abyssinienne. Elle a joué un rôle crucial dans la vie du Prophète, le soutenant dans ses premières années après la mort de sa mère Amina.
Mahomet la considérait comme un membre de sa famille, la décrivant comme « ma mère après ma mère ». La présence d'Oum Aiman dans la vie de Mahomet pourrait avoir contribué à son exposition précoce à la culture et à la langue abyssiniennes.
5.3.3 La compréhension de la langue abyssinienne
Il est également intéressant de noter que Mahomet semblait comprendre l'abyssinien, en plus de parler l'arabe, ce qui est suggéré par ses interactions avec les Abyssiniens Solide nuancé.
5.3.4 L'influence des textes abyssiniens : Yasar et Jabar
Selon les exégèses comme celles d'al-Jalālayn, Mahomet était en contact avec des frères abyssins, Yasar et Jabar, qui lui lisaient la Bible en langue Ge'ez.
Le Tafsir al-Jalālayn sur le verset 16:103
Voici le passage de Tafsir al-Jalālayn qui fait référence aux accusations selon lesquelles Mahomet aurait été influencé par deux frères abyssins :
Coran 16:103 : « Et Nous savons parfaitement qu'ils disent : "Ce n'est qu'un être humain qui lui enseigne." Or, la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère [non arabe], et celle-ci est une langue arabe claire. »
Exégèse de Jalālayn : « Les polythéistes disaient que c'était un homme chrétien qui enseignait le Prophète [Mahomet], et cet homme était un esclave romain qui parlait mal l'arabe. Il a été aussi dit que cet homme était Yasar, l'esclave de ‘Amr ibn al-Ḥaḍramī, ou un autre esclave chrétien nommé Jabar. »
Ce passage mentionne directement les deux noms, Yasar et Jabar Solide.
5.3.5 L'influence linguistique éthiopienne sur l'arabe coranique
L'influence guèze (langue éthiopienne classique) est attestée dans plusieurs mots coraniques :
- Miḥrāb (« niche de prière ») ← guèze maḥrab (« sanctuaire ») ;
- Ṣurādiq (« pavillon, tenture », Sourate 18:29) ← guèze ṣarādeq ;
- Mā‘ūn (« petites choses, ustensiles », Sourate 107:7) ← éthiopien ma'ena ;
- Qisṭās (« balance », Sourate 17:35, 26:182) ← éthiopien qisṭās ;
- Malak (« ange ») ← influence guèze malak (messager).
5.4 Salman al-Fārsī : l'influence persane
Salman al-Fārsī, un compagnon persan de Mahomet, est une autre figure importante ayant apporté des influences extérieures à l'Islam.
Avant de se convertir à l'Islam, Salman avait été zoroastrien puis chrétien, cherchant constamment la vérité spirituelle. Son vaste bagage religieux et culturel a enrichi l'islam de perspectives variées.
Par exemple, lors de la bataille du Khandaq (« du Fossé ») en 627, Salman suggéra de creuser une tranchée autour de Médine pour se défendre contre les assaillants — une technique militaire persane inconnue des Arabes Solide.
5.5 Omar ibn al-Khattāb : l'architecte humain de l'islam
Omar ibn al-Khattāb, le deuxième calife de l'Islam, a joué un rôle déterminant dans l'expansion et la consolidation de l'empire islamique. Avant sa conversion, Omar était l'un des adversaires les plus farouches de Mahomet, au point d'avoir initialement envisagé de l'assassiner.
Sous son leadership, Omar a introduit et intégré dans le gouvernement islamique de nombreuses pratiques administratives et juridiques issues des empires perse et byzantin. Par exemple, il a instauré le système des diwān (registres administratifs).
5.5.1 Le rôle d'Omar dans la standardisation du Coran
L'une des contributions les plus importantes d'Omar a été son rôle dans la standardisation du Coran. Inquiet des divergences dans la récitation, il a insisté pour qu'une version unique du texte soit compilée et diffusée.
5.5.2 La rationalité d'Omar face à la Pierre Noire
Omar a également laissé une empreinte sur les pratiques rituelles. Un exemple significatif est sa réaction par rapport à l'acte d'embrasser la Pierre Noire :
« Je sais que tu es une pierre, tu ne peux ni nuire ni profiter. Si je n'avais pas vu le Prophète t'embrasser, je ne t'aurais pas embrassée. » (Sahih al-Bukhari, Livre 26, Hadith 667)
Cette déclaration montre une forme de reconnaissance implicite de l'origine païenne de la vénération des pierres Solide.
5.5.3 Omar et le verset du voile
Omar a également eu une influence directe sur certaines révélations coraniques. Par exemple, c'est à son insistance que le verset du voile (Ḥijāb) a été révélé.
L'épisode de Sawda bint Zam'a
L'histoire de Sawda bint Zam'a, l'une des épouses de Mahomet, est souvent rapportée dans les hadiths en relation avec la révélation des versets du voile.
Dans les débuts de l'Islam à Médine, les femmes sortaient souvent pour répondre à leurs besoins naturels dans des endroits isolés. Un soir, alors que Sawda sortait, Omar la reconnut malgré l'obscurité et lui dit : « Ô Sawda, nous t'avons reconnue ! »
Suite à cet incident, Mahomet reçut la révélation du verset du voile :
Sourate Al-Aḥzāb 33:59 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
Références hadithiques
Sahih al-Bukhari (Volume 8, Livre 74, Hadith 257) : Aïcha rapporte que les femmes des croyants sortaient la nuit pour faire leurs besoins. Omar dit au Prophète : « Cache tes femmes. » Mais le Prophète n'a pas fait cela. Alors, Sawda bint Zam'a sortit une nuit ; Omar l'appela en disant : "Je t'ai reconnue, ô Sawda !" Il dit cela avec l'espoir que des versets concernant le Hijāb soient révélés. Alors Allah révéla le verset du Ḥijāb Solide.
Interprétation critique
Cet incident met en lumière comment certaines pratiques et règles fondamentales de l'islam ont évolué en réponse aux insistances et désirs de figures humaines.
5.6 Influence du christianisme pré-islamique d'Arabie
Plusieurs courants chrétiens pré-islamiques ont influencé l'Islam des débuts :
- Nazaréens ;
- Nestoriens ;
- Ébionites ;
- Monophysites/miaphysites (présents à Najran et chez les Ghassanides).
5.6.1 Le Coran et les apocryphes chrétiens
Le Coran contient des récits similaires à ceux des apocryphes chrétiens et du Talmud juif. Quelques exemples :
| Récit coranique | Source apocryphe / antérieure |
|---|---|
| Satan refusant de se prosterner devant Adam (Sourate 18:50, 7:11-18, 15:28-44, 17:61-65, 20:116, 38:71-85) | « La Grotte aux Trésors » (apocryphe syriaque) |
| Abraham jeté dans la fournaise (Sourate 21:68-69, 29:24, 37:97-98) | Talmud (Bereshit Rabbah), Apocalypse d'Abraham |
| Sept Dormants d'Éphèse (Sourate 18:9-26) | Tradition chrétienne syriaque (Jacob de Saroug, VIe s.) |
| Jésus parlant au berceau (Sourate 3:46, 19:29-33) | Évangile arabe de l'enfance, Évangile du pseudo-Matthieu |
| Jésus créant des oiseaux d'argile (Sourate 3:49, 5:110) | Évangile de l'enfance de Thomas |
| Vie de Marie (Sourate 3:35-37, 19:16-23) | Protévangile de Jacques |
| Rejet de la crucifixion (Sourate 4:157) | Traditions docétistes / gnostiques (Évangile de Basilide) |
| Dhul-Qarnayn et le mur de fer (Sourate 18:83-101) | Légende syriaque d'Alexandre (Neṣḥānā d-Aleksandros, ~629-630) Solide |
| Eaux du Déluge sortant du four (Sourate 11:40, 23:27) | Talmud babylonien (Rosh Hashanah 12a) |
| Voyage spirituel (Mi'raj) | Arda Viraf Namag (zoroastrien) — parallèles structurels notés Contesté |
| Jugement de Salomon, fourmis, hoopoe (Sourate 27) | Targum sheni d'Esther |
5.7 Influences zoroastriennes sur l'Islam
Le zoroastrisme, religion monothéiste fondée par le prophète Zarathoustra (Zoroastre) en Perse antique, présente avec l'Islam des parallèles structurels qui sont étudiés par plusieurs comparatistes (Mary Boyce, Shaul Shaked) — la filiation directe reste cependant débattue Contesté.
5.7.1 Le dualisme cosmique, l'angélologie et la démonologie
L'une des caractéristiques centrales du zoroastrisme est son dualisme cosmique, qui oppose Ahura Mazda (dieu du bien et de la lumière) à Angra Mainyu (Ahriman, principe du mal et des ténèbres).
Bien que l'Islam rejette explicitement le dualisme en faveur du monothéisme absolu, certaines idées de cette opposition entre forces du bien et du mal ont trouvé un écho dans les concepts islamiques de Dieu (Allah) et de Shayṭān (Satan).
Dans le zoroastrisme, il existe une hiérarchie complexe de divinités subalternes, d'anges et de démons (les Amesha Spentas et les Yazatas). De même, l'Islam adopte une structure angélique avec des anges tels que :
- Jibrīl (Gabriel) ;
- Mīkā'īl (Michel) ;
- Isrāfīl ;
- ‘Azrā'īl.
5.7.2 Eschatologie : jugement dernier et résurrection
L'un des aspects les plus frappants concerne les concepts eschatologiques. Le zoroastrisme enseigne :
- La résurrection des morts ;
- Le jugement dernier ;
- La séparation finale entre les justes et les damnés.
Concepts qui ont une place centrale dans l'Islam.
5.7.3 Paradis et Enfer
Les descriptions du paradis et de l'enfer dans l'Islam portent également des similitudes avec celles du zoroastrisme.
5.7.4 Les Houris : vierges du paradis
Les Houris (ḥūr al-‘ayn), décrites dans le Coran comme des vierges aux grands yeux promises aux croyants pieux dans le paradis, présentent des parallèles fonctionnels avec les « Pairikas » du zoroastrisme. La filiation linguistique directe est cependant rejetée par la plupart des sémitistes (l'étymologie de ḥūr est arabe, de ḥawira « être blanc des yeux ») Contesté.
5.7.5 Les Djinns : créatures mystiques
Les Djinns sont des entités surnaturelles dans l'Islam, créées par Dieu à partir d'un feu sans fumée. Dans la religion zoroastrienne, les Daēvas sont des esprits mauvais, opposés aux Ahuras.
5.7.6 Arda Viraf et la Nuit du Destin / Mi'rāj de Mahomet
L'une des similitudes les plus frappantes entre le zoroastrisme et l'Islam se trouve dans les récits d'ascension spirituelle.
L'histoire d'Arda Viraf (Arda Viraf Namag), un prêtre zoroastrien, raconte comment il a été choisi pour effectuer un voyage spirituel dans l'au-delà. Après avoir consommé un breuvage sacré, il est tombé dans un sommeil profond et son âme a été guidée par des anges à travers le paradis et l'enfer.
Ce récit ressemble à l'histoire de l'Isrā' et du Mi'rāj (Sourate 17:1), où Mahomet est :
- Emmené par l'ange Jibrīl (Gabriel) ;
- Pour un voyage céleste ;
- Au cours duquel Mahomet visite les sept cieux ;
- Rencontre les prophètes précédents ;
- Et reçoit les commandements de Dieu (les 5 prières quotidiennes).
5.7.7 L'ésotérisme et les rites religieux
Les pratiques religieuses islamiques ont également pu être influencées par le zoroastrisme :
- Les cinq prières quotidiennes (Gah) ↔ 5 Salāt ;
- La purification par l'eau et le feu ↔ wuḍū'.
5.7.8 Tableau synthétique des influences zoroastriennes
| Concept zoroastrien | Parallèle islamique |
|---|---|
| Ahura Mazda vs Angra Mainyu (Ahriman) | Allah vs Shayṭān |
| Hiérarchie d'anges et démons | Anges (Jibrīl, Mīkā'īl, Isrāfīl, ‘Azrā'īl) et djinns/démons |
| Jugement dernier, paradis, enfer | Yawm al-Qiyāma, Janna, Jahannam |
| Pairikas / Houris | Hour al-‘ayn du paradis (parallèle fonctionnel ; filiation linguistique débattue) |
| 5 prières quotidiennes (Gah) | 5 Salāt |
| Voyage d'Arda Viraf | Isrā' et Mi'rāj de Mahomet |
| Pont de Chinvat au Jugement | Ṣirāṭ al-Mustaqīm (le Pont) |
| Daēvas (démons) | Djinns malveillants, Shayāṭīn |
| Ablutions rituelles | Wuḍū' |
5.8 Sources préexistantes ayant inspiré le Coran : récapitulatif
| Catégorie | Sources spécifiques | Manifestations dans le Coran |
|---|---|---|
| Bible hébraïque | Genèse, Exode, Isaïe | Adam et Ève, Noé, Moïse, Joseph (Sourate 12) |
| Pseudépigraphes | Hénoch, Apocalypse de Baruch, Apocalypse d'Abraham | Cosmologie, eschatologie |
| Apocryphes chrétiens | Évangile de l'enfance de Thomas, Protévangile de Jacques, Apocalypse de Pierre | Vie de Marie, miracles de Jésus enfant |
| Talmud / Midrash | Bereshit Rabbah, Rosh Hashanah | Abraham dans la fournaise, four du Déluge |
| Targums | Targum sheni d'Esther | Salomon, fourmis, hoopoe |
| Littérature syriaque chrétienne | Jacob de Saroug, Légende d'Alexandre | Sept Dormants, Dhul-Qarnayn |
| Hymnes de Saint Éphrem | Liturgie syriaque | Vocabulaire et concepts (Furqān, Sakīna) |
| Avesta zoroastrien | Gathas, Arda Viraf Namag | Eschatologie, Mi'rāj, parallèles fonctionnels |
| Légendes pré-islamiques arabes | Pèlerinage à la Kaaba, divinités | Hajj, Umra, Tawāf, Pierre Noire |
| Philosophie grecque | Platon, Aristote, Philon d'Alexandrie | Concept du Logos, débats théologiques |
PARTIE V (suite) — INFLUENCES LINGUISTIQUES
5.9 L'arabe coranique : une langue métissée
L'arabe du Coran, souvent décrit comme étant d'une pureté inégalée, révèle en réalité une histoire complexe de métissage linguistique et de convergence culturelle.
5.9.1 La question du dialecte choisi
La langue dans laquelle le Coran a été révélé est l'arabe du nord de la péninsule arabique, en particulier celui issu de la tradition nabatéenne Solide. Ce choix de dialecte est intrigant car la révélation coranique est censée avoir eu lieu dans le Hijaz, où un autre dialecte arabe, distinct en termes de phonétique, de morphologie et même d'alphabet, était dominant.
5.9.2 La différence entre l'arabe du Nord et du Sud
Les différences entre l'arabe du Nord et celui du Sud sont profondes, tant sur le plan linguistique que sur celui des pratiques culturelles et religieuses.
Langue et écriture
- L'arabe du Sud, utilisé par les anciens royaumes comme Saba, Himyar, Qatabân, possédait un alphabet distinct appelé le musnad sud-arabique, composé de 29 caractères.
- L'arabe classique (qui a donné naissance au script coranique) était écrit dans un alphabet dérivé de l'arabe nabatéen (lui-même dérivé de l'araméen).
Grammaire et lexique
Sur le plan grammatical, l'arabe du Sud se distingue par certaines constructions verbales et syntaxiques qui diffèrent de celles de l'arabe du Nord.
5.9.3 La révélation coranique et ses influences linguistiques
Cette distinction géographique et linguistique soulève des questions sur la nature de la révélation coranique. Le fait que le Coran ait été révélé dans un arabe influencé par le Nord, et non dans l'arabe du Sud, suggère une influence nabatéenne marquée.
5.10 Les emprunts lexicaux au syriaco-araméen et à d'autres langues
L'arabe, en tant que langue vivante et en perpétuelle évolution, a absorbé des mots et expressions de diverses langues voisines, un phénomène particulièrement évident dans le lexique coranique.
5.10.1 Tableau détaillé des emprunts
1. Syriaco-Araméen
| Mot coranique | Source syriaque | Sens |
|---|---|---|
| Injīl | Ewangelyon | « Évangile » |
| Tawrāt | (via syriaco-araméen) | « Torah » |
| Furqān | araméen Purqān | « Distinction, salut, libération » |
| Sabt | hébreu/araméen | « Sabbat » |
| Sakīnah | hébreu Shekhinah | « Tranquillité, présence divine » |
| Mashīḥ | hébreu Mashiach | « Messie, Christ » |
| Qurbān | hébreu/araméen Qorban | « Sacrifice » |
| Tannūr | araméen | « Four » |
| Sifr | hébreu sefer | « Livre, écrit » |
2. Hébreu
| Mot coranique | Source hébraïque | Sens |
|---|---|---|
| Jahannam | Gēhinnōm | « Enfer » |
| Sakīnah | Shekhinah | « Présence divine » |
| Sabt | Shabbat | « Sabbat » |
3. Grec
| Mot coranique | Source grecque | Sens |
|---|---|---|
| Zabūr | Psalmoi | « Psaumes » (David) |
| Istabraq | Stabraqos | « Soie épaisse, brocart » |
| Qisṭās | grec/araméen | « Balance » |
| Lujja | grec | « Profondeur » |
4. Éthiopien (Guèze)
| Mot coranique | Source guèze | Sens |
|---|---|---|
| Miḥrāb | Maḥrab | « Sanctuaire, niche de prière » |
| Hawāriyyūn | éthiopien | « Apôtres » |
| Ṣurādiq | ṣarādeq | « Pavillon, tenture » |
| Mā‘ūn | ma'ena | « Petites choses, ustensiles » |
| Malak | guèze malak | « Ange, messager » |
| Munāfiq | guèze manāfeq | « Hypocrite » |
5. Persan
| Mot coranique | Source persane | Sens |
|---|---|---|
| Firdaws | Pairidaeza (avestique) | « Paradis, jardin clos » |
| Sirāj | persan | « Lampe » |
| Jund | persan | « Armée, troupe » |
| Sundus | persan | « Soie fine » |
6. Latin
| Mot coranique | Source latine | Sens |
|---|---|---|
| Sirāṭ | strata | « Voie pavée, chemin » |
| Qaṣr | castrum | « Château » |
| Dīnār | denarius | « Monnaie » |
5.10.2 Les travaux d'Arthur Jeffery
L'orientaliste Arthur Jeffery a documenté, dans son ouvrage classique The Foreign Vocabulary of the Qur'an (1938), des centaines d'emprunts linguistiques au Coran Solide. Décompte général : plus de 275 mots étrangers identifiés.
L'idée selon laquelle le Coran serait « révélé en arabe pur » (Sourate 16:103, 41:44) n'est donc pas confirmée par la linguistique.
5.11 L'évolution de l'arabe et sa standardisation
5.11.1 L'absence d'arabe standard pré-islamique
L'arabe, tel qu'il est utilisé dans le Coran, n'était pas une langue figée au moment de la révélation. Avant l'Islam, il n'existait pas d'arabe standardisé.
5.11.2 Le travail des grammairiens (Sibawayh)
C'est pendant cette période que des grammairiens, tels que Sibawayh (mort en ~793), ont travaillé à codifier la grammaire arabe, basant leurs règles sur les dialectes des tribus du Hijaz.
5.11.3 Une langue en miroir de son contexte historique
Le Coran, en tant que texte sacré, reflète donc non seulement un message religieux, mais aussi une langue qui est le produit de siècles de contact, d'échange et de transformation.
5.11.4 L'organisation non-chronologique du Coran
Le Coran, lui, n'est pas classé par ordre de révélation, mais par longueur des sourates, sauf pour al-Fātiḥa, une sourate de prière. Cette organisation non chronologique :
- Peut rendre la lecture du Coran difficile et fragmentée ;
- Passe d'une sourate médinoise à une sourate mecquoise sans fil narratif clair ;
- Pose des questions sur la nature du texte.
PARTIE VI — LE CORAN : HISTOIRE ET CRITIQUE TEXTUELLE
La mort du Prophète Mahomet en 632 a laissé derrière lui un monde islamique en ébullition, avec des ḥuffāẓ (ceux qui mémorisaient le Coran) et divers manuscrits.
Selon la tradition islamique, c'est le troisième calife, Othman ibn Affān, qui aurait compilé le Coran. Cependant, cette version est sujette à de nombreuses controverses.
6.1 Les problèmes de la compilation othmanienne
La tradition islamique soutient qu'Othman a compilé le Coran en se basant sur les mémorisations des ḥuffāẓ et les manuscrits disponibles. Othman aurait ensuite fait brûler les autres versions du Coran pour instaurer une version unique Solide.
6.1.1 Plusieurs problèmes majeurs
- Othman n'étant pas un prophète, il ne recevait pas de révélation divine, ce qui soulève des questions sur l'intégrité et la complétude du texte compilé.
- Des variations dans les récitations et les manuscrits originaux indiquent que le Coran pouvait avoir plusieurs formes.
6.1.2 Qira'at et Aḥruf
La science des qirā'āt (variations de récitation) et des aḥruf (styles dialectaux) explique ces différences comme étant des variations voulues par Dieu. Toutefois, même dans la tradition islamique, on trouve des preuves de ces variations, comme la dispute entre Omar et Hicham rapportée dans Sahih al-Bukhari, où le Prophète aurait affirmé que le Coran a été révélé en sept versions différentes.
6.2 Mahomet, les ḥuffāẓ et les divergences
Les ḥuffāẓ, mémorisateurs du Coran, ont joué un rôle crucial dans sa préservation orale. Cependant, même parmi les ḥuffāẓ, il y avait des divergences dans la récitation et la transmission du texte.
6.3 Mahomet oubliait des versets
Le Coran lui-même rapporte que Mahomet avait oublié certaines parties du Coran Solide :
Raconté par Aïcha : « Le Prophète entendit un homme récitant le Coran dans la mosquée et dit : "Qu'Allah répande Sa Miséricorde sur lui, car il m'a rappelé tels et tels versets d'une sourate." » — Sahih Bukhari 6:61:556
Raconté par Abdullah : « Le Prophète a dit : "Pourquoi quelqu'un parmi le peuple dit-il : 'J'ai oublié tels et tels versets (du Coran) ?' En fait, c'est Allah qui le fait oublier." » — Sahih Bukhari 6:61:559
6.4 Les corans multiples de l'époque
En plus de la recension othmanienne, d'autres compagnons du Prophète avaient leurs propres versions du Coran. On parle des Corans attribués à Ali ibn Abi Talib, Ubayy ibn Ka'b, Abdullah ibn Mas'ud, Abu Musa al-Ash'ari.
6.4.1 Exemples de variantes
Versets 18:79-80 (Moïse et Khidr)
Bukhari et Muslim relatent que Ibn ‘Abbās et Sa'īd b. Jubair ajoutaient respectivement le mot « utilisable » pour décrire les bateaux dans le verset 18:79, et les mots « le garçon était un incroyant » dans le verset 18:80.
Verset 2:238 (la prière médiane)
Un autre exemple, enregistré dans un hadith sahih, concerne une variante du verset 2:238. Aïcha rapporte que dans ce verset, elle avait entendu Mahomet réciter « la prière du milieu et la prière d'Asr ».
Verset 4:24 (mariage temporaire)
Le verset 4:24 du Coran mentionne : « Et quant à celles dont vous profitez, donnez-leur leur dot comme convenu… ». Le tafsir d'al-Ṭabarī pour ce verset inclut des récits disant qu'Ibn ‘Abbās, Ubayy ibn Ka'b et Sa'īd ibn Jubayr ajoutaient les mots « jusqu'à une période déterminée ».
6.5 Le codex d'Ibn Mas'ud
Il a été largement rapporté qu'Abdullah ibn Mas'ud :
- Omettait la sourate al-Fātiḥa (1) ;
- Et les deux sourates protectrices (113 et 114) Solide.
Le refus d'Ibn Mas'ud d'inclure ces deux sourates dans le Coran est également enregistré dans Sahih al-Bukhari.
6.5.1 Les variantes dans le reste du Coran
Dans le reste du Coran, on trouve de nombreuses différences de lecture entre les textes de Zayd et d'Ibn Mas'ud. Les rapports dans Kitāb al-Maṣāḥif d'Ibn Abī Dāwūd remplissent pas moins de dix-neuf pages, et selon toutes les sources disponibles, on peut retracer pas moins de 101 variantes dans la sourate al-Baqara seule Solide nuancé.
Voici quelques différences :
- Sahih Bukhari et Sahih Muslim rapportent que les disciples d'Ibn Mas'ud étaient convaincus qu'il avait lu le verset 92:3 avec les mots « Par le mâle et la femelle » plutôt que « Par Celui qui a créé le mâle et la femelle ».
- Le verset 2:275 commence par les mots « Ceux qui dévorent l'usure ne se tiendront pas ». Le texte d'Ibn Mas'ud ajoutait « au jour de la Résurrection » après le dernier mot.
- Le verset 5:89 dans le texte standard contient l'exhortation « jeûnez trois jours ». Le texte d'Ibn Mas'ud ajoutait le mot « consécutifs » après « trois jours ».
6.5.2 Le statut éminent d'Ibn Mas'ud
Mahomet ordonna aux musulmans d'apprendre le Coran de quatre personnes, dont le premier était Abdullah ibn Mas'ud.
6.5.3 Le désaccord d'Ibn Mas'ud avec Othman
Lorsque Othman ordonna que tous les codex soient détruits et que seul le codex de Zayd soit conservé, Ibn Mas'ud réagit en :
- Défendant son codex ;
- Conseillant aux habitants de l'Irak de conserver les muṣḥafs qu'ils avaient avec eux.
6.6 Le codex d'Ubayy ibn Ka'b
Ubayy ibn Ka'b, autre compagnon recommandé par Mahomet pour l'apprentissage du Coran, possédait un codex de 116 sourates, soit deux de plus que le Coran d'Othman Solide.
6.6.1 Variantes textuelles
- Dans le verset 22:78, la lecture standard dit « la foi de votre père Abraham », mais Ubayy avait « Allah » à la place du pronom « Il ».
- Dans le verset 39:3, où les polythéistes disent « Nous les adorons », Ubayy lisait « Nous vous adorons (pluriel) ».
6.6.2 Les sourates supplémentaires
Le codex d'Ubayy contenait deux sourates absentes de la version othmanienne :
- Sūrat al-Khal' (« la Séparation ») ;
- Sūrat al-Ḥafd (« la Hâte »).
6.7 Le codex d'Ibn ‘Abbās
Parmi les nombreuses variantes attribuées à Ibn ‘Abbās :
- Ibn ‘Abbās lisait le verset 26:214 avec les mots supplémentaires « et ton groupe de personnes choisies parmi eux » ;
- Dans le verset 24:27, il estimait que l'expression « demander la bienvenue » était une erreur de scribe et devrait dire « demander la permission ».
6.8 Les sourates et versets manquants
6.8.1 Le verset perdu sur la lapidation
Certains hadiths affirment que des versets manquent, comme le « verset de la lapidation » pour l'adultère Solide :
Abdullah b. ‘Abbās rapporte qu'Umar b. Khaṭṭāb a dit : « En vérité, Allah a envoyé Mahomet avec la vérité et lui a révélé le Livre, et le verset de la lapidation faisait partie de ce qui lui a été révélé. Nous l'avons récité, mémorisé et compris. Le Messager d'Allah a appliqué la peine de lapidation. » — Sahih Muslim 17:4194
Selon des hadiths rapportés dans al-Itqān d'al-Suyūṭī, le verset perdu disait : « Pour les hommes mariés et les femmes mariées adultères, lapidez-les comme punition exemplaire d'Allah, car Allah est Puissant et Sage. »
6.8.2 La plupart de la sourate al-Aḥzāb a été perdue
Plusieurs hadiths authentiques rapportent que cette sourate contenait à l'origine autant de versets que la sourate al-Baqara (environ 286 versets), alors que la version actuelle n'en comporte que 73 Solide nuancé.
Ubayy ibn Ka'b aurait rapporté : « Il fut un temps où la sourate al-Aḥzāb était aussi longue que la sourate al-Baqara, et nous lisions dans cette sourate : "Le vieil homme et la vieille femme, s'ils commettent la fornication, lapidez-les comme punition d'Allah." »
6.8.3 Les sourates al-Ḥafd et al-Khal'
Tandis qu'Ibn Mas'ud omettait trois sourates (al-Fātiḥa, 113 et 114), Ubayy ibn Ka'b en incluait 116, dont deux sourates supplémentaires, al-Ḥafd et al-Khal'.
PARTIE VI (suite) — LES QIRA'AT ET AḤRUF
6.9 Le concept des Qirā'āt et leur variabilité
6.9.1 Le contexte
De nombreuses lectures orales possibles du Coran peuvent être imposées au rasm uthmanien. Le rasm uthmanien manquait de diacritiques, de la plupart des ʾalifs internes aux mots, et du pointage pour distinguer certaines consonnes.
Aujourd'hui, nous avons sept ou dix qirā'āt canoniques, qui sont des récitations ou lectures légèrement différentes du Coran.
6.9.2 Le nombre changeant de qirā'āt canoniques
- 25 ont été décrites par Abu ‘Ubayd al-Qāsim ibn Sallām (mort en 224 H) ;
- Le nombre a été restreint à sept après trois siècles, suite à un travail d'Abu Bakr ibn Mujāhid (mort en 936 EC) Solide ;
- Trois autres qirā'āt ont été ajoutées au canon par Ibn al-Jazarī (mort en 1429 EC).
6.9.3 Les transmetteurs canoniques (rāwī)
| Qārī (lecteur) | Région | Rāwī 1 | Rāwī 2 |
|---|---|---|---|
| Nāfi‘ al-Madanī (mort 169 H) | Médine | Qālūn | Warsh |
| Ibn Kathīr al-Makkī (mort 120 H) | La Mecque | Al-Buzzī | Qunbul |
| Abu ‘Amr al-Baṣrī (mort 154 H) | Bassora | al-Dūrī | al-Sūsī |
| Ibn ‘Āmir al-Dimashqī (mort 118 H) | Damas | Hisham | Ibn Dhakwan |
| ‘Āṣim ibn Abi al-Najūd (mort 127 H) | Koufa | Shu'ba | Ḥafṣ ★ |
| Ḥamza al-Zayyāt (mort 156 H) | Koufa | Khalaf | Khallad |
| al-Kisā'ī (mort 189 H) | Koufa | al-Layth | al-Dūrī |
| Abu Ja'far (mort 130 H) | — | ‘Īsā ibn Wardan | Ibn Jummāz |
| Ya'qub al-Yamānī (mort 205 H) | — | Ruways | Rawḥ |
| Khalaf (mort 229 H) | — | Isḥāq | Idrīs |
★ Ḥafṣ ‘an ‘Āṣim est aujourd'hui la lecture utilisée par ~95 % des musulmans dans le monde Solide.
6.10 La relation entre Qirā'āt et Aḥruf
La légitimité des variations dans les lectures orales est dérivée de certains hadiths qui rapportent que le Coran a été révélé à Mahomet en sept aḥruf. Le terme aḥruf signifie littéralement « mots » ou « lettres », mais est couramment traduit par « modes de récitation ».
6.11 Différences dans les Qirā'āt
Les musulmans entendent souvent dire que les différences entre les Qirā'āt peuvent être expliquées par des styles de prononciation, des règles de dialecte et d'orthographe. Ces règles, appelées uṣūl, s'appliquent à l'ensemble de la lecture, engendrant des dizaines de milliers de petites différences.
Cependant, il existe une autre catégorie, appelée farsh, qui inclut des différences individuelles. Dans quelques cas, les variantes ajoutent ou omettent des mots, et certaines sont des mots complètement différents ou se contredisent dans le sens.
6.11.1 L'exemple de Sourate 18:86 — la source boueuse / chaude
Dans le Coran 18:86, Dhul-Qarnayn trouve le soleil se couchant dans une source boueuse, selon les Qirā'āt des transmissions les plus populaires aujourd'hui. Cependant, dans environ la moitié des différentes Qirā'āt, le soleil se couche dans une source chaude Solide.
6.11.2 Tableau des différences Ḥafṣ / Warsh
| Verset | Ḥafṣ | Warsh | Effet |
|---|---|---|---|
| 2:125 | wa-takhidhū (« vous prenez ») | wa-takhadhū (« ils ont pris ») | Changement de sujet |
| 2:184 | miskīnin (« un pauvre ») | masākīna (« des pauvres ») | Singulier/pluriel |
| 3:146 | qātala (« il a combattu ») | qutila (« il a été tué ») | Sens opposé |
| 18:86 | ḥami'a (« boueuse ») | ḥāmiya (« chaude ») | Variante célèbre |
| 19:19 | li-ahaba (« que je donne ») | li-yahaba (« qu'il donne ») | Pronoms divergents dans les paroles de Gabriel à Marie |
| 21:4 | qāla (« Il dit ») | qul (« Dis ») | Différence majeure dans l'attribution du discours |
| 43:19 | ‘ibādu (« serviteurs ») | ‘inda (« auprès de ») | Mots complètement différents |
| 57:24 | Allāha huwa al-ghaniyyu | Allāha al-ghaniyyu | Présence/absence du pronom |
6.11.3 Différences entre les autres lectures canoniques
Voici quelques exemples, principalement de variantes conflictuelles dans des dialogues rapportés :
| Verset | Lecture A | Lecture B | Notes |
|---|---|---|---|
| 5:6 | Ibn Kathīr, Abū ‘Amr, Shu'ba et Ḥamza : wa-arjulikum (génitif → frottement, vue chiite) | Les autres : wa-arjulakum (accusatif → lavage, vue sunnite) | Variation grammaticale qui provoque des règles différentes pour les ablutions (wuḍū') entre sunnites et chiites |
| 17:102 | al-Kisā'ī : ‘alimtu (« j'ai su ») | Les autres : ‘alimta (« tu as su ») | Moïse parle à Pharaon. Lequel l'a-t-il dit ? |
| 11:81 | Ibn Kathīr et Abū ‘Amr : illa mra'atuka (nominatif) | Les autres : illa mra'ataka (accusatif) | Instructions contradictoires des anges à Lot |
| 37:12 | Ḥamza et al-Kisā'ī : ‘ajibtu (« je [Allah] me suis étonné ») | Les autres : ‘ajibta (« tu t'es étonné ») | Allah ressent l'émotion d'étonnement (controversé) |
6.12 Nombre de variantes (canoniques et non canoniques)
En tout, il existe environ 1 400 mots présentant des variantes parmi les lectures canoniques du Coran, soit environ deux pour cent du total Solide.
6.12.1 Au-delà des variantes canoniques
En 2002, Abd al-Latif al-Khaṭīb a publié un compendium autoritaire des variantes de qirā'āt, Mu‘jam al-Qira'āt. Les dix volumes principaux répertorient des variantes. Ensemble, ils couvrent environ 6 000 pages avec environ 5 variantes par page = ~30 000 variantes au total.
6.13 Origine des variantes de Qirā'āt
Marijn van Putten a démontré que, bien que les lectures canoniques respectent largement le rasm uthmanien, elles se conforment également aux variantes régionales de ce rasm. C'est un argument fort pour dire que les qirā'āt ne descendent pas oralement de Mahomet mais ont été reconstruites à partir du rasm.
6.14 Critique des variantes de lecture
Nasser a montré que des grammairiens tels qu'al-Farrā', et des savants comme al-Ṭabarī, critiquaient volontiers les variantes dans ces mêmes lectures peu avant qu'elles ne soient canonisées.
6.17 Le palimpseste de Sanaa
6.17.1 La découverte
Le manuscrit de Sanaa (ou palimpseste de Sanaa), appelé Ṣanʿā' 1 ou DAM 01-27.1, est l'une des plus anciennes copies du Coran existantes. Il a été découvert en 1972 dans le grenier de la grande mosquée de Sanaa.
Le texte inférieur du palimpseste de Sanaa, qui a ensuite été réécrit avec le Coran standard d'Othman, est daté du VIIe siècle de notre ère et présente de nombreuses variantes par rapport à ce texte standard Solide.
6.17.2 Découvertes académiques notables
Dans un article de 2012, Sadeghi et Mohsen Goudarzi ont identifié de nombreuses variantes qui auraient également été récitées par les compagnons de Mahomet.
6.17.3 Le travail d'Éléonore Cellard
Éléonore Cellard a publié en 2021 son étude détaillée de la nature physique du manuscrit, démontrant qu'il était autrefois un codex coranique complet, avec un ordre de sourates présentant certaines similitudes avec celui des premiers codex des compagnons.
6.17.4 Réfutation de la thèse Hilali
Asma Hilali a soutenu que le texte inférieur du palimpseste pourrait en fait avoir été un « cahier d'exercices pour étudiants ». Cette thèse est largement rejetée par les spécialistes (Sinai, Cellard, Sidky) Solide.
6.18 Le manuscrit de Birmingham et autres anciens témoins
- Fragment de Birmingham (Mingana 1572a) : la datation C14 initiale entre 568 et 645 a fait débat car bordée du début du VIe s. — un consensus émerge plutôt sur le milieu du VIIe s. Solide nuancé ;
- Codex Parisino-Petropolitanus (Codex Sina 1) : daté du début du VIIIe siècle ;
- Tübingen Ms. M a VI 165 : daté ~649-675 ;
- Codex Mashhad : autre témoin ancien.
6.19 Le rasm uthmanien et la fixation tardive de l'orthographe
L'écriture arabe primitive (rasm uthmanien) était « défective » : pas de voyelles courtes, pas de points diacritiques (i'jām) systématiques, pas d'alif internes systématiques.
6.19.1 L'introduction des points diacritiques
Les points diacritiques ont été ajoutés au VIIe-VIIIe siècle :
- Selon la tradition par Abū al-Aswad al-Du'alī sous Mu‘āwiya ;
- Puis systématisés par Yaḥyā ibn Ya'mar et Naṣr ibn ‘Āṣim sous ‘Abd al-Malik.
6.19.2 L'introduction des voyelles courtes
Les voyelles courtes (tashkīl) furent introduites par al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī au VIIIe siècle.
6.20 Le problème de la transmission supposée parfaite du Coran
6.20.1 Les critiques académiques : Crone et Cook
Des universitaires, tels que Patricia Crone et Michael Cook, ont formulé des critiques substantielles à l'égard de la transmission du Coran. Dans leur livre Hagarism: The Making of the Islamic World (1977), ils avancent l'idée que l'histoire islamique traditionnelle est en grande partie une construction ultérieure. Cette thèse, défendue dans les années 1970-80, est aujourd'hui largement nuancée, y compris par Cook lui-même Contesté.
6.20.2 Les découvertes de Jay Smith
Jay Smith, un apologiste chrétien, présente des critiques principalement basées sur celles de Gibson et de Crone Minoritaire.
6.23 Les efforts de standardisation du Coran
6.23.1 Le rôle d'Abd al-Malik
Sous le règne du cinquième calife omeyyade Abd al-Malik ibn Marwān, l'arabisation de l'administration et la réforme monétaire ont contribué à la centralisation du pouvoir.
6.23.2 Pièces arabo-byzantines
Les pièces de monnaie arabo-byzantines du VIIe siècle sont hybrides : inscriptions en arabe + symboles chrétiens. Le premier dinar en or omeyyade a été frappé en 696 EC Solide.
6.25 Le scandale Yasir Qadhi sur les Qirā'āt
Cheikh Yasir Qadhi, théologien sunnite éminent, a publiquement reconnu que les questions relatives aux aḥruf et qirā'āt sont extrêmement complexes et que même les érudits les plus avancés ne sont pas entièrement certains de toutes les réponses Solide nuancé.
6.26 Les efforts de standardisation modernes
6.26.1 Égypte : Al-Azhar et l'édition de 1924
L'édition cairote de 1924 est aujourd'hui la version de référence mondiale du Coran (lecture Ḥafṣ ‘an ‘Āṣim) Solide.
6.26.2 Arabie Saoudite : Médine
L'Arabie Saoudite, en tant que gardienne des lieux saints de l'Islam, a également promu l'imprimerie et la distribution de copies exactes du Coran selon la récitation de Ḥafṣ, via la King Fahd Quran Printing Complex à Médine.
PARTIE VII — CONTRADICTIONS, ABROGATIONS ET INCOHÉRENCES NARRATIVES
7.1 L'abrogation (Naskh)
Le concept de l'abrogation (naskh) dans le Coran est un sujet de débat. L'abrogation fait référence à des versets coraniques ultérieurs qui annulent ou remplacent des versets antérieurs Solide.
7.1.1 Le verset de l'épée (Sourate 9:5) et les versets de la tolérance
Selon de nombreux juristes classiques (en particulier hanbalites), le verset de l'épée (Sourate At-Tawba 9:5) abroge des versets antérieurs prônant la tolérance religieuse — toutes les écoles juridiques ne le considèrent cependant pas ainsi Contesté :
« Puis, quand les mois sacrés expirent, tuez les polythéistes où que vous les trouviez ; capturez-les, assiégez-les, et guettez-les dans toute embuscade. Mais s'ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent l'aumône, alors laissez-leur la voie libre. »
Ce verset semble contredire des passages antérieurs, tels que :
- Sourate Al-Baqara 2:256 : « Pas de contrainte en religion. »
- Sourate Al-Kāfirūn 109:6 : « Vous avez votre religion et j'ai ma religion. »
7.1.2 L'abrogation des peines pour l'adultère
Selon certains hadiths, un verset coranique prescrivant la lapidation aurait été révélé mais n'a pas été inclus dans le texte final du Coran (cf. Sahih Bukhari 6829). Cependant, le Coran lui-même prescrit une autre peine dans la Sourate An-Nūr 24:2 : « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez chacun d'eux de cent coups de fouet. »
7.1.3 Les versets sur l'intérêt (usure)
| Verset | Position |
|---|---|
| Sourate Ar-Rūm 30:39 | Moralement douteux mais pas interdit |
| Sourate Al-Baqara 2:275 | Interdiction stricte |
| Sourate Al-Baqara 2:278-279 | « Recevez l'annonce d'une guerre de la part d'Allah et de Son messager » |
7.1.4 La direction de la prière (Qibla)
Au début de l'Islam, les musulmans se tournaient vers Jérusalem. Ce commandement a été abrogé par un nouveau verset, changeant la direction de la prière vers la Kaaba à La Mecque (Sourate Al-Baqara 2:144).
7.1.5 Le nombre d'adversaires à combattre
- Sourate Al-Anfāl 8:65 : 1 vs 10
- Sourate Al-Anfāl 8:66 : « Maintenant, Allah a allégé votre charge. » 1 vs 2
7.1.6 L'aumône avant l'entretien
- Sourate Al-Mujādila 58:12 : Obligation
- Sourate Al-Mujādila 58:13 : « Si vous ne le faites pas, et qu'Allah se tourne vers vous avec indulgence, alors accomplissez la prière... »
7.1.7 Tableau synthétique des abrogations majeures
| Sujet | Verset abrogé | Verset abrogeant |
|---|---|---|
| Tolérance vs combat | « Pas de contrainte en religion » (2:256) | « Tuez les polythéistes » (9:5) Contesté |
| Alcool | Toléré (16:67) | Avertissement (2:219) → Interdit (5:90) |
| Qibla | Vers Jérusalem | Vers La Mecque (2:144) |
| Combat | 1 vs 10 (8:65) | 1 vs 2 (8:66) |
| Aumône avant entretien | Obligatoire (58:12) | Annulé verset suivant (58:13) |
| Adultère | Lapidation (verset perdu) | Flagellation (24:2) |
7.2 Incohérences narratives majeures
7.2.1 La création de l'homme : six versions
| Référence | Substance d'origine |
|---|---|
| Sourate 15:26, 32:7, 38:71-72 | Argile (ṭīn, ṣalṣāl) |
| Sourate 16:4, 75:37, 80:19 | Goutte de sperme (nuṭfa) |
| Sourate 23:14, 96:2 | Caillot de sang (‘alaq) |
| Sourate 32:8 | Eau vile |
| Sourate 25:54 | Eau |
| Sourate 3:59 | Comme Adam, par décret « Sois » |
7.2.2 Le récit de Noé
Le récit coranique de « l'eau jaillissant du four » (at-tannūr, Sourate 11:40, 23:27) provient directement du Talmud babylonien (Rosh Hashanah 12a).
7.2.3 La crucifixion de Jésus
Le Coran, dans la Sourate 4:157, rejette la crucifixion de Jésus, contrairement aux récits chrétiens canoniques et historiques (y compris dans des sources non-chrétiennes comme Josèphe et Tacite).
7.2.4 Marie et Myriam
Le Coran appelle Marie (mère de Jésus) « Sœur d'Aaron » (Sourate 19:28) et « Fille d'Imran » (Sourate 66:12, 3:35-36), confondant deux personnages bibliques séparés par environ 1 300-1 500 ans Solide.
L'apologétique de Mahomet
« Les gens de l'époque ancienne donnaient des noms d'après les noms de leurs prophètes et des hommes pieux qui avaient vécu avant eux. » — Sahih Muslim 2135
Cette réponse est insatisfaisante car le passage 3:35-36 nomme aussi la mère de Marie « femme d'Imran », ce qui est une question d'identification généalogique, non de simple coïncidence onomastique.
7.2.5 Haman et Pharaon
Le Coran (28:6, 28:38, 29:39, 40:24, 40:36-37) place Hāmān comme conseiller de Pharaon en Égypte. Or, dans la Bible, Haman est le vizir perse du roi Assuérus (Xerxès Ier), Livre d'Esther, Ve siècle av. J.-C. — soit environ un millénaire après Moïse Solide.
7.2.6 Le Samaritain et le Veau d'Or
Le Coran (Sourate 20:85-97) nomme un Sāmirī (« le Samaritain ») comme instigateur du Veau d'Or pendant l'Exode. Or, les Samaritains n'ont émergé qu'après la division du royaume d'Israël (Xe siècle av. J.-C.) et la chute de Samarie en 722 av. J.-C. — anachronisme largement reconnu, malgré quelques contre-interprétations apologétiques Solide nuancé.
7.2.7 Alexandre le Grand (Dhul-Qarnayn)
Le Coran (Sourate 18:83-101) décrit Dhul-Qarnayn construisant un mur de fer contre Gog et Magog. Le récit s'inspire directement de la Légende syriaque d'Alexandre (Neṣḥānā d-Aleksandros, vers 629-630 EC). Kevin van Bladel a démontré la dépendance textuelle directe Solide.
7.2.8 Pharaon : sauvé ou noyé ?
| Verset | Affirmation |
|---|---|
| Sourate 10:92 | « Aujourd'hui Nous te sauvons en ton corps... » — Pharaon est sauvé (corps préservé) |
| Sourate 28:40 | « Ainsi le tourment l'enveloppa, alors qu'il était englouti » — Pharaon est englouti |
Tension exégétique réelle, résolue par les exégètes en disant que Dieu sauve le corps (cadavre) après la noyade Solide nuancé.
7.3 Incohérence narrative sur la Torah et l'Injīl
7.3.1 Le Coran confirme la Torah et l'Évangile
Le Coran mentionne à plusieurs reprises la Torah (Tawrāt) et l'Évangile (Injīl) en tant que révélations divines précédant la révélation coranique :
- Sourate 5:46-47 : « Nous lui avons donné l'Évangile, où il y a guide et lumière »
- Sourate 3:3-4 : « Il a fait descendre la Torah et l'Évangile auparavant, comme guide pour les gens. »
- Sourate 5:68 : « Vous ne tenez sur rien tant que vous ne vous conformez pas à la Torah, à l'Évangile »
7.3.2 La doctrine du tahrīf
Or, la doctrine du tahrīf (falsification de la Bible) postule que les Écritures juives et chrétiennes auraient été corrompues. Si tel était le cas avant le VIIe siècle :
- Pourquoi le Coran les invoque-t-il comme autorité ?
- Les manuscrits bibliques antérieurs au Coran (Codex Sinaiticus IVe s., Manuscrits de la mer Morte IIe s. av. n. è. – Ier s.) sont identiques aux versions actuelles. Aucune falsification massive ne peut être démontrée.
7.4 Allah vs Yahvé : le grand absent
Le nom propre du Dieu d'Israël dans la Bible hébraïque est le tétragramme YHWH. Ce nom n'apparaît jamais dans le Coran, ne figure pas dans les 99 « plus beaux noms » d'Allah, et ne subsiste qu'à travers les noms théophoriques arabisés des prophètes Solide.
PARTIE VIII — CRITIQUES SCIENTIFIQUES
8.1 Le concordisme et ses limites
Le concordisme en islam est une approche exégétique qui cherche à harmoniser les enseignements du Coran avec les découvertes scientifiques modernes. Cette méthode vise à montrer que le texte coranique contient des connaissances précises et des vérités scientifiques bien avant qu'elles ne soient découvertes par la science contemporaine.
8.1.1 Critiques du concordisme
Le concordisme est souvent accusé d'anachronisme, de sélection hâtive des versets, de réduction de la richesse exégétique, et des risques liés à la science changée.
8.1.2 Débunking des « miracles scientifiques » les plus cités
| Affirmation concordiste | Réalité |
|---|---|
| Forme d'œuf d'autruche de la Terre (Sourate 79:30) | La Terre est une sphère légèrement aplatie aux pôles |
| Tectonique des plaques (Sourate 78:6-7) | Les montagnes sont décrites comme des piquets stabilisant la Terre, pas comme des plaques mobiles |
| Chair avant les os (Sourate 23:14) | En réalité, os et muscles se développent simultanément |
| Embryologie moderne (Sourate 23:12-14) | Les descriptions correspondent plutôt à l'embryologie de Galien (IIe s.) Solide |
| Théorie du Big Bang (Sourate 21:30) | Interprétation rétrospective |
| Expansion de l'univers (Sourate 51:47) | Interprétation après coup |
| Sept cieux et sept terres (Sourate 65:12) | Cosmologie mésopotamienne |
8.2 Erreurs scientifiques attestées dans le Coran
8.2.1 Astronomie
Géocentrisme
Le Coran mentionne à plusieurs reprises que le Soleil et la Lune voyagent sur un falak (« orbite »). Mais le Coran ne mentionne pas une seule fois que la Terre le fait aussi.
Sourate 36:37-40 : « Et le soleil court vers un gîte qui lui est assigné »
Il y a aussi des hadiths sahih (Sahih Muslim 1:297) qui mentionnent le cycle quotidien du soleil en utilisant le même mot arabe pour signifier un lieu de repos sous le trône d'Allah.
Le lieu où le soleil se couche
Sourate 18:86 : « Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse »
Durant les premiers siècles de l'islam, l'interprétation unique était que ce sont les endroits où se couche littéralement le soleil.
La Terre et les Cieux créés en 6 jours
Sourate 50:38 : « Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui existe entre eux en six jours »
Mais selon Sourate 41:9-12, la Terre spécifiquement a été créée en deux jours, et en quatre jours ont été créées les montagnes et la subsistance — soit 2 + 4 + 2 = 8 jours au total, en contradiction avec les autres versets qui mentionnent 6 jours.
La Terre créée avant les étoiles
Le Coran décrit la Terre comme étant entièrement formée AVANT les étoiles (Sourate 41:9-12). Or, les éléments de la croûte terrestre se sont d'abord formés dans les étoiles par nucléosynthèse.
Les cieux faits de fumée
Sourate 41:11-12 : « Il S'est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée »
La lune séparée en deux
Sourate 54:1 : « L'Heure approche et la lune s'est fendue. »
Il n'y a aucune preuve scientifique suggérant que la lune ait jamais été divisée en deux parties. Les Romains, les Grecs, les Égyptiens, les Perses, les Chinois et les Indiens avaient des astronomes passionnés qui auraient dû voir cet événement.
La nature de la Lune
Les érudits musulmans modernes ont parfois soutenu que le Coran avait prédit la prise de conscience que la Lune n'émet pas sa propre lumière. Le mot arabe pour réfléchi (in'ikās) n'apparaît pas dans les deux versets coraniques. Au lieu de cela, le mot noor (« une lumière ») est utilisé.
Les étoiles : projectiles contre les démons
Sourate 37:6-10 : « Nous avons décoré le ciel le plus proche d'un décor : les étoiles, afin de le protéger contre tout diable rebelle... il est alors pourchassé par un météore transperçant. »
Le ciel comme structure physique
Les cieux coraniques sont comme des toits (Coran 2:22, 21:32, 40:64), en couches (71:15, 67:3).
Le ciel décrit comme quelque chose qui peut tomber
Sourate 52:44 : « Et s'ils voient tomber des fragments du ciel »
Sourate 22:65 : « Il retient le ciel de tomber sur la terre »
L'oubli des pôles nord et sud
Aux pôles, le jour et la nuit durent alternativement six mois. Ces circonstances rendent impraticables bon nombre des rituels islamiques les plus importants et suggèrent que l'auteur du Coran et des hadiths n'était pas conscient des distorsions extrêmes.
8.2.2 Tableau astronomie
| Affirmation coranique | Réalité scientifique |
|---|---|
| Le Soleil et la Lune voyagent sur une orbite ; jamais d'orbite terrestre mentionnée | La Terre orbite le Soleil. Le Coran ne mentionne jamais l'orbite terrestre |
| Le Soleil se couche dans une source boueuse (18:86) | Le Soleil ne se couche nulle part sur Terre |
| Les étoiles sont des projectiles contre les démons (37:6-10, 67:5) | Les étoiles sont des astres gigantesques ; les météores sont des débris atmosphériques |
| La Lune a été fendue en deux (54:1) | Aucune preuve géologique ou astronomique |
| 7 cieux et 7 terres (65:12) | L'univers contient des milliards de galaxies |
| Le ciel est un toit/plafond (21:32) | L'espace est un vide |
8.2.3 Biologie et médecine
Sperme provenant entre la colonne vertébrale et les côtes
Sourate 86:5-7 : « Il a été créé d'une giclée d'eau sortie d'entre les lombes et les côtes. »
La science moderne a montré que le sperme provient des testicules.
L'embryon formé à partir de sperme
Le Coran décrit la formation initiale d'un embryon humain à partir d'un fluide émanant de l'homme. Cela reflète l'opinion répandue à cette époque selon laquelle le sperme est le matériau à partir duquel l'embryon est initialement formé, comme l'enseignent Hippocrate, Galien et le Talmud juif.
Oubli de l'ovule
Le Coran, dans toute sa discussion sur la reproduction humaine, ne mentionne pas le rôle de l'ovule.
L'humain créé d'un caillot de sang
Sourate 23:14 : « Puis Nous avons fait du sperme une adhérence (caillot de sang) »
La science moderne a révélé qu'il n'y a aucun stade dans le développement embryonnaire où le matériel pertinent est un caillot de sang.
Les os formés avant la chair
Sourate 23:14 : « Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair »
Ce passage du Coran est à nouveau très similaire au médecin grec Galien (De semine, IIe s.) Solide.
Le fœtus dans « 3 ténèbres »
Sourate 39:6 : « Il vous crée dans les ventres de vos mères, création après création, dans trois ténèbres. »
L'idée de trois membranes autour du fœtus a été enseignée par Galien.
La fonction du cœur
Le Coran décrit le cœur comme un lieu de contemplation, de réflexion et même de décision en dehors du cerveau (Sourate 17:46, 11:5). Cette croyance était perçue d'une manière littérale.
La source et la pureté du lait
Sourate 16:66 : « — [un produit] extrait du [mélange] des excréments [intestinaux] et du sang — un lait pur »
8.2.4 Tableau biologie et médecine
| Affirmation | Réalité |
|---|---|
| Le sperme provient entre les lombes et les côtes (86:6-7) | Le sperme est produit dans les testicules |
| L'homme est créé d'un caillot de sang (23:14, 96:2) | L'embryon se développe à partir d'un zygote |
| Les os sont formés avant la chair (23:14) — directement repris de Galien | Os et muscles se développent simultanément Solide |
| Le lait vient des excréments et du sang (16:66) | Le lait est produit par les glandes mammaires |
| Le cœur est le siège de l'intelligence (17:46, 11:5) | Le cerveau est le siège de la conscience et de la pensée |
| Les fourmis parlent (27:18-19) | Les fourmis communiquent par phéromones |
| Trois ténèbres entourent le fœtus (39:6) | Reflète la doctrine galénique |
8.2.5 Géologie et météorologie
La Terre étendue et plate
Sourate 88:20 : « Et la terre, comment elle est nivelée ? »
Le commentaire coranique d'al-Jalālayn est d'accord avec cette compréhension du verset, disant que les juristes de son époque conviennent que la terre est plate et non sphérique.
La Terre comme tapis et comme lit
Sourate 71:19 : « Et c'est Allah qui vous a fait de la terre un tapis. »
Sourate 78:6-7 : « N'avons-Nous pas fait de la terre une couche ? Et (placé) les montagnes comme des piquets ? »
Barrière infranchissable entre l'eau douce et l'eau salée
Sourate 25:53 : « Et Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable. »
La science a montré que la séparation eau douce / eau salée est temporaire dans les estuaires, et finit par s'homogénéiser.
Les montagnes empêchent la terre de trembler
Sourate 16:15 : « Et Il a implanté des montagnes immobiles dans la terre afin qu'elle ne branle pas. »
Au contraire, les montagnes sont le résultat de l'activité tectonique, qui provoque les tremblements de terre.
Allah frappe avec la foudre
Sourate 13:13 : « Il envoie les foudres et en frappe qui Il veut. »
8.2.6 Erreurs zoologiques
Les fourmis conversent
Sourate 27:18-19 : « Ô fourmis, rentrez dans vos demeures, de peur que Salomon ne vous écrase »
Tous les animaux vivent en communautés
Sourate 6:38 : « Il n'y a pas d'animal sur terre qui n'appartienne à des communautés comme la vôtre. »
De nombreux animaux sont solitaires (jaguars, léopards, tortues marines).
Le vol des oiseaux : un miracle
Sourate 16:79 : « Rien ne les retient si ce n'est Allah. »
8.2.7 Erreurs historiques notables
Crucifixions dans l'Égypte ancienne
La première référence historique à la crucifixion date de ~500 av. n. è. Le Coran fait état de crucifixions à l'époque de Moïse et de Joseph (Sourate 12:41, 20:71) — donc bien avant Solide.
David inventeur de la cotte de mailles
Les historiens attribuent généralement l'invention de la cotte de mailles aux Celtes au IIIe siècle av. n. è. Or le Coran (Sourate 21:80, 34:10-11) dit que David l'a inventée au Xe siècle av. n. è. Solide nuancé.
Les tombes nabatéennes d'al-Ḥijr présentées comme « maisons » de Thamoud
Le Coran (7:74, 26:149, 89:9) décrit les Thamoud comme « taillant dans les montagnes des maisons avec habileté ». On sait aujourd'hui qu'il s'agit en fait de tombes sculptées, et qu'elles ont été construites par les Nabatéens entre le IIe siècle av. n. è. et le IIe siècle EC Solide.
Esdras (Uzayr) considéré comme fils de Dieu
Le Coran affirme que les Juifs considèrent Esdras (‘Uzayr) comme fils de Dieu — doctrine inconnue du judaïsme historique (Sourate 9:30) Solide.
Marie comme partie de la Trinité
Le Coran (Sourate 5:116) laisse entendre que les chrétiens prennent Jésus et Marie pour deux divinités. La doctrine chrétienne dominante n'a jamais considéré Marie comme faisant partie de la Trinité.
PARTIE IX — ÉTHIQUE, MORALE ET DROIT
9.1 La place de la femme
Le Coran et les hadiths contiennent de nombreux versets et récits concernant le statut et le rôle des femmes.
9.1.1 Tableau récapitulatif des problèmes
| Problème | Référence | Description |
|---|---|---|
| Autorité légale du mari | Coran 4:34 | Les hommes ont autorité sur les femmes ; en cas de désobéissance redoutée : exhortation, séparation au lit, frapper |
| Témoignage | Coran 2:282 | Le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme |
| Héritage | Coran 4:11-12 | La fille hérite la moitié de la part du fils |
| Polygamie | Coran 4:3 | Jusqu'à 4 épouses ; Mahomet bénéficie d'une dispense personnelle (33:50) |
| Mariage d'Aïcha | Sahih al-Bukhari 5134, Sahih Muslim 1422 | Mariage à 6 ans, consommation à 9 ans Solide |
| Voile (Hijāb) | Coran 33:59, 24:31 | Verset révélé après que Sawda bint Zam'a fut reconnue de nuit par Omar (Sahih al-Bukhari 8:74:257) |
| Esclavage sexuel | Coran 4:24, 23:6, 33:50, 70:30 | Relations licites avec « ce que possède la main droite » (captives) |
| Statut sexuel comparé | Coran 2:223 | « Vos femmes sont un labour pour vous, allez à votre labour comme vous le voulez » |
9.2 L'esclavage en Islam
L'esclavage est une institution profondément enracinée dans les textes fondateurs de l'Islam. Ces textes, au lieu de condamner l'esclavage, le reconnaissent et en régissent les pratiques.
9.2.1 Le Coran et l'esclavage
| Référence | Contenu |
|---|---|
| Sourate 4:3 | Possibilité de prendre des esclaves en mariage |
| Sourate 24:33 | Émancipation suggérée mais non obligatoire |
| Sourate 16:75 | L'esclavage présenté comme ordre divin naturel |
| Sourate 33:50 | Permet aux hommes de posséder des esclaves féminines et de les prendre comme concubines |
| Sourate 23:6 ; 70:30 | Relations sexuelles licites avec « ce que possède la main droite » |
| Sourate 4:24 | Captives de guerre sexuellement disponibles pour leurs maîtres |
9.2.2 Bilāl, Anjasha et Mid'am : la valeur de l'esclave noir
L'histoire de Bilāl ibn Rabāḥ, l'un des compagnons les plus célèbres du Prophète Mahomet, est souvent citée comme un exemple de l'Islam s'élevant contre l'esclavage et le racisme.
L'histoire de Mid'am
L'histoire de Mid'am, un esclave de Mahomet, illustre une application inégale de la justice. Lors d'un retour de bataille, alors qu'il déchargeait le fardeau de l'animal, Mid'am fut tué par une flèche perdue. Suite à cet incident, Mahomet déclara que Mid'am était voué à l'enfer pour avoir pris une pièce de vêtement parmi le butin de guerre (Sahih al-Bukhari 6707) Solide.
Le prix d'un esclave arabe vs deux esclaves noirs
Un autre hadith authentique (Sahih Muslim 1602) rapporte que Mahomet a acheté un esclave arabe pour le prix de deux esclaves noirs Solide nuancé.
9.2.3 Mariya la Copte et l'esclavage sexuel
Mariya la Copte, une esclave chrétienne offerte avec sa sœur Sirine à Mahomet par un dignitaire égyptien, est devenue sa concubine.
9.2.4 La persistance de l'esclavage dans le monde musulman
- Arabie Saoudite : abolition formelle en 1962 ;
- Yémen : abolition formelle en 1962 ;
- Mauritanie : abolition en 1981, criminalisation effective seulement en 2007 ;
- Libye contemporaine : marchés d'esclaves migrants africains documentés (CNN, 2017).
9.2.5 Les révoltes d'esclaves noirs dans le monde musulman
1. La Révolte des Zanj (869-883)
L'une des plus longues et des plus violentes révoltes d'esclaves de l'histoire. Les Zanj étaient des esclaves noirs originaires principalement d'Afrique de l'Est, qui travaillaient dans les marais salants de la région de Bassorah. La révolte dura 14 ans.
2. La Révolte des esclaves noirs en Égypte (1169)
Sous la dynastie des Ayyoubides, les esclaves noirs ont également tenté de se soulever.
3. La Révolte des esclaves à Zanzibar (XIXe siècle)
Zanzibar a été le théâtre de plusieurs révoltes d'esclaves noirs au XIXe siècle.
9.3 Le mariage d'enfants et la consommation prépubère
9.3.1 Aïcha et le mariage à 6/9 ans
Aïcha : Mariée à 6 ans, consommation à 9 ans (Sahih al-Bukhari 5134, Sahih Muslim 1422). Plusieurs hadiths sahih convergent (Bukhari 7:62:88, 5158) Solide.
9.3.2 Le verset coranique sur la viduité (Sourate 65:4)
Le Coran lui-même contient des versets qui semblent confirmer l'acceptation du mariage avec des filles prépubères :
Sourate 65:4 : « Et celles parmi vos femmes qui n'espèrent plus avoir de règles, si vous avez des doutes à leur sujet, leur délai d'attente est de trois mois. De même pour celles qui n'ont pas encore eu de règles. »
La consommation comme préalable confirmé par Sourate 33:49
Sourate 33:49 : « Quand vous vous mariez avec des croyantes et qu'ensuite vous divorcez d'avec elles avant de les avoir touchées (consommé le mariage), vous ne pouvez leur imposer aucun délai d'attente. »
Conséquence logique implacable : pas de viduité si le mariage n'a pas été consommé (33:49) ; viduité de 3 mois pour les filles « qui n'ont pas encore eu leurs règles » (65:4) → le Coran prévoit explicitement la consommation des mariages avec des filles prépubères. Cette lecture est confirmée par les tafsirs classiques (Ibn Kathir, Maududi) Solide.
9.3.3 Conséquences contemporaines
- Yémen : pas de minimum légal pour le mariage avant 1999 ; mariages d'enfants documentés régulièrement (cas notable de Nujood Ali, 10 ans en 2008) ;
- Iran : âge légal 13 ans pour les filles (avec exceptions à 9 ans avec autorisation paternelle et judiciaire) ;
- Afghanistan : sous les Talibans, mariages d'enfants massifs.
9.4 L'homosexualité
L'homosexualité est :
- Condamnée comme « perversion » dans les versets sur le peuple de Loth (Sourate 7:80-84, 26:165-166, 27:54-55) ;
- Punie par la peine de mort selon les hadiths (Abou Dawud 4462, Tirmidhi 1456).
Application contemporaine : peine de mort dans plusieurs pays musulmans (Iran, Arabie saoudite, Yémen, Soudan, Mauritanie).
9.5 Apostasie et dhimmitude
9.5.1 Apostasie : peine de mort
« Quiconque change de religion, tuez-le. » — Sahih al-Bukhari 9:84:57
9.5.2 Dhimmitude
Statut de second rang pour les non-musulmans, soumis à la jizya et à des restrictions légales et sociales.
Sourate 9:29 : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier... jusqu'à ce qu'ils versent la jizya par leurs propres mains, après s'être humiliés. »
9.6 Le djihad et la violence
9.6.1 Le hadith du « grand djihad » est faible
Le hadith célèbre selon lequel Mahomet aurait dit : « Nous revenons du petit djihad au grand djihad » est jugé faible (ḍa'īf) par la critique classique elle-même (Ibn Hajar al-Asqalani).
Le djihad armé, en revanche, est massivement attesté dans les sources canoniques.
9.6.2 Versets fondateurs du djihad armé
| Verset | Contenu |
|---|---|
| Sourate 9:5 (« verset de l'épée ») | « Tuez les associateurs où que vous les trouviez... » |
| Sourate 9:29 | Combat des « gens du Livre » jusqu'à ce qu'ils versent la jizya |
| Sourate 8:39 | Combattre jusqu'à ce que la religion soit toute à Allah |
| Sourate 47:4 | « Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru, frappez-en les cous » |
9.6.3 Continuité historique
| Période | Manifestation |
|---|---|
| Conquêtes Rāshidūn (632-661) | Guerres de Ridda, conquête du Levant, de l'Égypte, de la Perse |
| Omeyyades (661-750) | Maghreb, Espagne, Indus |
| Djihad africain | Usman dan Fodio (1804) ; El Hadj Omar Tall (1852) ; Mahdi du Soudan (1881) |
| Djihadisme contemporain | Al-Qaïda, Daech, Boko Haram, Al-Shabaab, AQMI |
9.7 La Charia et les châtiments hudud
| Crime | Peine (Hudud) | Référence |
|---|---|---|
| Vol | Amputation de la main | Coran 5:38 |
| Adultère | Flagellation 100 coups (Coran) ou lapidation (hadith) | Coran 24:2 / Sahih Muslim 17:4194 |
| Apostasie | Peine de mort | Sahih al-Bukhari 9:84:57 |
| Consommation d'alcool | 40 à 80 coups de fouet | Hadith |
| Brigandage (ḥirāba) | Mort, crucifixion, amputation croisée, exil | Coran 5:33 |
9.8 L'éthique de Mahomet
9.8.1 Mariages controversés
- Aïcha : consommation à 9 ans.
- Zaynab bint Jaḥsh : ex-épouse de son fils adoptif Zayd ibn Ḥāritha. Pour justifier ce mariage culturellement scandaleux, le Coran (33:37-40) abroge l'institution de l'adoption.
- Safiyya bint Ḥuyayy : épousée le jour même de la mort de son mari Kinana.
- Juwayriyya bint al-Ḥārith : capturée lors de l'attaque par surprise des Banū Mustaliq.
- Mariya la Copte : concubine, esclave chrétienne offerte par le patriarche d'Égypte.
9.8.2 Liste détaillée des assassinats commandités ou approuvés
Voici la liste des homicides commandités ou soutenus par Mahomet, telle qu'attestée dans les sources musulmanes classiques. La majorité sont attestés dans Ibn Ishaq / Ibn Hisham, parfois aussi dans les hadiths sahih ; quelques cas (Asma bint Marwan, Abu Afak) sont classés faibles par certains muḥaddithūn classiques mais acceptés comme historiques par la sira et défendus par des académiques (W. M. Watt) Solide nuancé.
| N° | Victime | Date | Raison invoquée | Sources principales |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Asma bint Marwan | Janv. 624 | Poésie satirique | Ibn Hisham & Ibn Ishaq ; Ibn Sa'd Contesté |
| 2 | Abu ‘Afak (poète juif centenaire) | Févr. 624 | Poésie satirique | Ibn Hisham & Ibn Ishaq ; Ibn Sa'd Contesté |
| 3 | Al-Nadr ibn al-Harith | Mars 624 (après Badr) | Critique poétique | Coran 8:31 ; Ibn Hisham |
| 4 | Uqba bin Abu Muayt | Mars 624 | Avait jeté des entrailles d'animaux morts sur Mahomet en prière | Sahih Bukhari 1:9:499 |
| 5 | Ka'b ibn al-Ashraf | Sept. 624 | Élégies sur les morts de Badr | Sahih Bukhari 5:59:369 ; Sahih Muslim 19:4436 |
| 6 | Abu Rafi ibn Abi al-Huqaiq | Déc. 624 | Soutien aux Confédérés | Sahih Bukhari 4:52:264 ; 5:59:370-372 |
| 12 | Banū Qurayẓa (tribu entière) | Févr.-Mars 627 | Trahison présumée — 600 à 900 hommes décapités, femmes et enfants en esclavage | Coran 33:26 ; Sahih Bukhari 4:52:68 Solide |
| 43 | Kinana ibn al-Rabi | Juillet 628 | Torturé au feu pour révéler trésor caché, puis décapité | Ibn Hisham, Sira II:515 |
À cela s'ajoutent au moins 43 cas documentés au total, plus :
- Le massacre des Banū Mustaliq : attaque par surprise alors qu'ils puisaient de l'eau ;
- Umm Qirfa (vieille femme de Banū Fazara) : exécutée par écartèlement entre deux chameaux (al-Tabari Vol. 8 p. 96) Solide nuancé.
9.8.3 Autres actes controversés
- Attaques de caravanes Quraysh dès Médine — pillages économiques.
- Massacre des Banū Qurayẓa : décapitation de tous les hommes pubères (600 à 900) en un jour.
- Expulsion des Banū Qaynuqā' et Banū al-Naḍīr avec confiscation des biens.
- Brûler les maisons de ceux qui manqueraient la prière en commun (Sahih al-Bukhari 644).
- Bataille de Khaybar : femmes capturées comme esclaves sexuelles.
- Rupture du traité de Hudaybiyyah après seulement deux ans (sur dix prévus) pour conquérir La Mecque.
9.8.4 Plagiat du « Notre Père » chrétien
Selon ce hadith jugé faible (ḍa'īf) par les muḥaddithūn classiques, mais frappant par son parallèle textuel avec le Pater Noster Contesté :
Sunan Abi Dawud 3892 (Abu Darda) : « Notre Seigneur est Allah qui est aux cieux, que son Nom soit sanctifié, Son commandement et sa miséricorde règnent sur la terre comme aux cieux ; Pardonne-nous nos erreurs et nos péchés... »
9.9 Les versets sataniques
9.9.1 Le verset de l'aorte (Sourate 69:44-46)
Sourate al-Hāqqa 69:44-46 : « Et s'il avait forgé quelques paroles à Nous attribuer, Nous l'aurions saisi de la main droite, ensuite Nous lui aurions tranché l'aorte. »
Ce verset constitue une menace divine : si Mahomet inventait des révélations, sa mort serait celle-ci.
9.9.2 L'épisode des versets sataniques
Selon Ibn Ishaq, al-Tabari (Tafsīr et Tārīkh), Ibn Sa'd, al-Wāqidī : Mahomet aurait initialement prononcé, comme révélation divine, des vers reconnaissant le pouvoir intercessoire des trois déesses Al-Lāt, Al-‘Uzzā, Manāt :
« Avez-vous vu Al-Lāt et Al-‘Uzzā, et Manāt, cette troisième autre ? Ce sont les sublimes déesses dont l'intercession est espérée. »
(Ces vers ne sont pas dans le Coran tel que nous le connaissons aujourd'hui.)
L'historicité de l'épisode est défendue par Shahab Ahmed (Before Orthodoxy, 2017) et Sean Anthony, mais rejetée par Sinai et la plupart des théologiens musulmans Solide nuancé.
9.10 La bataille de Khaybar et l'agneau empoisonné
9.10.1 Contexte
En 628, après l'expulsion de Médine, les Banū Naḍīr s'étaient réfugiés à Khaybar, une forteresse juive au nord de Médine.
9.10.2 Kinana ibn al-Rabi'
Selon les récits historiques, après la conquête de Khaybar par les forces musulmanes, Kinana fut capturé. On l'accusa de cacher le trésor de sa tribu. Après des interrogations brutales (torture au feu), il fut exécuté sur l'ordre de Mahomet.
9.10.3 Zaynab bint al-Harith et l'agneau empoisonné
Zaynab bint al-Harith, une femme de Khaybar, prépara un agneau empoisonné pour Mahomet et ses compagnons.
Selon certaines sources, Mahomet fut averti par l'agneau avant d'en consommer, mais pas avant que son compagnon Bishr ibn al-Bara' ne l'ait mangé, ce qui le conduisit à une mort douloureuse.
9.10.4 La rencontre de Mahomet avec Oum Bishr
Sahih Bukhari 4428 : « Ô Oum Bishr, je ressens encore la douleur de la nourriture que j'ai mangée à Khaybar, et il me semble que mon aorte est coupée. »
Le hadith est authentique ; le rapprochement avec 69:44-46 est une lecture critique reposant sur des sources authentiques Solide nuancé.
9.10.5 L'agonie de Mahomet
Les derniers jours de Mahomet furent marqués par une longue agonie. Il aurait cherché à guérir, essayant diverses méthodes, mais sans succès.
PARTIE X — PROBLÈMES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES
10.1 La question de La Mecque
10.1.1 Absence de mentions pré-islamiques
- Aucune mention de La Mecque dans les sources byzantines, perses, ou gréco-romaines avant le VIIe siècle. Patricia Crone elle-même reconnaît qu'il y a quelques mentions ambiguës (Macoraba chez Ptolémée, peut-être) Solide nuancé.
- Ptolémée (IIe s.) mentionne Macoraba en Arabie ; identification effectivement contestée, mais c'est une identification ancienne et plausible.
- Les routes principales de l'encens passaient par la côte ouest selon Patricia Crone — thèse contestée par R. B. Serjeant et Robert Hoyland Contesté.
10.1.2 La Mecque dans le Coran
La Mecque n'est mentionnée qu'une seule fois explicitement dans le Coran (Sourate 48:24, bi-baṭn Makka) ; l'autre mention probable est Bakka (3:96) Solide.
10.1.3 L'absence de preuves archéologiques
L'absence de découvertes archéologiques significatives à La Mecque pour la période antique (avant le VIIe siècle) est frappante, à nuancer cependant par les fouilles plus récentes des archéologues saoudiens.
10.2 L'orientation des premières mosquées
Selon Dan Gibson (Quranic Geography, 2011 ; Early Islamic Qiblas, 2017), les qibla des mosquées des 100 premières années de l'Islam pointeraient majoritairement vers Pétra, non vers La Mecque. Cette thèse a été réfutée en détail par David A. King (The Petra Fallacy, 2018), qui souligne les erreurs méthodologiques de Gibson (ignorance de l'astronomie médiévale, comparaison de directions modernes avec orientations historiques) Faible.
10.3 La Kaaba
- Origine païenne attestée : sanctuaire abritant 360 idoles avant Mahomet selon les sources islamiques.
- Pierre Noire : artefact païen de vénération des météorites/bétyles.
- Aucune preuve archéologique liant la Kaaba à Abraham ou Ismaël.
- Reconstructions multiples (incendies, inondations, sièges).
10.4 Les sources tardives
| Source | Date de rédaction | Limite |
|---|---|---|
| Coran | Compilation ~650 (Othman) | Pas de manuscrits complets du VIIe s. ; variantes textuelles |
| Sira d'Ibn Ishaq | ~750 (120 ans après Mahomet) | Œuvre originale perdue ; basée sur des traditions orales |
| Hadiths (Bukhari) | ~870 (240 ans après) | Chaînes de transmission (isnād) potentiellement fabriquées |
| Hadiths (Muslim) | ~875 | Critères de tri formalisés tardivement |
| Tafsirs (Tabari) | ~915 | Compilation érudite mais déjà confessionnelle |
| Tafsir d'Ibn Kathir | ~1370 | Très tardif |
10.4.1 Critique des hadiths
- Joseph Schacht (1950) : la majorité des chaînes (isnād) seraient fabriquées rétrospectivement — position nuancée par les recherches plus récentes (Motzki, Brown) Solide nuancé.
- Ignaz Goldziher (1889-1890) : les hadiths reflètent les débats juridiques et politiques des deux premiers siècles, plus que la vie réelle de Mahomet.
10.5 Témoignages externes contemporains
Les premières mentions non-musulmanes de Mahomet ou de l'islam datent des décennies suivant sa mort :
- Doctrina Jacobi nuper baptizati (~634) : mentionne un « prophète » arabe dirigeant des Saracènes, présenté comme encore vivant lors de la prise de Jérusalem (~637) — alors que la tradition fait mourir Mahomet en 632. Stephen Shoemaker (The Death of a Prophet, 2012) défend cette lecture, mais ce n'est pas le consensus Solide nuancé.
- Lettres syriaques de Sebeos (~660), Jean Bar Penkaye (~690) : présentent les conquêtes arabes.
- Premières monnaies arabo-byzantines : symboles chrétiens (croix) maintenus pendant des décennies après la conquête ; le premier dinar purement islamique date de 696 sous Abd al-Malik Solide.
10.6 L'hypothèse abbasside / révisionniste
Selon une hypothèse révisionniste défendue dans les années 1970-80 (Crone & Cook, Wansbrough, Nevo & Koren), aujourd'hui largement nuancée même par ses auteurs Minoritaire :
- L'islam n'aurait pris sa forme orthodoxe qu'à la fin du VIIe siècle sous Abd al-Malik ;
- Les premières communautés étaient sans doute un mouvement de « croyants » (mu'minīn) plus ouvert (Donner, Muhammad and the Believers, 2010), avant de se durcir en « islam ».
10.7 L'inscription « MHMD » sur des pièces de monnaie
10.7.1 Pièces arabo-byzantines
Les pièces de monnaie arabo-byzantines du VIIe siècle étaient souvent hybrides. Les prototypes byzantins étaient utilisés pour frapper de nouvelles pièces d'or, mais tout symbolisme chrétien manifeste, tel qu'une croix, était simplement supprimé.
10.7.2 La théorie de Volker Popp
Selon une thèse marginale (Volker Popp / INARAH), « MHMD » ne désignerait pas Mahomet mais Jésus, puisque sa traduction donne « le béni ». Cette thèse est largement contestée par les islamologues majoritaires (Hoyland, Anthony, Holland) ; sur les pièces arabo-byzantines, MHMD apparaît dès 661 EC comme nom propre du Prophète Faible.
PARTIE XI — MORT DE MAHOMET ET FRACTURES FONDATRICES
11.1 Le verset de l'aorte (rappel)
Sourate al-Hāqqa 69:44-46 : « Et s'il avait forgé quelques paroles à Nous attribuer, Nous l'aurions saisi de la main droite, ensuite Nous lui aurions tranché l'aorte. »
11.2 L'épisode de Khaybar (rappel synthétique)
Après la conquête de cette oasis juive en 628 :
- Kinana ibn al-Rabi, trésorier des Banū Naḍīr exilés à Khaybar, est torturé au feu puis décapité.
- Sa veuve Safiyya bint Ḥuyayy est épousée par Mahomet.
- Zaynab bint al-Harith, dont des proches ont été tués, sert à Mahomet un agneau empoisonné.
- Le compagnon Bishr ibn al-Bara' en mourut aussitôt.
- Mahomet ne mourut pas immédiatement mais se plaignit pendant des années des effets du poison.
11.3 Les derniers mots à Oum Bishr
Sahih al-Bukhari 4428 : « Ô Umm Bishr, je ressens encore la douleur de la nourriture que j'ai mangée à Khaybar, et il me semble que mon aorte est coupée. »
11.4 L'agonie et la mort selon les sources sunnites
Les derniers jours de Mahomet sont marqués par une longue agonie, l'inefficacité de tous les remèdes, la mention répétée du poison de Khaybar par Mahomet lui-même.
11.5 La mort de Mahomet selon les sources chiites
Selon la tradition chiite, une conspiration menée par des figures influentes telles qu'Abu Bakr, Omar, et Aïcha aurait joué un rôle crucial dans la mort du prophète. Cette accusation est contestée par les sunnites Contesté.
11.5.1 Le « Jeudi tragique »
Selon plusieurs hadiths, Mahomet, sentant que sa mort approchait, aurait demandé à ses compagnons de lui apporter de quoi écrire. C'est alors qu'Omar ibn al-Khattāb aurait déclaré :
« Le Livre de Dieu (le Coran) nous suffit. Le prophète délire. » — Sahih al-Bukhari Vol. 1, Livre 3, Hadith 114 (et Vol. 7 Livre 70 Hadith 573) Solide
11.6 L'élection d'Abu Bakr à Saqifa
11.6.1 L'absence aux funérailles
Après la mort de Mahomet, les chiites reprochent à Abu Bakr et Omar d'avoir quitté les préparatifs des funérailles du prophète pour se précipiter à Saqifa Banū Sā'idah.
11.6.2 Les tensions avec Fatima
Des tensions importantes sont apparues entre Abu Bakr et Fatima, la fille du prophète, concernant les droits de succession sur les terres de Fadak Solide.
11.7 Ghadir Khumm
« Celui dont je suis le maître (mawlā), Ali est aussi son maître (mawlā). » — Hadith confirmé dans plusieurs sources sunnites (Musnad Ahmad, al-Mustadrak, Tirmidhī, Nasā'ī) Solide
L'interprétation politique (désignation comme successeur) est chiite et contestée par les sunnites.
11.8 La trahison et les conflits ultérieurs
11.8.1 La Bataille du Chameau (656)
Bataille tragique où Aïcha a dirigé une armée contre Ali.
11.8.2 La Bataille de Siffin (657)
Bataille entre Ali et Mu'awiya, gouverneur de Damas.
11.8.3 La tragédie de Karbala (680)
Hussein, le petit-fils de Mahomet, est assassiné avec sa famille par les forces de Yazid.
11.9 Conséquences en cascade
L'Islam des origines est une religion en guerre civile permanente, dès la mort du Prophète :
- Guerres de Ridda sous Abu Bakr (632-634) ;
- Assassinat d'Othman (656) ;
- Bataille du Chameau (656) ;
- Bataille de Siffin (657) ;
- Karbala (680).
PARTIE XII — LE NARRATIF ISLAMIQUE STANDARD : CRITIQUES ACADÉMIQUES
12.1 Patricia Crone, Michael Cook et le Hagarisme
Pour explorer les recherches de chercheurs critiques de l'Islam, il est essentiel de comprendre les points sur lesquels ils se concentrent : l'origine historique de l'Islam, la transmission du Coran, les influences culturelles et religieuses sur l'Arabie pré-islamique, et les incohérences narratives et textuelles.
12.1.1 Patricia Crone et les origines de l'Islam
Patricia Crone, dans ses œuvres comme Hagarism: The Making of the Islamic World (1977, co-écrit avec Michael Cook), propose une thèse révisionniste — aujourd'hui largement nuancée même par ses auteurs Minoritaire.
12.2 Jay Smith et le narratif islamique standard
Jay Smith est un apologiste chrétien et chercheur, qui présente des critiques principalement basées sur celles de Gibson et de Crone. Ses thèses sont rejetées par la plupart des spécialistes Minoritaire.
12.3 La Mecque, le mythe de « la mère des cités »
Les arguments suivants critiquent collectivement le statut central que la tradition donne à La Mecque, sans toujours faire consensus académique :
- Pas de mention dans les archives de l'Antiquité majoritaires ;
- Cartographie antique : peu de référence à La Mecque ;
- Récits de pèlerinages et de commerce mal documentés indépendamment ;
- Absence de récits externes sur Mahomet contemporains ;
- La Kaaba : sanctuaire pré-islamique d'origine païenne, pas abrahamique attestée ;
- Comparaison avec d'autres villes saintes (Jérusalem, Pétra) : La Mecque manque de la documentation ancienne qu'ont ces autres lieux.
12.4 Le scandale Yasir Qadhi
Le scandale entourant Cheikh Yasir Qadhi et ses déclarations sur les Qirā'āt et Aḥruf est réel : Yasir Qadhi a publiquement reconnu les complexités, ce qui a suscité une polémique au sein du monde sunnite anglophone Solide nuancé.
12.5 L'obscurantisme en Islam
L'obscurantisme en Islam se manifeste par le rejet de la connaissance scientifique, le refus de la critique, l'encouragement d'une lecture littérale et figée des textes sacrés.
12.5.1 Manifestations modernes
| Manifestation | Description |
|---|---|
| Opposition à l'égalité des sexes | Femmes assignées à des rôles domestiques ; interdictions vestimentaires, juridiques |
| Rejet de la liberté d'expression | Lois contre le blasphème ; affaires Salman Rushdie, Raif Badawi, Charlie Hebdo Solide |
| Rejet des sciences modernes | Refus de l'évolution, du Big Bang ; concordisme ou créationnisme. En Turquie, l'évolution a été retirée des programmes scolaires en 2017 Solide |
| Idéalisation du passé | Mythe de l'« âge d'or » à imiter strictement (salafisme) |
| Répression des minorités | Persécution des Ahmadis (Pakistan), des chiites (Arabie saoudite), des Bahaïs (Iran) |
12.5.2 Vers une solution : les courants réformistes
Des courants réformistes tentent aujourd'hui de promouvoir une vision plus ouverte de l'islam. Des penseurs comme Mohammed Arkoun, Nasr Hamid Abu Zayd, Abdou Filali-Ansary plaident pour une interprétation rationnelle et contextuelle des textes sacrés.
13. CONCLUSION
Ce guide a présenté de manière exhaustive les principaux arguments critiques portant sur les fondements de l'Islam. Ces arguments ne visent pas à attaquer les croyants mais à examiner les revendications historiques, textuelles, scientifiques et éthiques de la tradition islamique à la lumière des sources disponibles — y compris les sources musulmanes classiques elles-mêmes.
Synthèse des axes critiques
- Origines — L'Islam s'est développé dans un contexte religieux dense (paganisme arabe, judaïsme himyarite, christianisme oriental, zoroastrisme persan, monothéisme yéménite d'al-Raḥmān). Il a hérité de nombreux rituels, symboles, concepts et noms divins préexistants.
- Arabie pré-islamique : monde complexe, structuré et largement monothéiste, pas la Jāhiliyya mythifiée.
- Jinns : la démonologie pré-islamique a été intégrée et standardisée par l'Islam, pas effacée.
- Cosmogonie : la cosmogonie islamique provient directement des mythologies mésopotamienne et sémitique.
- Textes : le Coran présente des problèmes documentés de compilation, de transmission et de variantes.
- Contenu : des incohérences narratives et des contradictions internes suggèrent une origine humaine et contextuelle.
- Éthique : les normes morales reflètent les standards du VIIe siècle.
- Histoire : l'absence de preuves archéologiques pour des revendications fondamentales et la fixation tardive des sources invitent à une réévaluation critique.
- Mort et fractures : le verset de l'aorte (69:44-46) + l'empoisonnement à Khaybar + la fracture immédiate sunnite/chiite constituent un faisceau narratif qui contredit l'image d'un prophète infaillible et d'une communauté unifiée.
Points pratiques pour le débat
- Privilégier les sources musulmanes classiques dans les discussions : Bukhari, Muslim, Ibn Ishaq, Ibn Hisham, al-Ṭabarī, Ibn Kathīr, Ibn al-Kalbī.
- Citer les versets dans leur contexte et signaler les variantes (Ḥafṣ/Warsh) quand elles existent.
- Ne pas confondre critique historique et hostilité personnelle envers les croyants.
- Distinguer : le Coran (texte), les hadiths (récits), la sîra (biographie), la charia (jurisprudence), et les pratiques contemporaines.
- Reconnaître la diversité interne de l'Islam (sunnites, chiites, ibadites, soufis, mu'tazilites historiques, ahmadis, réformistes contemporains).
14. BIBLIOGRAPHIE
Sources musulmanes classiques
- Coran (recensions de Ḥafṣ et de Warsh).
- Sahih al-Bukhari ; Sahih Muslim.
- Sunan d'Abu Dawud, Tirmidhi, al-Nasa'i, Ibn Maja.
- Musnad Ahmad ibn Hanbal.
- Ibn Ishaq, Sirat Rasul Allah (rec. Ibn Hisham), trad. A. Guillaume, Oxford UP, 1955.
- Al-Ṭabarī, Tārīkh al-Rusul wa'l-Mulūk ; Jāmi' al-Bayān fī Tafsīr al-Qur'ān.
- Ibn Kathīr, Tafsīr al-Qur'ān al-‘Aẓīm ; Al-Bidāya wa'l-Nihāya.
- Ibn al-Kalbī, Kitāb al-Aṣnām.
- Al-Suyūṭī, Al-Itqān fī ‘Ulūm al-Qur'ān.
- Ibn Sa'd, Kitāb al-Ṭabaqāt al-Kabīr.
- Ibn Abī Dāwūd, Kitāb al-Maṣāḥif.
- Al-Azraqī, Akhbar Makka.
- Al-Wāqidī, Kitāb al-Maghāzī.
Études académiques sur les origines
- Crone, P. & Cook, M., Hagarism: The Making of the Islamic World, Cambridge UP, 1977.
- Crone, P., Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton UP, 1987.
- Cook, M., Muhammad, Oxford UP, 1983.
- Hoyland, R., Arabia and the Arabs, Routledge, 2001.
- Hoyland, R., Seeing Islam as Others Saw It, Darwin Press, 1997.
- Donner, F. M., Muhammad and the Believers, Harvard UP, 2010.
- Wansbrough, J., Quranic Studies, Oxford UP, 1977.
- Nevo, Y. & Koren, J., Crossroads to Islam, Prometheus, 2003.
- Hawting, G. R., The Idea of Idolatry and the Emergence of Islam, Cambridge UP, 1999.
- Anthony, S., Muhammad and the Empires of Faith, University of California Press, 2020.
- Shoemaker, S., The Death of a Prophet, U. Penn. Press, 2012.
Études sur le Coran et la critique textuelle
- Sinai, N., The Qur'an: A Historical-Critical Introduction, Edinburgh UP, 2017.
- Sinai, N., Rain-Giver, Bone-Breaker, Score-Settler: Allāh in Pre-Quranic Poetry, AOS, 2019.
- Al-Jallad, A., travaux sur les inscriptions sud-arabiques et la basmala de Yémen (2018-2021).
- Sadeghi, B. & Goudarzi, M., « Ṣan'ā' 1 and the Origins of the Qur'ān », Der Islam, 2012.
- Cellard, É., travaux sur le palimpseste de Sanaa, 2021.
- van Putten, M., Quranic Arabic, Brill, 2022.
- Nasser, S., The Transmission of the Variant Readings of the Qur'ān, Brill, 2013.
- Jeffery, A., The Foreign Vocabulary of the Qur'an, 1938.
- Al-Khaṭīb, A., Mu'jam al-Qira'āt, 10 vols, 2002.
- Soliman, F., Bridges Translation of the Qur'an, 2020.
- Déroche, F., Qur'ans of the Umayyads, Brill, 2014.
- Ahmed, S., Before Orthodoxy: The Satanic Verses in Early Islam, Harvard UP, 2017.
Géographie et archéologie islamique
- King, D. A., The Petra Fallacy, 2018 (réfutation de Gibson).
- Bonner, M., Jihad in Islamic History, Princeton UP, 2006.
Études sur les origines préislamiques
- Robin, C., travaux sur l'épigraphie sud-arabique.
- Amir-Moezzi, M. A., Le Coran des historiens, Cerf, 2019 (3 vols).
- Kjær, S., articles sur Raḥmānān et le monothéisme sud-arabique.
- Fisher, G., Arabs and Empires before Islam, Oxford UP, 2015.
- al-Azmeh, A., The Emergence of Islam in Late Antiquity, Cambridge UP, 2014.
Critique textuelle et hadiths
- Brown, J., Hadith: Muhammad's Legacy in the Medieval and Modern World, Oneworld, 2009.
- Schacht, J., The Origins of Muhammadan Jurisprudence, Oxford UP, 1950.
- Goldziher, I., Muhammedanische Studien, 1889-1890.
- Motzki, H., The Origins of Islamic Jurisprudence, Brill, 2002.
Études sur Mahomet (Sira)
- Watt, W. M., Muhammad at Mecca, Oxford UP, 1953.
- Watt, W. M., Muhammad at Medina, Oxford UP, 1956.
- Mubarakpuri, S. R., The Sealed Nectar (Ar-Raheeq Al-Makhtum).
- Nöldeke, T., Geschichte des Qorâns, 1860 (rééd.).
Études sur le djihad et la violence
- Cook, D., Understanding Jihad, University of California Press, 2005.
- Peters, R., Jihad in Classical and Modern Islam, Princeton UP, 1996.
- Kepel, G., Jihad: The Trail of Political Islam, Harvard UP, 2002.
Études sur l'esclavage et le statut des femmes
- Lewis, B., Race and Slavery in the Middle East, Oxford UP, 1990.
- Clarence-Smith, W. G., Islam and the Abolition of Slavery, Oxford UP, 2006.
- Ahmed, L., Women and Gender in Islam, Yale UP, 1992.
- Bauer, K., Gender Hierarchy in the Qur'an, Cambridge UP, 2015.
Études comparatives
- F. E. Peters, The Hajj, Princeton UP, 1994.
- Wellhausen, J., Reste Arabischen Heidentums, Walter de Gruyter, 1887.
- van Bladel, K., articles sur la Légende syriaque d'Alexandre et Dhul-Qarnayn.
Références encyclopédiques
- Encyclopaedia of Islam, 2e et 3e éditions, Brill.
- Encyclopaedia of the Qur'ān, Brill, 2001-2006.
Ressources en ligne
- Corpus Coranicum (corpuscoranicum.de) — base de données universitaire des manuscrits et variantes.
- Quran.com et QuranX.com pour les traductions et tafsirs comparés.
- Sunnah.com pour les hadiths.
Par Jelpi